APPAREILS
Les divisions de l'artère hépatique. — Réseau capillaire. — Quatre millions et demi d'artérioles principales à nombreuses subdivisions.
Les vaisseaux du foie, les tubes oii circule le sang, sont de deux ordres.
Tout un réseau de ces tubes est formé par les divisions d'une artère (artère hépatique), qui apporte le sang oxygéné arrivant du poumon et du cœur. Ce réseau est destiné à vivifier le foie entier, c'est-à-dire, dans notre comparaison, à apporter l'oxygène de l'air jusqu'aux usines des cellules, à entretenir les tuyaux de tous genres, les fils, les piliers, etc., ainsi qu'à sustenter la vie des ouvriers.
Ce réseau a pu être suivi jusqu'à l'intérieur du lobule, jus-
qu'au point où les tubes capillaires qu'il forme n'ont plus que 0 mm. 017 de diamètre (Theile). Ils sont accompagnés de veinules et se terminent en un réseau capillaire d'une extraordinaire ténuité que l'on ne distingue plus de celui des veinules et qui, probablement, est l'aboutissant commun de ces deux ordres de conduits.
Quoi qu'il en soit, ils vont aboutir à la même voie de sortie que les capillaires du réseau suivant (veinules). Gomme nombre, rappelons qu'il y a autant d'artérioles par lobule que de veinules, c'est-à-dire au minimum 4 millions et demi pour la totalité du foie. Ces artérioles pénètrent à leur tour dans chaque lobule, « 011 elles constituent un riche système de capillaires, surtout serrés autour des formations glandulaires» (7>. d'anai. de Poirier, p. 7G6), organes spéciaux qu'elles nourrissent aussi et que nous signalerons plus loin.
GllAPITRE V
VOIES d'apport des matières premières et voies de retour des
VÉHICULES employés A CES TRANSPORTS.
Les divisions de la veine porte. — Distribution des matières premières dans l'usine hépatique. — Quatre millions et demi de veines interlobulaires.
Calcul du nombre des veinules et des vaisseaux capillaires qui en émanent. — Dix milliards de tubes radiants principaux. — Cent milliards au total de tubes capillaires.
Voies de retour. — Onze cent mille veines centrales intralobulaires. - Texture fine des vaisseaux capillaires. — Les cellules étoilées des capillaires : sentinelles vigilantes ou prisons microbiennes.
Le deuxième réseau, formé des divisions d'une veine (veine porte j, qui vient de la surface de l'intestin oii elle pousse également d'innombrables racines, est destiné à apporter aux usines du foie les matières premières déjà fabriquées par l'intestin, déjà tirées des aliments que l'homme absorbe par des conduits préétablis dans ce but (bouche, estomac) et guidé par deux stimulants sûrs et préétablis aussi : l'appétit et le goût.
Ces premiers produits arrivent donc ainsi à la glande hépatique après avoir été élaborés par les centaines de milliards de petites usines intestinales qui traînaillent à l'aide de réactions chimiques, de procédés industriels non moins savants que ceux employés dans les usines du foie.
En somme, les matières premières arrivent à Tintestin comme le fer, par exemple, arrive à des usines métallurgiques, à l'état de minerai, travaillé et épuré déjà dans de premières usines. Il en repart à l'état pur, extrait de son minerai, dégagé de sa gangue, et est transporté dans des usines nouvelles i^our y être laminé, transformé en acier, en sels ferriques, en composés divers, etc.
La comparaison peut d'autant mieux s'appliquer au foie que celui-ci travaille précisément le fer, mais contrairement aux usines industrielles qui ne sont en général capables que de traiter un seul produit à la fois, l'usine organique que nous étudions, surmontant toutes difficultés, travaille ici simultanément une foule de produits chimiques, comme nous le verrons.
