LES COMMUNICATIONS TÉLÉGRAPHIQUES DES USINES
Les filaments nerveux. — Le courant nerveux, de nature électrolytique. — Le grand sympathique, directeur général de l'organisnie viscéral. — Découvertes histologiques de Macallum, Karolkow, Berckley. — Appareil terminal récepteur dans la cellule du foie.
Communication directe de la cellule avec les centres nerveux. — Voies de retour. — Echanges constants de communications en vue de buts multiples. — Inconcevable prodige.
Étudions maintenant le filament nerveux, aboutissant à la cellule, véritable fil télégraphique puisqu'il y circule un courant nerveux dont on calcule la vitesse et que la science considère comme un véritable fluide de nature électrique (électricité organique) (1). Ces fils transmettent, en effet, jour et nuit, au moment voulu, les ordres du directeur général de l'organisme viscéral, puissance mystérieuse, magicien encore masqué
1. La généralité des physiologistes admet aujourd'hui la nature « électrolytique » de Tonde nerveuse. A un autre point de vue, le lilament nerveux est, du reste, « le siège de forces électromotrices que l'on peut assez facilement déceler ». (]^Iorat et Doyon, Traité de Physiologie, 1900-1905, tome II.)
auquel obéissent constamment à notre insu, non seulement le foie, mais l'estomac, le cœur, les vaisseaux, la rate, le pancréas, l'intestin, le rein, etc., génie qui règle par un travail surhumain riiarmonie prodigieuse des innombrables fonctions de la vie végétative, chef d'orchestre donnant la cadence à des trillions d'exécutants. Celui-ci réside dans un palais mystérieux, les ganglions du grand sympathique, auprès de la colonne vertébrale, et peut-être, par delà les postes de relais, en un lieu plus reculé encore, la moelle ou le cerveau inconscient.
Ce directeur général règle pour le foie, le chômage i sommeil, siestes, etc.) et les heures de travail, accélérant celui-ci suivant la nécessité ou l'importance des commandes pour les autres usines. 11 varie en chaque point des viscères (foie, rate, rein, intestin, etc.) les nuances de la pression sanguine et cela incessamment, etc.
Ainsi, ces milliards de fils télégraphiques apportent aux ouvriers de la cellule les ordres sur place, comme les centaines de millions de conduits lympathiques leur apportent la nourriture sur place.
Voici les indications sur les nerfs hépatiques, des grands traités récents d'histologie ou d'anatomie et des ouA^rages spéciaux, relatifs au foie, que nous avons consultés :
D'après les préparations microscopiques reproduites dans les traités classiques, le réseau de fibrilles nerveuses qui rampe entre les cellules n'est pas formé de moins de divisions que le réseau capillaire sanguin; mais divers histologistes ont déjà obtenu de plus fines préparations.
Macallum (1887) a reconnu un plexus interceîlulaire duquel naissent des fibrilles qui vont se terminer en forme de bouton autour des noyaux. « Korolkow (18U3i, par la méthode d'Ehrlich au bleu de méthylène, et Berkley 1893', par la méthode de Golgi-Cajal ont obtenu des résultats concordants. • (Article de Charpy in Traité d'anatomie de Poirier, t. IV, p. 769.) On constate sur les préparations un réseau extrêmement riche de fibrilles qui rampent le long des capillaires. Le réseau périlobulaire fournit de fines fibrilles variqueuses qui forment autour des cordons de cellules hépatiques un plexus inlralobulaire. « Le réseau inlralobulaire, dit Berkley, issu de quatre sources différentes est extrêmement riche. Il envoie des fibrilles isolées que l'on peut voir s'insinuer entre les éléments cellulaires contre lesquels elles se terminent par une extrémité simple, renflée en bouton, quelquefois bifurquée ». « Du plexus intercellulaire, dit également Testut, Tr. d'anai., t. III, p. 648, partiraient ensuite
des fibrilles terminales qui pénétreraient dans les celinles du foie et s"y termineraient, au voisinage du noyau, par un petit renflement. »
Si l'on s'en tient dès maintenant à ces travaux, on voit que les filaments nerveux, partis de chaque cellule (350 milliards), auprès des noyaux de laquelle ils se terminent par un bouton (véritable appareil récepteur terminal', se réunissent peu à peu et arrivent à former, hors du lobule d'abord, hors du foie ensuiie, de véritables câbles télégraphiques qui se rendent, les uns aux ganglions du grand sympathique (poste télégraphique central de la vie végétative) par le nerf splanchnique, les autres au cerveau par le phrénique et le pneumogastrique, nerfs qui desservent aussi le poumon et l'estomac.
