‹ Le globe terrestreChapitre 29 sur 87 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Selon la doctrine millénaire, Jésus Christ n'attendra point la consommation dernière, à la fin des siècles, pour dédommager son Eglise des douloureuses épreuves de sa vie militante. Encore un peu de temps et le Fils de l'homme viendra personnellement et visiblement sur la terre, inaugurer pour de longs siècles (mille ans, selon les uns, plus ou moins, selon les autres) le règne de la justice et de la paix, et apporter au monde, converti à l'Evangile, l'abondance des biens spirituels et temporels annoncés dans l'Ancien Testament. Quelques-uns même, avec M. l'abbé Bigou, attendent d'une apparition foudroyante et prochaine de Jésus-Christ 1o remède aux maux présents. 11 s'agit, comme on voit, non de la Parusie proprement dite, du grand et définitif avènemeut qui mettra

fin à la période actuelle de l'humanité terrestre, mais d'un avènement intermédiaire auquel les partisans de cette opinion rattachent la résurrection partielle des iustes.

INous ne pouvons aborder ici la discussion du millénarisme, pour laquelle nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage déjà cité(i). Qu'il nous suffise d'interroger les symboles et les professions de foi, ayant autorité dans TEglise, sur les deux affirmations qui résument le système millénariste, Tavènement intermédiaire de Jésus-Christ et la résurrection anticipée des justes. Voici en quels termes s'exprime le symbole de saint Athanase, universellement reçu dans l'Eglise comme règle de foi : Il (J.-G.) est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, d'où il viendra juger les vivants et les morts, et à l'avènement duquel tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs actes propres ; et ceux qui auront fait des œuvres bonnes iront à la vie éternelle ; ceux qui, au contraire, auront fait des œuvres mauvaises iront au feu éternel.

Sur quoi nous ferons les deux remarques suivantes. C'est bien de l'avènement final qu'il s'agit, de celui qui précédera immédiatement la résurrection générale et le dernier jugement. (( A l'avènement du Christ, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps ; » tous les hommes, par conséquent les justes et les pécheurs. Tous également auront à rendre compte de leurs actes bons ou mauvais ; puis suivra la sentence solennelle, définitive ; c'est le jugement universel. Or, et c'est notre seconde remarque, entre la venue du Fils de l'homme dans l'infirmité de la chair, et son glorieux avènement comme Juge des vivants et des morts, les symboles ne supposent aucun avènement intermédiaire, encore moins une résurrection partielle des justes. C'est aussi l'impression qui se dégage des nombreux textes du Nouveau -Testament où il est question de la Parusie. Le Fils de l'homme reviendra une seconde fois, et cette seconde fois sera la dernière. Tel est au surplus le sens naturel et obvie du mot iterum dans le symbole de Nicée.

Quant à une apparition subite et foudroyante du Fils do

I. Règne du Christ, etc., L. I, ch. L. — L. V, ch. VI, VII, — L. VI, ch. V et VI.

Dieu venant d'une manière visible au secours de son Eglise, dans les temps fâcheux que nous traversons, il serait téméraire d'y compter. Ce mode de conversion paraît peu conforme à la conduite ordinaire de la Providence. Dieu pouvait par ce moyen abréger la persécution des trois premiers siècles et en d'autres circonstances non moins critiques ; il ne Fa pas voulu, et le triomphe de la vérité n'en a été que plus éclatant, Nous ne croyons pas que la tempête actuelle s'apaise d'une façon si soudaine, comme par enchantement et pour ainsi dire à coups de miracles. La rénovation du monde sera un miracle sans doute, mais le miracle de la grâce agissant intcrieuremeuk dans les âmes par la foi, l'espérance el l'amour.

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