De même que dans certains élablissements métallurgiques, la matière première en fusion est distribuée dans une série de canaux qui se répandent à travers l'usine, de même ici, les matières premières, charriées par le sang dans la veine porte, arrivent à la masse des lobules par 4 millions et demi de tuyaux qui pénètrent dans le lobule et s'y divisent, à leur tour, chacun en patte d'oie, en une multitude de tuyaux plus fins que nous allons suivre.
Les rameaux principaux de cet ultime réseau, réseau intralobulaire, « se portent, nous dit Testut (loc. cit., p. 630), de la périphérie du lobule à son centre à la manière de rayons. De ces rameaux radiaires partent des rameaux transversaux qui s'anaslomosent entre eux, de manière à former des mailles trapézoïdes. allongées dans le sens radial du lobule ». C'est la toile orbiculaire d'araignée que nous avons décrite en étudiant le lobule. Entre chaque maille de la toile se logent deux cellules ou usines. Aucune de ces dernières, nous l'avons dit, n'est négligée ; chacune est en rapport immédiat, par une ou plusieurs de ses faces, avec ces conduits de divers ordres qui lui apportent, chacun selon sa nature, telles matières premières, tel l'air pur, tel la nourriture, etc.
Quant à la machine qui détermine ce courant direct larlérioles) ou indirect (veinules), elle est constituée par des appareils admirables de propulsion le cœur avec ses cavités, ses clapets, son fonctionnement automatique), et le système artériel et veineux, appareils qui, dans leur détail et leur fonctionnement sont autrement ingénieux que les machines élévatrices et les châteaux d'eau de nos grandes villes.
Les rameaux principaux, issus des quatre millions et demi
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(le veinules interlobulaires. ces rameaux radiants dont nous venons de parler, sont faciles à dénombrer.
Le microscope montre qu'en tous points on en trouve toujours un entre chaque rangée de cellules, autrement dit. il y en a autant que de rangées de cellules. Or. quel est le nombre de cellules par rangée dans le lobule ? Le calcul, on va le voir, en est bien facile. Le diamètre du lobule est de 1 millimètre, celui de la cellule est de 0 millimètre 013 u. Donc, sur une coupe, il y a au maximum 1:0.013 =:T6 cellules par rangée sur la longueur du diamètre, soit 3S par rayon, mais comme il y a à tenir compte du centre du lobule occupé par le collecteur, assez eros, appelé veine centrale inlralobulaire, on doit mettre en moyenne 70 cellules et 35 pour le rayon qui correspond à chaque tube radiant. Donc, il y a un tube longitudinal radiant par rangée de 3o cellules, soit dix milliards pour la totalité du foie len nous basant sur le chiffre minimum de 350 milliards de cellules .
Sur ces conduits principaux îles rayons de la roue de bicyclette; viennent se greffer, nous l'avons dit, des conduits transversaux desservant les régions intermédiaires non Aisitées par les premiers. Arrivés au réseau complet des ramifications terminales, nous pouvons donc calculer la totalité des tubes capillaires destinés au sang dans le foie.
Avec un simple grossissement de 3o0 diamètres, on voit très bien entre les capillaires, c'est-à-dire remplissant les mailles du réseau qu'ils dessinent, les cellules du foie. Il y en a d'ordinaire deux par maille, parfois trois, quelquefois une^ Jamais, sauf exception négligeable, et non connue du reste, un nombre différent Ce nombre 2, 3, une cellule par maille, tient surtout à la différence des espèces animales Sur le foie du lapin, c'est toujours une par maille. Tels sont les chiffres concordants fournis par tous les traités danatomie. d'histologie ou de physiologie que nous avons consultés Poirier. Mathias Duval, ïestut, Prenant, et^ . etc. H ainsi que les préparations microscopiques que nous avons ^nies personnellement. C'est une base de calcul précise.
