VALEUR DE LA THÉORIE DE L' E FFON D REM ENT
Désaccord avec certains faits géologiques,
La géologie nous enseigne qu'à une époque où toute la région des Vosges et de la Forêt Noire était recouverte par les eaux, le Brabant et l'Ardenne formaient déjà un continent. Les schistes, dont ces deux régions limitrophes sont principalement constituées, avaient subi d'énergiques pressions ; la tête des plis se trouvait à peu près nivelée, et le résultat de ces efforts avait été de faire naître, au nord de ce qu'on appelle aujourd'hui le bassin de Paris, un district exceptionnellement résistant, dont la mer du trias et, plus tard, celles du lias et des temps jurassiques, de-
vaient venir battre le pied sans l'entamer. Si donc nous voulons nous faire une idée de ce qu'était le rivage maritime lors du début de la période liasique, par exemple, c'est-à-dire quand les grands sauriens au long cou commençaient à peupler les mers, il nous suffit de suivre le cordon littoral de galets que cette mer déposait alors un peu au nord de l'endroit où, de nos jours, coule la Meuse entre Sedan et Mézières. Ce n'était pas d'ailleurs un accident local et momentané ; car sprès la formation de ce cordon, qui appartient à ce qu'on a nommé Vinfralias^ la mer a continué longtemps à se maintenir dans les mêmes limites. On en a la preuve irrécusable aux environs d'Hirson et de Maubert-Fontaine. Là, en plusieurs points, au delà de l'affleurement normal des terrains jurassiques, on a reconnu la présence, audessus des schistes anciens redressés, de plaques sédimentaires horizontales, représentées par des dépôts de quelques centimètres d'épaisseur, ne couvrant qu'un petit nombre de mètres carrés (i),
(i) L'un de ces dépôts a tenu tout entier dans une charrette et est venu se loger dans la coUection d'un géologue da Vervins.
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et OÙ abondent les fossiles marins du lias moyen et du lias supérieur. Ces fossiles, par leur espèce, accusent jusqu^à l'évidence de petites flaques d'eau, localisées dans de minimes dépressions de l'ancien continent ardennais, et trahissent les très faibles variations que subissait alors, en étendue comme en hauteur, le domaine occupé par la mer liasique. Si donc aux époques en question, il y a eu dans Técorce terrestre un Jwrst ou pilier stable, c'est le massif du Brabant et de l'Ardenne qui doit mériter, au premier chef, cette qualification.
Pourtant, à en croire M. Suess et ses disciples, ce n'est pas là qu^on doit chercher le vrai niveau de la mer jurassique ; c'est bien plus haut que les Vosges, à mille mètres peut-être au-dessus de la crête des Hautes Chaumes, arête granitique à laquelle il faut restituer, par la pensée, comme couronnement, toute l'épaisseur du trias et du lias, que l'érosion en a fait disparaître. Mais alors, puisque les dépôts littoraux du bord de l'Ardenne ne laissent pas le moindre doute sur la présence d'un rivage en ce point, il faut que l'ancien continent ardennais et brabançon se soit affaissé en masse; c'est-à-dire que, pour la satisfaction de
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laisser les Vosges en place, nous devons admettre l'effondrement d'un ancien pilier manifestement stable, et attribuer, au contraire, le privilège de la stabilité à une région qui, auparavant, s'était fait remarquer par la facilité avec laquelle Técorce terrestre s'y déprimait pour recevoir d'épais dépôts, comme ceux du grès des Vosges et du grès bigarré. Il suffit, croyons-nous, d'énoncer cette contradiction pour enlever toute vraisemblance à l'hypothèse.
