‹ Le globe terrestreChapitre 85 sur 87 · LEÇON III · texte numérisé non relu

LEÇON III

Messieurs (1),

Dans les leçons précédentes, nous avons exposé les résultats de l'observation de l'être vivant et nous sommes arrivés à constater que tous ses actes morphologiques et tous ses phénomènes physiologiques s'accomplissent toujours en vue d'un but utile, et que ce caractère de finalité constitue le trait clistinctif de la vie .

Nous avons ensuite fait l'examen critique des principales hypothèses qui ont la prétention d'expliquer la vie et nous avons montré que le « Matérialisme », ainsi que son complément la « Génération spontanée », ne sont que des systèmes erronés qui n'ont rien de commun avec la science.

Il ne suffît pas de démolir, me direz-vous ; il faut ensuite mettre quelque chose à la place de ce qui est détruit. C'est ce que nous allons maintenant essayer de faire ensemble.

(1) Leçon faite à la Faculté de Médecine de Bucarest, le 18 février

Nous cherchons à découvrir la cause de la finalité morphologique et physiologique qui existe chez les êtres vivants.

La finalité vitale doit évidemment avoir une cause, car, — dans la nature, — tout a une cause.

Or^ la finalité, considérée en général, reconnaît deux sortes de causes :

1° elle peut être l'effet d'une z;o?07ife', c'est-à-dire d'un agent qui conçoit le but et dispose les moyens en vue de sa réalisation ;

2^ elle peut être TefTet du hasard, c'est-à-dire d'un ensemble de circonstances dont la rencontre et le concours ne sont pas voulus.

A laquelle de ces deux catégories appartient la cause de la finalité vitale ?

Cela me conduit à vous parler d'une hypothèse célèbre, le «Darwinisme», dont j'ai fait, il y a deux ans, devant vos prédécesseurs, une critique détaillée au point de vue de la méthode expérimentale (1).

Je me bornerai aujourd'hui à vous rappeler le fond de cette hypothèse et les principales conclusions de la discussion critique à laquelle nous l'avons alors soumise.

l'hypothèse darwiniste

La négation brutale des causes finales, — assez aisée aux chimistes et aux physiciens dont les études portent uniquement sur des corps bruts

(1) Paulesco. Physiologie philosophique, I, Leçon III, La « Génération spontanée » et le « Darwinisme » devant la méthode expérimentale, p. 43.

ou sur des cadavres, c'est-à-dire sur des choses dépourvues de finalité, — devait répugner cependant aux naturalistes qui, à chaque pas, rencontrent des moyens coordonnés et adaptés à des fins.

Mais, pour certains naturalistes, il s'agissait avant tout de sauver le dogme matérialiste; il fallait que, — dans Timpossibilité de nier la finalité biologique, incompatible avec ce dogme, — l'on cherchât à en atténuer l'importance et à faire croire qu'en réalité, les êtres vivants ne présentent qu'une apparence de finalité qui résulte de causes purement mécaniques, qui est l'effet du hasard. .

L'hypothèse darwiniste répondait d'une façon parfaite à ce desideratum, et telle est l'explication de la célébrité et de la faveur imméritée dont elle jouit encore aujourd'hui parmi les naturalistes.

La doctrine darwiniste (transformiste, évolutionniste) prétend queles êtres vivants sont soumis à une sorte de choix, de sélection^ qui reconnaît trois principaux facteurs^ — pour ainsi dire mécaniques, — à savoir : la variabilité, l'hérédité et la lutte pour l'existence.

a) — La variabilité produit des modifications des caractères des êtres vivants, modifications quelconques, pouvant être indifférentes, utiles ou nuisibles à l'individu. Selon Darwin, la variabilité pourrait atteindre n'importe quel caractère, se produirait dans des directions indéterminées et serait illimitée.

h) — Uliéréclité fait que les êtres vivants transmettent à leurs descendants les modifications de caractères acquises par la variété. Selon Darwin, l'hérédité perpétue indéfiniment toute modification de n'importe quel caractère.

c) — La lutte pour la vie a pour effet V extermination des êtres qui, par suite de là variabilité, ont subi des modifications inutiles ou nuisibles de leurs caractères ; elle ne laisse subsister et se perpétuer que des êtres dont les caractères se sont modifiés dans un sens utile.

