‹ Le globe terrestreChapitre 39 sur 87 · Ibid., XVII. I · texte numérisé non relu

Ibid., XVII. I

LUTTE DE L ÉGLISE CO>TRE L ANTÉCHRIST Sq

m»is assez intelligibles pour qu'on ne puisse s'y méprendre. Le nombre de la Bète, dit le prophète, est celui d'un homme et ce nombre est 666. Or par une coïncidence singulière, ce chiffre représente la valeur numérique de ÎNéron- César, écrit en lettres hébraïques- Cette explication, empruntée au rationalisme allemand et vulgarisée chez nous par M. Renan, ruine de fond en comble l'autorité de Tx^pocalypse comme livre inspiré et ne laisse rien subsister de son caractère prophétique. L'événement prédit devait arriver cinq ans au plus après la publication de l'ouvrage, or plus de dix-huit siècles se sont écoulés sans qu'on ait vu reparaître ni Néron, ni l'Antéchrist. Il reste à examiner si la critique rationaliste a trouvé, comme elle s'en vante, la solution du problème. N'oublions pas que TApocalypse, d'après l'hypothèse même de nos adversaires, a été composée vers la fin de l'année 68, sous le règne de Galba. Le trois janvier de l'année suivante, 69 après Jésus-Christ, Galba succombait sous les coups des assassins et cédait la place à Othon. Celui-ci, peu de mois après son élévation à l'empire, se tuait de sa propre main, laissant le trône à Yitellius, lequel à son tour, massacré dans Rome avant la fin de la même année 69, avait pour successeur Vespasien. Ainsi, en moins d'un an, la prédiction annonçant le retour de Néron recevait un double démenti ; tout l'édifice si laborieusement construit s'écroulait à la fois ; la réapparition prochaine de Jésus, la défaite, après trois ans et demi de Néron l'Antéchrist, l'établissement immédiat du règne visible de Jésus- Christ sur la terre, tout cela s'évanouissait comme une ombre a la clarté des événements

Or si l'auteur avait écrit de bonne foi, sous l'empire de l'illusion ou du fanatisme, comment, averti par une si cruelle déception, n'a-t-il pas reconnu son erreur et désavoué son livre .►^ Si l'on avait affaire à un imposteur, comment s'estil exposé de gaîté de cœur, par une prédiction à très courte échéance, à se voir si promptement démasqué ? Gomment surtout son livre, si vite et si solennellement convaincu de mensonge, n'est-il pas tombé dès l'origine dans le plus complet discrédit, et comment a-t-il conquis si rapidement une aussi grande autorité dans l'Eglise ? Car ropposition qu'il rencontra plus tard chez certains membres du clergé de

Rome et de celui d'Alexandrie tenait à d'autres causes et particulièrement aux idées millénaristes qu'on prêtait à Fauteur.

Quant au chiffre de la Bête, diverses explications également incertaines ont été proposées. Il est aisé, en combinant de différentes manières les lettres grecques ou latines, de former autant de noms dont la valeur numérique égale le chiffre 666. Telle est, par exemple, la combinaison ô ^r.'/.r^zr^^, \e vainqueur, comme l'Antéchrist, dans son orgueil, pourrait bien se nommer lui-même. Citons encore Tslxav, Xafairexiç, Diodes Augustas (Diociéiien) et d'autres tout aussi arbitraires. A l'arbitraire l'explication rationaliste joint l'invraisemblance. César répond au mot hébreu Meleq et n'a point d'autre équivalent dans cette langue ; or Meleq joint au mot ISéron ne donne point le total exigé 666. D'ailleurs César devrait s'écrire conformément au génie de l'hébreu lû^p» comme le font les versions syriaques, et non point IDp, comme on le suppose mal à propos. Pour avoir le nombre 666 on a supprimé arbitrairement la lettre\ Enfin l'auteur de l'Apocalypse écrit en grec, pour des lecteurs qui ne connaissent point l'alphabet hébraïque. Est-il vraisemblable que voulant indiquer le chiffre du nom de l'Antéchrist il eût fait, sans avertissement préalable, allusion à des signes inconnus de ceux à qui il s'adressait.

Il se peut néanmoins qu'il y ait dans l'hypothèse que nous venons d'examiner une vérité travestie ou mal comprise. Pourquoi saint Jean parlant de l'une des sept têtes, blessée mortellement et guérie de sa blessure, et de la bête qui n'est plus, mais qui reviendra, n'aurait-il pas eu en vue ISéron considéré comme la personnification de la puissance antichré^ tienne, le type des persécuteurs futurs, le précurseur et l'image de l'Antéchrist ? Non, la cinquième bête n'est pas morte, elle reparaîtra plus puissante et plus cruelle encore. Pourquoi la cinquième, dira-t-on, et comment revivra-t-elle ? Parce que les quatre premiers empereurs n'ont pas versé le sang des chrétiens ; c'est le cinquième, Néron, quia inauguré l'ère des persécuteurs. Mais la lutte n'est pas finie : Néron revivra, sinon en personne, du moins dans ses successeurs animés du même esprit hostile à l'Eglise ; il revivra dans tous ceux qui mettront la puissance publique au service du

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principe antichrétien ; il revivra surtout à la fin des siècles, dans l'Antéchrist, le persécuteur par excellence. Le retour de Néron, c'est le renouvellement, la continuation de la lutte, non seulement à bref délai, mais dans la suite des âges et à la fin des temps. On s'explique ainsi la légende de Néron ressuscité et reparaissant dans la personne de l'Antéchrist. Tous les persécuteurs de l'Eglise continuent l'œuvre de Néron ; en ce sens il est vrai de dire qu'il est ressuscité et qu'il vit en eux par sa haine brutale contre l'Evangile.

Nous ne rapporterons pas les diverses interprétations mises en avant sur ce chapitre XVII de l'Apocalypse. Qu'il s'y rencontre des aperçus ingénieux et d'heureuses applications, c'est justice de le reconnaître. A-t-on réussi à lever tous les doutes ? Il serait puéril de le soutenir, et la multiplicité même des explications suffirait à montrer que la lumière est loin d'être faite sur tous les points. A quelque mode d'interprétation qu'on se rattache, on se heurte à de graves difficultés ; les nombreux systèmes imaginés jusqu'à ce jour n'ont guère avancé la solution du problème ; aussi nous garderonsnous d'en allonger la liste. 11 y a dans l'Apocalypse nombre de prédictions dont raccomplissement seul nous apportera la ciel.

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