Encore si Ton pouvait se contenter de déplacer le massif des Ardennes tout seul ! Mais transportons-nous, de l'autre côté du bassin de Paris, dans ce Bocage normand, qui forme la préface du Cotentin. Là nous retrouverons des faits identiques avec ceux qui viennent d'être signalés, et même encore plus nombreux et plus caractéristiques. A l'ouest de Caen se trouvent les localités de May et de Fontaine-Etoupefour, célèbres par les petites flaques fossilifères de l'âge du lias, qu'on y a découvertes dans les minimes inégalités de la surface du grès silurien redressé. A la station des Yveteaux-Fromentel, entre Argentan et Fiers, une tranchée montre des marnes et calcaires liasiques, en couches absolument horizontales, qui
forment un mince lambeau, tout à fait isolé, sur la tranche des phyllades primaires, redressés en couches verticales. Donc le Cotentin et la Bretagne étaient, comme TArdenne et le Brabant, émergés à cette époque. Le rivage y différait peu de la limite actuelle du bassin jurassique, la mer se contentant de faire, de temps à autre, quelques excursions dans des lagunes sans profondeur. Par suite, si Ton veut, à l'exemple de M. Suess, chercher bien au-dessus des Vosges la place de l'ancien niveau des mers liasiques, il faut entraîner toute la Bretagne, avec le Cotentin et le Bocage, dans le mouvement de descente auquel on est déjà obligé d'assujettir TArdenne et le Brabant. Il y a plus ; il serait facile de prouver que, non seulement la Vendée, mais aussi le Plateau Central, ont été dans les mêmes conditions. En résumé, pour attribuer la dignité de pilier stable à cette petite région, autrefois déprimée, qui s'appelle Taxe des Vosges, il faut admettre Teffondrement de la France et de la Belgique tout entières, en faisant déchoir, de leur privilège de stabilité, tous les anciens et authentiques piliers de ces deux pays. Vraiment, pour se résigner à pareille hypothèse, il faudrait faire bon marché de ce
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grand et s^luialve principe de la moindre action^ qui gouverne toute la philosophie naturelle ?
Ajoutons qu'il semble que la nature ait voulu faire ressortir encore Tinvraisemblance de l'hypothèse, en établissant, entre les Vosges et la Forêt Noire, le fossé de la vallée du Rhin. A la rigueur, si les deux pays fussent demeurés en un tout continu, on eût pu, malgré leur faible étendue, plaider pour leur immobilité relative. Mais justement la tranchée qui les sépare ne laisse en place que deux arêtes parallèles sans épaisseur, et nous mettons qui que ce soit au défi d'expliquer mécaniquement comment ces deux Horst linéaires auraient pu se maintenir en l'air, quand rintervalle qui les sépare s'écroulait avec tout l'entourage. Au contraire, combien est satisfaisante, à tous les points de vue, l'explication depuis longtemps donnée par Elie de Beaumont, et qui consiste à regarder l'ensemble des Vosges, de la Forêt Noire et de la vallée du Rhin comme une voûte rompue en son milieu ! Comme on se représente facilement cette ancienne cavité, qui, après avoir longtemps cédé, sous l'effort des poussées horizontales, de manière à se remplir peu à peu d'épais dépôts, finit par trouver la
pression excessive, et se bombe en son milieu, lequel surgit alors et forme une ride, dont le sommet s'élève bien au-dessus du niveau marin primitif! Mais, dans cette ascension, le centre de la voûte s*est trop fortement distendu; il s'y fait une cassure longitudinale ou plutôt une série de cassures ; et quand le mouvement aura pris fin, quand un vide se sera produit au-dessous de l'axe du bombement, la clef disloquée s'y abîmera, faisant naître une tranchée profonde à la place de ce qui aurait dû constituer l'arête d'une chaîne de montagnes !