Le résultat de la collaboration de ces trois facteurs est la formation d'êtres ayant une organisation de plus en plus compliquée, — en d'autres termes, la formation cVespèces quise transforment les unes dans les autres en montant progressivement l'échelle biologique.

Mais il y a plus : les êtres vivants, grâce aux modifications utiles qui s'accumident peu à peu au cours des âges, — modifications produites par la variabilité, transmises par l'hérédité, choisies et fixées par la lutte pour la vie (qui élimine tout ce qui est inutile), — arrivent finalement à ne posséder c[ue des caractères idiles et, de la sorte, tous les actes et tous les phénomènes de ces êtres paraissent s'accomplir en vue cVun but immanent.

La finalité vitale n'est donc pas .une finalité proprement dite, — c'est-à-dire conçue^ voulue, — mais seulement un semblant de finalité due au hasard .

Cetteingénieuse hypothèse, capable d'expliquer

l'admirable harmonie qui règne dans le monde vivant, — sans avoir recours à l'intervention des causes finales, — fut reçue par les matérialistes avec un enthousiasme indescriptible, car elle sauvait leur système de la faillite qui le menaçait (1).

L'observation^ prolongée pendant plusieurs milliers d'années, constate que l'homme demeure homme ; le chien, chien ; le chêne, chêne , etc., — en d'autres termes que les espèces sont fixes.

Darwin prétend, au contraire, que les espèces ne sont pas fixes, m.ais qu'elles se transforment les unes dans les autres.

Pour qu'une pareille hypothèse puisse être admise dans la science, il faut, avant tout, qu'elle soit prouvée (2) .

Or, en faisant l'examen critique du Darwinisme, nous avons montré que Darwin n'apporte aucun fait qui démontre d'une façon évidente, la transformation au moins cVune seule espèce actuelle.

(1) « La haute valeur de la théorie de la sélection de Darwin tient, comme tout le monde le reconnaît, à ce qu'elle explique la finalité dans la nature organique au moyen de principes purement matériels -et sans le secours d'aucune idée téléologique. C'est à ce caractère que ia théorie de la descendance doit d'être aujourd'hui généralement acceptée ». (De Vries, Mutations théorie, I, 1901, p. 139 ; voir aussi L. Errera in Darwinisme, 2^ édit, Bruxelles, Lamertin, 1904, p. 77.)

En réalité, croire que le « Darwinisme » explique d'une faeon toute mécanique la finalité et la supprime ainsi du monde vivant, c'est une pure illusion. En effet, la variabilité des caractères et l'hérédité supposent l'existence préalable d'une organisation primordiale et de la reproduction dont la finalité incontestable demeure inexpliquée.

/2) Voir les Règles de la méthode expérimentale, Le(;on II.

Nous avons établi également^ avec preuves palpables à l'appui, que, contrairement aux affirmations de Dar^vin, dans la nature il ne se produit ni variabilité illimitée et indéterminée de n'importe quel caractère, ni transmission héréditaire définitive de toute modification acquise.

• Nous avons enfin prouvé que, sans le secours de ces facteurs, le troisième, la lutte pour V existence ^ ne peut pas elTectuer la sélection naturelle. Et, en efïet, l'observation sérieuse des faits démontre que la lutte pour la vie empêche l'altération et la dégradation du type spécifique et constitue la principale cause de \^ fixité des espèces (1)1 au lieu d'être celle de leur transformation.

La sélection naturelle imaginée par Darwin, n'a pas une existence réelle. Par conséquent^ l'explication mécanique de la fixualité vitale, bâtie sur une base fictive, a une valeur égale à zéro.