La majorité toutefois de ces centaines de milliards de fibrilles, distinctes jusqu'au bout ou réunies à plusieurs en un seul filament — les études n'ont pas encore été poussées jusque-là — se rendent, groupées en cordons visibles à l'œil nu, hors du foie, aux ganglions du grand sympathique, qui règle, comme nous l'avons dit, pour chaque viscère, les divers travaux et la suspension, l'inlensitéou l'alternance de ces travaux, et dont Taction, du reste, va se refléter à son tour sur l'atlas de l'écorcc cérébrale. Le grand sympathique est considéré par certains physiologistes, non seulement comme un poste récepteur intermédiaire, mais encore comme l'analogue d'un accumulateur électrique. On voit que bien avant .les découvertes modernes, depuis l'origine du monde, l'électricité, la télégraphie avaient été employées merveilleusement dans les organismes vivants par le divin constructeur. Qui a guidé ces fils aveugles à travers l'obscurité des chairs, depuis la cellule jusqu'à la sortie du lobule, jusqu'à la sortie du foie, jusqu'au ganglion du grand sympathique, jusqu'aux orifices latéraux spécialement ménagés à cet effet à la colonne vertébrale et de là encore, protégés des chocs, par le tunnel osseux de cette colonne, jusqu'au trou occipital, jusqu'au cerveau, à tel point précis et choisi de l'écorce cérébrale — où les fils et les fonctions se coordonnent et qui commande spécialement à tel organe où à telle région — qui donc les a guidés^ sinon la suprême Intelligence ?
Gomme le disait très bien Claude Bernard, « l'intelligence, dont les phénomènes caraclérisent l'expression la plus élevée de la vie, se révèle dans l'harmonie des lois de l'univers... Les mécanismes vitaux ou non vitaux ne font qu'exprimer ou manifester l'idée qui les a conçus et créés. Nous ne saurions chercher (dans la physiologie) des explications qui aboutiraient à un
matérialisme absurde et vide de sens. » (Cl. Bernard, La Science expérimentale , p. 117 et 127 )
A mesure que les fibrilles nerveuses, issues des cellules, se juxtaposent, elles forment un cordon de plus en plus gros, finalement gros comme une ficelle. Le cable est alors formé de l'amas prodigieux des fils séparés par une substance feutrée qui leur sert d'isolant et de soutien, ils sont en outre entourés par groupes de membranes d'enveloppe et le tout est entouré extérieurement d'une enveloppe plus résistante. Les cables télégraphiques sous-marins imitent cette disposition.
On a pu ainsi compter dans chaque nerf optique un million de filaments ou fibres hamonieusement juxtaposés, que l'on croit encore décomposables.
Ajoutons que non seulement il y a transmission d'ordres du ganglion grand sympathique au foie (voie centrifuge), mais en même temps, nécessairement, une sorte de réponse indispensable aux multiples questions qui incessamment surgissent relativement au travail, réponse transmise parfois peut-être par le même fil, en sens inverse, ou plus souvent par les fils spéciaux (voie centripète connue), qui se rendent au pneumogastrique et de là au cerveau inconscient qui les coordonne par myriades, les juge et communique à son tour avec les ganglions du grand sympathique. Que de passionnants mystères, receleurs de merveilles, restent encore à sonder par la science!