Les arguments de fait qui viennent d'être développés doivent sembler bien péremptoires. Que sera-ce, si nous faisons voir que le privilège d'une stabilité presque absolue, relativement aux mers voisines, est échu au massif ancien de la Bretagne et du Cotentin, non seulement au début de la période jurassique, mais encore pendant une longue suite de phases géologiques, depuis cette époque jusqu'à nos jours ? C'est surtout aux environs de Valognes que cette stabilité ressort avec une indiscutable évidence. Là, sur les schistes primaires, on trouve appliqués des lambeaux de couches horizontales, dont les plus
anciens appartiennent à Tinfras-lias (calcaire de Valognes et d'Osmanville), tandis que d'autres sont du lias proprement dit. Après la formation de ces dépôts, la mer s'est constamment retirée jusqu'aux temps crétacés et, tandis que les mers cénomaniennes s'avançaient en VenJée, au sud de ce qui forme aujourd'hui Tembouchure de la Loire, c'est seulement lors de l'époque du crétacé supérieur que la mer a de nouveau envahi le Cotentin ; elle y a déposé des plaques de calcaire à baculites, lesquelles occupent presque identiquement le même niveau et s'observent dans les mêmes conditions que les calcaires liasiques. A leur tour ces plaques, d'âge danien, sont directement recouvertes en plusieurs points par des calcaires coquilliers et des faluns d'âge éocène, dépôts franchement littoraux et d'une épaisseur insignifiante, attestant que la mer tertiaire devait avoir des rivages peu différents, en ce point, de ceux de TOcéan crétacé. Ailleurs, et dans les mêmes conditions, on trouve des dépôts oligocènes et même miocènes ; enfin des couches pliocènes ont été observées dans le même district, notamment à Gourbesville, de sorte qu'il est permis d'affirmer que, depuis les temps juras-
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siques, Tamplitude des oscillations de la mer, autour du Cotentin, n'a jamais dépassé quelques dizaines de mètres.
Or comment cette stabilité, fût-elle même relative, pourrait-elle se concilier avec la série des effondrements en masse qui auraient dû se produire durant le même intervalle? Si le vrai niveau des mers jurassiques était à mille mètres audessus des Vosges actuelles, c'est de deux kilom.ètres que TArdenne, le Cotentin et la Bretagne ont dû s'affaisser, puisque l'altitude des Hautes Chaumes est aujourd'hui d'environ mille mètres. Si cet affaissement, évidemment limité à une portion de la croûte terrestre, s^'est produit, il n'est pas admissible qu'il ait entraîné une dépression rigoureusement égale du niveau de la mer, et pourtant c'est ce que les partisans de la nouvelle doctrine sont forcés d'admettre, puisque nous voyons les rivages des mers crétacées et tertiaires calquer, pour ainsi dire, sur les bords du Cotentin, l'ancien littoral jurassique.
Mais ce n'est pas tout : en Amérique, les célèbres gorges ou canoyis du Colorado entament une puissante série de sédiments horizontaux, embrassant depuis le carabrien jusqu'au tertiaire,
et OÙ la partie supérieure du crétacé commence seule à ofirir une intercalalion de lits d'eau douce parmi les couches d'eau marines. A côté sont les hauts plateaux de TUtah, découpés par de gigantesques failles, dont les rejets se comptent par milliers de mètres. Les géologues américains, en particulier M. Dutton, n'ont pas hésité à y voir une région -soulevée en masse, par la composante verticale d'un effort du refoulement, qui aurait été assez énergique pour faire apparaître un petit noyau cristallin dans Taxe de la chaîne des Montagnes Rocheuses. Quant a M, Suess, il veut que ce noyau soit un horst, seul demeuré en place, et à l'occident duquel une suite d'effondrements se seraient produits en échelons, capables d'atteindre au total une amplitude de dix mille mètres ! Ainsi, c'est de cette quantité que «e seraient abaissés, sur le littoral du Pacifique, non seulement l'écorce solide, mais le niveau de l'océan. Or, si grande que soit la distance des Montagnes Rocheuses à l'Europe, est-il possible d'admettre qu'un pareil déplacement du niveau marin, survenu en Amérique après le début du tertiaire, eût laissé, dans le Cotentin, les rivages presque exactement à la même place ? Et si Ton
tentait d'expliquer le fait en soutenant qu'elle aussi, Técorce, dans la région de Valognes, a participé au mouvement, n'est-ce pas un véritable défi à toute probabilité que d'admettre, à travers tant de vicissitudes, la concordance constante des mouvements de la terre ferme et ceux de Tocéan, dans le Cotentin, depuis le tiias jusqu'à nos jours ?