La discussion critique du « Darwinisme », — qui nous a permis de chasser cette doctrine hors

(1) Vo:r, pour détails, Physiologie philosophique , l, Leçon III, « Génération spontanée » et « Darwinisme », etc., p. 43 et suiv.

Dans cette môme leçon, nous avons montré que les arguments tirés de la paléontologie, de l'embryologie et de l'anatomie comparée, -— argurnenis «lue les" transformistes iiivoc|uent en faveur de leur hypothèse, — sont fondés sur des raisonnements défectueux, tout aussi défectueux que le sophisme poH hoc, ergo propter hoc. ^

Finalement, nous sommes arrivés à la conclusion que « l'hypothèse darwiniste n'étant pas prouvée, et étant en contradiction avec des faits bien établis, doit être repoussée comme antiscientifique ».

de la science, — nous a donné, en même temps, une réponse à la question qui nous préoccupe.

De cette discussion, qui a montré l'inanité des efforts des darwinistes, il résulte d'une façon indiscutable que la finalité vitale n'est pas l'effet duhasard. Or, comme une finalité nepeut être que fortuite ou voulue, n'étant pas fortuite, la finalité vitale doit être voidite. En d'autres termes, la finalité vitale reconnaît pour cause un agent qui a conçu le but, morphologique et physiologique, de l'être vivant et qui coordonne les moyens en vue d'arriver à ce but.

Essayons de préciser la notion d'un « agent de la finalité vitale », notion qu'une logique rigoureuse impose à notre esprit.

Pour apporter un peu de lumière dans une question si obscure, — et surtout pour ne pas nous égarer dans des voies extra-scientifiques, — prenons comme point de départ les faits d'observation dont on ne doit jamais quitter le terrain.

I. — L'observation montre que la finalité de chaque être lui est propre ou immanente (1), c'est-à-dire que tout ce qui se passe dans l'être aboutit à lui-même, qu'elle vise seulement l'utilité de cet être et non pas celle des autres êtres

(\) Immanent, de in : dans, et manere : demeurer.

dont elle est plus ou moins indépendante et avec laquelle elle entre même parfois en conflit.

Par conséquent,, chaque être vivant possède en lui-même l'agent de sa finalité vitale, agent que nous désignerons sous le nom d' « âme » — nom consacré par un usage de plusieurs milliers d'années.

II. — L'observation montre que les faits vitaux de chaque être forment un ensemble harmonieux où tout concorde et où rien ne se contredit ; cela nous conduit à admettre que la finalité biologique est l'effet d'un agent unique pour chaque individu.

Le témoignage do la conscience de l'homme plaide d'ailleurs dans le môme sens, en rapportant tous les actes et tous les phénomènes vitaux à un « moi » unique.

III. — L'agent de la finalité vitale ne tombe pas sous nos sens.

Or, comme nos sens sont impressionnés seulement par Vénergie physique, il en résulte que cet agent diffère^ quant à sa nature^ de Vénergie physique.

A fortiori il diffère delà matière qui est inerte (n'est pas un agent) et qui, substratum de l'énergie, l'émet sous ses diverses formes (1).

(1) Nous avons d'ailleurs démontré, dans la leçon précédente, que l'agent de la finalité vitale ne peut être ni la matière, ni l'énergie (qui constituent le corps de l'être), parce que ces éléments ntmpliquent pas l'attribut de finalité.

On exprime cela en disant que « rame est immatérielle » (1).

Dans chaque être vivant^ il existe donc une âme unique^ immatérielle, cause de la finalité vitale.

L'impuissance de la « Doctrine matérialiste » et de ses compléments la « Génération spontanée » et le « Darwinisme », à expliquer la finalité vitale, nous a conduits à admettre que, dans chaque être vivant, il existe une « âme » unique et immatérielle.

Je dois ajouter que Vexistence de Vcuné peut également être démontrée par la voie de V hypothèse.