Ajoutons que St^jhr a montré dans ses coupes transversales du lobule hépatique d'un supplicié que chaque cellule du foie est en rapport avec 4 ou 3 capillaires sanguins, lesquels, ainsi que nous l'avons dit, ne se touchent jamais avec les capillaires biliaires. {Stôhr, Traité tec/inique d'histologie, 10^ édition allemande; traduction Toupet et Critzmau. p. 2S8. voir fig. 209 et 211 •. De son côté. Jean Renaut, notre maître de FÉcole de Lyon, écrit dans son Traile d'imtologie, p. 821, que dans le ré-
seau capillaire du foie, dit « réseau admirable >, comme celui du rein et de quelques autres organes — cette dénomination archaïque est certesbien méritée — lescapillaires entourent chaque cellule d'un réseau de mailles. « Les cellules sont entourées une à une par les anses vasculaires communicantes et font intimement corps avec la paroi protoplasmique de celles-ci par leurs bords adjacents à chaque vaisseau Si bien que lorsqu'on dissocie les cellules hépatiques, chacune d'elles emporte l'empreinte des capillaires voisins marqués en creux sur sa face correspondante, et cette empreinte est souvent doublée d'un fragment de la paroi protoplasmique du capillaire (Ranvier). » (Renaut, Trailé dit islologie) .
Arrivons donc au calcul des vaisseaux capillaires veineux du foie.
Une maille tubulaire entourant deux corps cubiques juxtaposés est un système de quatre tubes communiquant l'un avec l'autre et dont deux sont longitudinaux et deux transversaux.
Si l'on calcule sur cette base précise, cela fait donc dans le foie le double de tubes capillaires que de cellules, car dans une série d'objets cubiques juxtaposés en tous sens et séparés par des cadres communs dessinant un quadrillé, deux côtés du cadre qui sépare chacun d'eux appartiennent en propre à chaque objet juxtaposé ; par exemple, les deux côtés des cadres en long et en large formant un même angle correspondent chacun en propre à leur contenu.
Mais, comme ici il y a dans chaque cadre capillaire, non pas une cellule cubique, mais deux à la fois juxtaposées dans le même cadre, cela ne fait donc qu'un nombre moitié moindre, c'est-à-dire, en somme, autant de tubes que de cellules.
La matière vivante est donc ainsi creusée de 3o0 milliards de pièces distinctes, à direction particulière, irriguant tel ou tel point, tel ou tel côté de telles cellules.
Et si nous considérions seulement pour une unité les quatre côtés de la maille irrégulière qui entoure en propre chaque deux cellules la comparant à une simple couronne vasculaire polygonale, cela ferait encore 175 milliards de couronnes de vaisseaux, sertissant les cellules réunies deux à deux.
Mais, dira-t-on, conlrairement au calcul cité plus haut, les tubes longitudinaux sont communs à toute une file de cellules qu'ils longent sur deux faces opposées et chaque tronçon ne peut être compté pour l'unité.
Les tubes radiants principaux, avons-nous dit déjà plus haut, ne sont pas en réalité communs à toute une rangée de cellules,
car ils se divisent irrégulièrement et se subdivisent, modifient leur direction et constituent un lacis général où chaque branchement peut e(re considéré comme une entité ayant son individualité fonctionnelle. C'est donc bien le chiffre de 350 milliards de tubes qui pourrait être donné. Mais même en ne comptant les diverses pièces abouchées, qui forment les tubes longitudinaux, que pour une unité de la périphérie du lobule à son centre, il y a ainsi, nous l'avons vu, 10 milliards de tubes radiants, qui, ajoutés aux 175 milliards de tubes transversaux, donnent encore un total de 185 milliards.
Remarquons que les cellules sont réunies en piles qui forment des rayons de la périphérie du lobule à son centre, mais, où que la tranche du lobule soit effectuée, on voit toujours sous le microscope deux cellules à trois au maximum entourées par un cercle de tubes capillaires dessinant dans leur ensemble rayonné et leurs branchements anastomoliques transversaux réguliers* le filet orbiculaire d'une toile d'araignée. Ces filets en piles et en nombre égal, comme le montrent les préparations microscopiques, aux piles de cellules, « sont rendus solidaires par de multiples anastomoses transversales et obliques », mais situées dans un plan perpendiculaire au leur, qui les réunissent.