Pour qu'on ne nous accuse pas de choisir uniquement nos exemples dans le nord de la France, cherchons maintenant ce que nous enseigne Texamen des sédiments tertiaires dans le centre et le midi. A la fin de la période oligocène, pendant la phase qu'on a désignée sous le nom à'aquifa?iien?iey la mer, d'amplitude alors très réduite, n'occupait qu'une partie du golfe de l'Aquitaine, sur l'emplacement actuel du Bordelais, ainsi que des minimes échancrures dans la côte méditerranéenne aux environs de Montpellier et de Marseille. En revanche, un climat exceptionnellement humide favorisait partout la formation de grands lacs, aux rivages hantés par des troupes d'herbivores. Au nord, c'était le lac de la Beauce, qui s'étendait aoi moins depuis le Soissonnais jusqu'au Berry ; puis, par une dé-
pression coïncidant avec le parcours actuel de la Loire entre Gien et Nevers, le lac aquitanien se poursuivait au sud, pour s'épanouir largement dans le Bourbonnais, dans la Limagne d'Auvergne et jusque dans le Cantal. D'autres lacs s'étalaient en Languedoc et en Provence, aux environs de Narbonne, d'Aix et de Manosque.
Sans doute, en général, le niveau d'une nappe lacustre ne présente aucune relation obligatoire avec celui de la mer, au-dessus duquel il peut être élevé d'une grande quantité ; mais il est aisé de s'assurer que tel n'était pas le cas dans Tespèce. En effet, on constate sans peine, aux environs d'Etampes, que les débuts du lac de la Beauce ont été plusieurs fois interrompus par de petits retours de la mer tongrienne, qui allait bientôt s'éloigner pour toujours du bassin de Paris. Ces récurrences sont marquées par l'apparition d'espèces de mollusques franchement marines, en compagnie de potamides, coquilles d'eau saumâtre. Ainsi, dans l'origine, le lac aquitanien formait une lagune, en communication plus ou moins ouverte avec une mer en voie de retraite : si, plus tard, le lac s'est exhaussé, ce ne peut être certainementd'une très grande quantité. D'ailleurs
les potamides de la Beauce proprement dite se retrouvent en Limagne ainsi qu'aux environs d'Aurillac.
Les choses ne se passaient pas autrement dans le bassin du Rhône, où les lacs aquitaniens fourmillaient de potamides et de cyrènes. On peut donc affirmer qu^alors la partie médiane de la France, depuis la région parisienne jusqu'à la Méditerrannée, était un pays déprimé, dont la surface dépassait à peine le niveau de la mer. Aujourd'hui pourtant, le fond de l'ancien lac aquitanien, qui atteint à peine loo mètres près d'Orléans, se relève à 200 dans le Bourbonnais, à 400 dans la Limagne de Clermont, finit par atteindre plus de 1000 mètres auprès de Vic-le- Comte, dans l'ancien comté d'Auvergne, et se retrouve à une altitude à peu près équivalente auprès d'Aurillac et de Murât.
Comment expliquer cette disposition, intimement liée à la saillie que forment aujourd'hui la partie méridionale du Plateau Central et surtout les Cévennes? Si Ton veut rester fidèle à la doctrine des eflfondrements, on peut admettre que le comté d'Auvergne et le Cantal sont seuls demeurés en place ; qu'au nord tout s'est progressi-
vement effondré, surtout sur remplacement de la Loire, où l'affaissement a atteint son maximum ; enfin qu'au sud-est une grande cassure rectiligne, celle où coule aujourd'hui le Rhône, a permis le glissement en masse de la Provence, qui se serait ainsi abaissée d'un millier de mètres.
Si cette hypothèse est peu vraisemblable, en raison de Tinsignifiante étendue des piliers dont elle admet l'immobilité, comparée à la grandeur des territoires qu'elle assujettit à un effondrement, du moins elle est mécaniquement admissible et, en ne se plaçant que sur ce terrain, on pourrait à la rigueur la soutenir. Mais l'aspect en devient tout autre quand on cherche à mettre cet ensemble de mouvements en accord avec les variations du littoral maritime. Nous avons dit qu'à l'époque aquitanienne, la mer empiétait très légèrement sur la Gironde et les bouches du Rhône ; plus tard, à l'époque miocène helvétienne, nous la verrons s'avancer un peu davantage, mais sans que son niveau monte d'une grande quantité, d'un côté dans les Landes, de l'autre dans la vallée de la Loire, et faire une
(i) Les terrains tertiaires marias ds /a côte de la Pro* vfNce^ 1889.