Mais pour que nos conclusions soient irréprochables suivons Tunique procédé qu'emploient les savants quand ils cherchent à remonter des effets aux causes ; prenons donc comme modèle et imitons, par exemple, la méthode qu'ont employée les physiciens lorsqu'il s'est agi de trouver la cause de la propagation de la lumière.

Pour expliquer la propagation de la lumière, c'est-à-dire pour en déterminer la cause effi-

(1) La matière, Véaergie et Vâme sont les trois éléments constitutifs de la nature. Or la matière et l'énergie étant impérissables. — en vertu de la loi « rien ne se perd », — il est invraisemblable que l'àme fasse exception à la loi commune ; d'où la conclusicn que l'âme est également impérissable. C'est ce que l'on exprime en disait que « Vdnie est immortelle ».

ciente, les physiciens comparèrent d'abord ce phénomène au mouvement, au transport d'un boulet lancé par un canon. Ilsenconclurent qu'une source lumineuse émet, dans toutes les directions et en ligne droite, de petits projectiles, des particules d'un fluide subtil, la lumière^ projectiles dont les trajectoires forment les rayons lumineux.

Telle est l'hypothèse connue en physique sous le nom de théorie de rémission.

Comme il était impossible de la vérifler, par la preuve et par la contre-épreuve expérimentales, les savants se contentèrent de confronter cette hypothèseavecles faits d'observation et l'admirent dans la science parce qu'elle expliquait tous ces faits d'une façon satisfaisante.

Ainsi, d'après l'hypothèse de l'émission, la réflexion ne serait que le ricochet des projectiles lumineux, quand ils viennent de rencontrer un obstacle, une surface résistante. De même, la réfraction serait quelque chosed'analogueauchangement de direction que subit une balle qui traverse des milieux de densité différente, qui, par exemple, passe obliquement, de l'air, dans l'eau.

La théorie de l'émission semblait être définitivement assise, lorsqu'on s'aperçut qu'elle ne pouvait pas rendre compte de certains phénomènes, tels que les franges lumineuses, la diffraction, phénomènes avec lesquels elle est même en désaccord.

Cela suffit pour qu'elle devînt suspecte et pour que l'on se mît en quête d'une autre hypothèse.

Les physiciens cherchèrent alors un autre terme de comparaison sur lequel on pût baser le raisonnement par analogie et ils le trouvèrent dans ce qui se passe lorsqu'une pierre tombe dans l'eau tranquille d'un lac: des ondes concentriques parcourent la surface de l'eau, en s'éloignant de plus en plus d'un centre représenté par le point où la pierre a touché le liquide ^

Ils conclurent que la propagation de la lumière est analogue à la propagation de ces ondes.

Mais, la propagation des ondes à la surface de l'eau reconnaît pour cause les vibrations des molécules de ce liquide. Qu'est-ce qui vibre dans le cas de la propagation de la lumière?

Nous savons que la lumière traverse les corps solides (verre), liquides (eau) et gazeux (air) ; mais ce ne sont pas les vibraticms des molécules de ces corps qui la propagent, car elle traverse également le vide expérimental et celui des espaces interplanétaires et interstellaires.

Les physiciens furent donc obligés d'imaginer un agent spécial, — Véther physique^ — dont la vibration serait la cause de la propagation de la lumière (1).

(1) Les physiciens ont même défini les propriétés ou attributs de l'éther et voici comment ils ont procédé pour cela. Ils ont comparé l'éther à l'eau et, après contrôle expérimental, portant sur les effets sensibles de ces agents, ils ont affirmé ou nié, pour l'éther, les principales propriétés physiques de l'eau.

De cette façon, ils ont été amenés à admettre que Tétlier constitue un mULeu continu qui baigne tous les corps solides, liquides et frazeux, ainsi que chacune de leurs molécules et (jui, de plus, remplit les espaces interstellaires et interplanétaires et aussi le vide aérien ; que ce milieu est composé de molécules capables de vibrer, molécules rjistinctes de celles des corps matériels; qu'il est parfaitement élastique^ qu'il est impondérable et uniformément réparti dans l'univers ; qu'il n'oppose aucune résistance au mouvement des corps célestes, en d'autres termes, qu'il est dépourvu de densité.».