Aux piles de cellules correspondent les piles de filets.
Donc, piles de filets horizontaux et verticaux à l'intérieur du lobule. En outre, admirable circulation, malgré la forme déterminale de la glande hépatique, qui est en grappe à grains séparés (les lobules), les filets se relient entre eux, de loutes parts, d'un lobule à l'autre. Ces dernières données augmenteraient encore nos chiffres.
Toutes les figures micrographiques reproduisant les dessins pris d'après nature sur les préparations histologiques, nous amènent aux chiffres que nous avons indiqués.
Mais résolus à nous en tenir à des estimations au-dessous de la réalité, nous nous arrêtons provisoirement, jusqu'à ce que nous ayons des documents absolument précis sur l'espacement par cellules des branchements transversaux — il existe, par exemple, trois cellules quelquefois dans le même cadre vasculaire,etc — au chiffre rond de 100 milliards de tubes capillaires. Le manque d'absolue précision de cette donnée nous fait accepter ce dernier chiffre. Mais c'est là, nous le répétons, un chiffre sûr, un chiffre minimum.
Les voies de retour des véhicules (globules, sérum sanguin, etc.) employés au transport des matières premières sont
30 l>-^ FINALITÉ EN BIOLOGIE
représentées par les veines centrales intralobulaires lonze cent mille) et les veines sus-hépatiques auxquelles les précédentes aboutissent.
Les vaisseaux capillaires sont formés, avons-nous dit, par une lame de subsiance très mince, continue, ininterrompue et parsemée de noyaux aplatis, les cellules étoilées. Cette constitution est spéciale aux vaisseaux capillaires du foie et du rein notamment et est en vue de facillier les fonctions si délicates de ce tube. C'est donc un tissu embryonnaire, disposition très remarquable en vue des échanges et spéciale aux organes glandulaires à fonctions très actives.
Les tubes capillaires sont si fins (jue leur lumière est plus petite que le diamètre des globules sanguins, qui doivent les parcourir, mais ceux-ci, comme le dit Renaut, « se courbent, se tordent, se plient et se redressent avec une facilité merveilvleuse f. Cour traverser les capillaires du foie, on les voit passer un à un, en file indienne et en s'ef filant, commue en se baissant. Ils sont même parfois obligés de prendre entièrement la forme vermiculaire. Leur marche rapide en est ralentie. Grâce à ce dispositif, la vitesse change, le contact devient plus intime entre le globule sanguin, ce petit vaisseau de commerce, et la cellule, véritable escale, et les échanges et réactions chimiques instantanées et complexes (obtenues par quel miracle!) en sont facilitées.
Les tubes capillaires, nous l'avons dit, présentent, disséminées sur leur paroi et faisant saillie dans la lumière du tube, des cellules étoilées. Ces cellules, comme l'avait soupçonné Ponfick dès 1869 et comme l'ont montré les travaux concordants de physiologistes contemporains, « mangent » les débris organiques, les corps étrangers, les bactéries, etc., même certains globules sanguins, les vieux, croit-on, qui sont affaiblis, atrophiés, inutiles. Elles se les incorporent. Ce sont des phagocytes, admirables organes de défense, antimicrobiens notamment Ce sont comme autant de bouches, de gueules dévorantes. Ils détruisent les microbes « avec une activité beaucoup plus grande que ne le font les éléments chargés de la phagocytose dans les autres organes ». Quand ils ne détruisent pas l'élément perturbateur, du moins ils le fixent, l'immobilisent. Ces phagocytes constituent alors des postes de police, des prisons. Le nombre de ces prisons ne semble pas être ici inférieur à des milliards.
Nous avions raison de dire, on le voit, combien ces tubes si bien modelés sont loin d'être, par exemple, de vulgaires lacunes de substance.