assez longue excursion dans le bassin du Rhône, mais seulement dans la dépression que ce fleuve suit aujourd'hui. Puis, quand viendra la pliocène, à l'exception du golfe du Roussillon, les contours maritimes seront presque identiquement les mêmes qu'aujourd'hui. Pour la Provence en particulier MM. Fontannes et Dupéret (i) concluent d'un examen approfondi que, pendant tonte la durée des périodes oligocène, surtout lors de Taquitanien et du langhien, la géographie des environs de Marseille était à peine différente de la géographie actuelle.
Ainsi, partant de r Auvergne pour arriver, d'un côté à Bordeaux, de l'autre à l'embouchure du Rhône, nous trouvons un territoire dont la partie occidentale aurait dû s'abaisser, en basculant, de mille mètres vers l'Ouest, tandis que la seconde se serait affaissée en masse de la même quantité; et pourtant dans l'une comme dans l'autre, la mer, qui ne participait pas directement à ce mouvement, l'aurait si docilement suivi qu'ensuite oa retrouverait ses rivages identiquement à la même place qu'^auparavant, dans la Gironde aussi bien qu'en Provence ! Est-il besoin d'insister sur Ténormité d'une pareille supposition? Il n'y
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faudrait recourir qu'en désespoir de cause, s'il était absolument impossible d'en imaginer une autre. Bien au contraire ! Il est si simple de concevoir que, lors de la préparation des grands mouvements qui ont fini par dresser dans les airs la chaîne des Alpes, le massif cristallin du Plateau Central, depuis longtemps consolidé et rigide, n'ait pas pu se plisser comme devait le faire plus tard le Jura. Il s'est donc rompu, et tandis que la lèvre occidentale de la cassure se relevait peu à peu pour former les (devenues, l'autre, s'inclinant en sens inverse, devenait la dépression du Rhône. Pendant ce temps-là, aussi bien l'Aquitaine que le bord de la Provence n'éprouvaient que d'insignifiantes variations.
En résumé, la doctrine que nous combattons est partout forcée, pour se soutenir, d^échafauder les unes sur les autres un série d'impossibilités. Pour échappera l'ascension verticale de portions très limitées delà masse continentale, il lui faut déplacer en bloc d'énormes compartiments de la surface terrestre; mais surtout, et c'est là son vice rédhibitoire, il lui faut imaginer, entre la marche de ces effondrements et les déplacements cor relatifs des rivages, une concordance si harmo
nieuse, que les mers auraient continué, sur la plupart des points, d'affleurer la terre fermeàla même hauteur. En regard de cette réunion d'événements invraisemblables, comme il est plus simple de s'en tenir à la doctrine des soulèvements considérés comme la résolution d'un effort latéral de compression! Cette résolution donne naissance à des chaînes de plis, quand elle agit sur un ensemble de couches relativement plastiques, tandis que, si elle se heurte à un massif cristallin ou très anciennement consolidé, elle y fait, naître, en raison de l'absence de flexibilité, des cassures, avec déplacement inégal des compartiments limités par ces fentes. Alors, sans doute, lors de ces mouvements, certaines parties montreront plus de stabilité que d'autres, jouant, par rapport à leur entourage, le rôle que xM. Suess a défini par le mot de horst. Mais ce phénomène, ^ au lieu d'être le fait principal de l'action orogénique, n'en sera plus que l'accessoire. C'est à lui qu'il conviendra d'appliquer la dénomination de Begleiierscheinimg, employée par M. Neumayr, et ce qui continuera à tout dominer, c'est l'effort général de refoulement, avec ses composantes de surface, tantôt verticales,
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tantôt obliques, parfois même horizontales.