Telle est Thypothèse dite théorie de Vonclulation, — hypothèse qui explique tous les faits crobservatioii et n'est en contradiction avec aucun d'eux.

Cependant, cette hypothèse ne peut pas être vérifiée directement par la preuve et 'par la contre-épreuve expérimentcdes.

Cela n'a pas empêché les savants physiciens de r Introduire dans la science et de baser sur elle rinterprétation des phénomènes de la nature.

Pour découvrir la cause de la propagation delà lumière et pour définir Téther, les physiciens ont employé le raisonnement par analogie ou, mieux, Vliypothèse.

Appliquons cette méthode à la démonstration de l'existence de Tàme; saivoas pas à pas le procédé de ces hommes de science ; choisissons un terme de comparaison convenable, un objet qui présente, avec Tètre vivant, des analogies réelles et dont nous connaissions la cause. Nous pourrons conclure, de cette cause, à celle de la finalité vitale, — comme les physiciens ont conclu, du mode de propagation des ondes de l'eau, au mode de propagation de la lumière.

Les matérialistes ont comparé l'être vivant aux corps bruts, aux pierres. Mais la pierre ne ressemble pas du tout ix l'être vivant ; on n'y trouve pas de trace de finalité morphologique ou physiologique, — et encore moins de conscience. La

conclasion qu'ils ont tirée, —par suite d'un raisonnement par analogie, — de la cause de Tune à la cause de l'autre, a été forcément erronée.

Cherchons donc un autre terme de comparaison qui présente avec l'être vivant des analogies plus intimes.

Or, une machine qui fonctionne ressemble à l'être vivant, plus qu'une pierre inerte. En effet, une machine présente quelque chose de semblable à une finalité morphologique et physiologique. Elle est formée d'organes qui, de même que ceux de l'être vivant, sont construits et agencés, suivant un plan conçu d'avance et en vue d'un emploi ultérieur (finalité morphologique). Bien plus, elle accomplit des phénomènes analogues aux fonctions de nutrition (combustion du charbon) et aux fonctions de relation (mouvements) des êtres vivants, — et ces phénomènes sont dirigés en vue d'un but déterminé d'avance (finalité ph3^siologique),

Il est donc évident que l'être vivant ressemble bien plus à une machine qu'à une pierre.

Quand nous connaîtrons la cause d'une pareille machine, nous pourrons, grâce à un raisonnement par analogie, remonter à la cause de la machine qu'est l'être vivant.

Or, toute machine suppose un ouvrier constructeur et conducteur, qui en a choisi les matériaux, qui les a disposés, — suivant un plan préétabli par un ingénieur, — pour en former les organes, et qui en dirige les mouvements en vue d'un but. Cet ouvrier est la cause immédiate delà

finalité morphologique et physiologique de la machine.

Par analogie, nous concluons que l'être vivant doit avoir, lui aussi, un agent constructeur et conducteur qui construit les organes du corps, — suivant un plan préétabli, — et préside à leur fonctionnement, le dirigeant vers une fin déterminée. Cet agent est la cause immédiate de la finalité morphologique et physiologique de l'être vivant. — C'est ce que nous avons appelé « âme ».

La méthode expérimentale exige que toute hypothèse, — et celle de Tâme ne saurait faire exception à la règle,— soit confirmée par la preuve et la contre-épreuve expérimentales, — ou du moins que, clans V impossibilité cVune pareille démonstration y elle explique tous les faits et ne soit en désaccord avec aucun d'eux.

Ainsi, rhypothèse de Téther, — bien que ne pouvant pas être directement démontrée par la preuve et la contre-épreuve expérimentales, — a été admise dans la science parce qu'elle remplit cette dernière condition.

Or, on peut en dire autant de rhypothèse deVâme. En effet, seule elle explique, d'une façon satisfaisante, le caractère de finalité des faits vitaux, morphologiques et physiologiques. C'est l'âme qui règle la division des cellules, leur différenciation, leur disposition suivant un plan préétabli, en vue de la formation d'organes à fonctions spéciales, qui ne fonctionneront que plus tard. C'est l'âme qui préside à l'évolution de l'être et

réalise sa reproduction. C'est son absence qui constitue la mort, c'est-à-dire l'arrêt définitif de révolution et la suppression de la finalité vitale, dans le corps qui lui servait de substratum et qui dorénavant rentre dans le domaine de la nature brute. C'est encore l'âme qui coordonne les phénomènes vitaux de nutrition et de relation en vue d'un but utile. C'est elle, enfin, qui a pour attribut la conscience et qui est l'agent des merveilles que nous avons étudiées sous les noms d'instincts et d'actes volontaires.

Seule, cette hypothèse nous permet de comprendre l'impossibilité de la génération spontanée et de la transformation des espèces, — impossibilité démontrée par les faits expérimentaux.

L'hypothèse de Pâme, — bien que non prouvée directement, — expliquant tous les faits vitaux et n'étant en contradiction avec aucun d'eux, remplit d'une manière satisfaisante les conditions requises par la science expérimentale. C'est donc une théorie qui peut être introduite dans la science (1).

Il peut se faire qu'il y ait parmi vous des esprits positifs qui, habitués à ne voir que des choses concrètes, éprouvent encore, malgré ma démonsci) On peut même arriver à définir les attributs de lame par la voie de l'hypothèse, en suivant le procédé employé par les physiciens pour définir les attributs de l'éther, — nrocédé qui consiste en une comparaison suivie d'affirmation ou de négation, — après contrôle expérimental.

tration, de la difficulté à admettre une âme insaisissable par les sens, — des esprits qui soient étonnés que, dans une science expérimentale comme la physiologie, on parle d'agents qui ne tombent pas sous les sens.

A ceux-là, pour achever de les convaincre, il me suffira de leur rappeler que la physique, science expérimentale par excellence, admet plusieurs éléments et agents qui, — autant que Tâme, — échappent aux sens. La matière (1) est de ce nombre, ainsi que Yéther physique.

Voici ce que dit, à propos de l'éther, un grand physicien, Sir William Thompson (Lord Kelvin) :

c< Une chose dont nous sommes certains^ c^est la réalité et la matérialité de Véther liimineux. »

Et le professeur Dastre, à qui j'emprunte cette citation, ajoute en la commentant : « Les fondements logiques de cette certitude sont, en effet, au moins aussi puissants^ pour une intelligence de cette trempe, que le témoignage même des senSy dont on connaît d'ailleurs les limites de pénétration, rinfirmité et les altérations. Véther m nous est pas révélé directement par aucun sens ; il l'est par les phénomènes dont il est le facteur nécessaire. L'hypothèse de l'éther n'implique aucune abdication de la part d'un esprit scientifique et critique (2). »

(1) Si Vdme n'est pas perçue par les sens, cela prouve tout simplement (ju'elle n'est pas l'énergie physique car, ainsi que nous l'avons démontré, seule l'énergie physique impressionne les sens. Quant aux relations de lame avec le corps, c'est-à-dire avecle protoplasma, elles ne sont pas plus difficiles à défmir que celles qui relient l'énergie à la matière.

(2) A. Dastre. — Les agents impondérables et l'éther, in Reçue des Deux Mondes^ 1001, p. G70.

C'est précisément ce que nous disons de l'âme : elle ne nous est révélée directement par aucun sens ; elle Test par les actes dont elle est le facteur nécessaire.

En ce qui me concerne, j'affirme haut et fort que je suis tout aussi certain de Texistence de l'âme, que de n'importe quelle vérité établie par la science expérimentale. Et ce n'est pas Jà une simple croyance, mais une conviction profonde, acquise scientifiquement.

Messieurs,

La science, nous venons de le voir, démontre l'existence de l'âme et en définit les principaux attributs. Mais elle ne saurait s'arrêter en route. Etant la connaissance par les causes, elle doit se demander : quelle est la cause de Vâme ?