La démonstration purement géologique que nous avons entreprise ne serait pas complète, si nous laissions dans Tombre un des points de la nouvelle doctrine auxquels xMM. Suess et Neumayr paraissent tenir le plus. Nous voulons parler des effondrements linéaires, qui ont fait naître, en certaines parties du globe, de véritables fossés ou tranchées rectilignes (Grahenversenlaing), Le type de cette structure est offert par l'ensemble de la vallée du Jourdain et de la mer Morte, où non seulement le fond, mais la surface de la nappe lacustre est considérablement au-dessous du niveau de la x^îéditerranée. La mer Rouge, si parfaitement alignée, se range dans cette catégorie, à laquelle appartient encore la vallée du Rhin entre les Vosges et la Forêt Noire.
En ce qui concerne cette dernière vallée, nous croyons avoir démontré, jusqu''à Tévidence qu'elle résulte de la rupture d'une voûte. De part et d'autre surgit un massif primaire, sur le flanc extérieur duquel on retrouve, plongeant vers le dehors, les mêmes couches triasiques et jurassiques, successivement appuyées les unes sur les autres, et venant tour à tour s'enfoncer
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SOUS la plaine. Q.uelle que soit Tépoque précise où la rupture centrale s'est produite (ce qui est e plus probable, c'est qu'elle ne s'est pas faite en une seule fois, et que l'affaissement a été préparé de longue date), l'interprétation mécanique du phénomène est aussi simple, dans cette conception, qu'elle serait compliquée, invraisemblable dans l'hypothèse contraire.
Or, il se trouve qu'une explication tout à fait semblable convient à la mer Morte. M. Hull (i), a montré que cette dépression coïncidait avec une ligne de faille, marquant l'arrête d'un pli anticlinal brisé, et M. Diener, dans son bel ouvrage sur le Liban, a fait voir que la dépression d'El Bekaa, qui prolonge celle du Jourdain au delà du Mont Hermon, occupait aussi l'axe d'un pli anticlinal, dont le Liban et i'Anti-Liban forment les deux versants. C'est aussi M. Diener qui nous a révélé l'existence, dans le désert de Palmyre, d'un lambeau de pliocène marin, aujourd'hui porté à 650 mètres d'altitude. Et si l'on se rappelle que d'autres dépôts pliocènes ont été signalés, dans la Calabre, jusqu'à J200 mètres de
(i) Monnt Seïr^ 1885.
hauteur, on en concluera sans peine que la Méditerranée, dont Taffleurement, sur les côtes françaises, n'a presque pas varié depuis les temps tertiaires, n'a certainement point subi l'affaissement qui serait nécessaire pour expliquer ces deux faits. Réfléchissons encore que la formation nummulitique vient s'appuyer sur le flanc occidental du Liban et que, pour la restituer audessus de la crête de cette montagne, il faudrait l'installer à 3«^oo mètres d'altitude, alors que la même formation, autour du Caire, se présente au niveau de la mer. Qui donc, dans de telles conditions, oserait prétendre que le vrai niveau de Tocéan nummulitique dût être cherché à trois kilomètres et demi plus haut que celui de la Méditerranée actuelle, quand, au lieu de cette hypothèse, qui oblige à faire écrouler presque toute l'Afrique, il est si simple d'expliquer l'allure observée par un soulèvement local, avec faille dans Taxe du pli ?
La mer Rouge est un autre exemple de la même structure. Les travaux de M. Fraas nous ont appris que, sur les deux rives de cette mer, des noyaux cristallins supportaient, d'une part dans les montagnes du Nil, de l'autre en Arabie, la
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succession régulière de la craie supérieure et de réocène, inclinés des deux côtés en sens inverse. De plus, c'est M. Neumayr lui-même qui a signalé, sur les deux bords de la coupure, des récifs coralliens très récents, aujourd'hui portés à de grandes hauteurs au-dessus de la mer. Inexplicable par un écroulement pur et simple, la réunion de ces faits se concilie à merveille, au contraire, avec Thypothèse d'une voûte rompue, et ainsi nous ne craindrons pas d'affirmer que tous les efTondrements linéaires connus occupentl'axe de plis anticlinaux, c'est-à dire de bombements ou soulèvements géologiques bien caractérisés.