Les âmes des êtres vivants dérivent évidemment de celles de leurs parents qui sont, pour ainsi dire, leurs causes immédiates. Mais, ces causes ne peuvent être que des causes secondes^ dont la série n'est pas illimitée.

En effet, la vie n'a pas toujours été possible sur la terre (1). Les âmes ont donc commencé à exister à un moment donné. Or, comme il est absolument impossible que l'âme soit l'effet de la matière et de Ténergie (2), — qui, sur la terre, lui ont sans

(1) Voy. Physiologie philosophique, I, Leçon III, « Génération spontanée » et « Darwinisme », etc., p. 36.

(2) L'âme est, en effet, d'une essence toute différente de celle de la matière et de l'énerprie.

doute préexisté, — nous devons conclure qu'il y a eu, à ce moment, Tintervention d'une cause première.

La raison s'appuyant sur le principe de causalité ^ — « rien ne se fait sans cause », — nous conduit, nécessairement, à la notion de Vexistence cTune cause première de Vâme^ notion éminemment scientifique, car le principe de causalité est la base de la science.

Et, notez-le bien, cette notion, — qui est plus qu'une hypothèse, car elle n'est pas la conclusion d'un raisonnement par analogie, — s'impose avec une force irrésistible à notre entendement, d'autant plus qu'elle rend parfaitement compte de tous les faits d'observation qui, sans elle, demeureraient non expliqués, et elle n'est en contradiction avec aucun d'eux.

Savoir qu'il existe une cause première de l'âme, ne peut pas suffire à l'homme de science qui se demande encore : Qu'est-ce que cette cause première ? quels en sont les attributs ?

Pour répondre à cette question, revenons aux faits d'observation que l'on ne doit jamais perdre de vue.

1*=^ La cause première ne tombe pas sous nos sens ; donc, comme l'âme, elle est immatérielle.

2*" L'observation montre que chaque être vivant est construit suivant «une série de consignes

réglées d'avance» (Cl. Bernard), suivant un plan préétabli et que ce plan est à peu près le même pour tous les êtres d'une même espèce.

Or, le type morphologique d'une espèce diffère plus ou moins de ceux des autres espèces. Cependant, bien que distincts, les types des diverses espèces présentent entre eux des analogies manifestes, par le fait qu'ils possèdent des organes homologues. Ainsi, par exemple, tous les animaux vertébrés ont un appareil nerveux et, entre les appareils nerveux des différents vertébrés, existe une homologie, une ressemblance incontestables (1).

Bien plus, les formes successives que prend un animal supérieur, au cours de son développement, présentent une certaine analogie avec les formes d'autres animaux, d'espèces différentes, arrivés à un état de complet développement.

Il y a donc une certaine uniformité du plan morpliologique (2) envisagé dans l'évolution d'un individu, et dans la série des êtres vivants, -—

(1) Paulesco. Phtjsiologie philosophique, I, Leçon III, La « Génération spontanée » et le a Darwinisme » devant la méthode expérimentale, p. 60.

(2) De cette uniformité de plan, de cette ressemblance, par des raisonnements basés sur des prémisses absurdes, — telles que la suivante : touts chose, qui i^e^^enible à une autrCy dérive d'elle^ — prémisse analogue au sophisme post hoc, ergo propter- hoc, — on a essayé de tirer des preuves en faveur de la doctrine de la transformation des espèces, sans se rendre compte que u si la descendance implique la ressemblance, l'inverse peut être faux, la ressemblance n'impliquant nullement la descendance. Deux feuilles de papier se ressemblent l'une l'autre ; mais insensé serait celui qui prétendrait que cette ressemblance prouve que l'une d'elles dérive de l'autre. » (Paulesco. — Loc.cit.)

lOS PHYSIOLOGIE PHILOSOPHIQUE

une transition graduelle des formes, des plus simples aux plus compliquées.

Si, en outre, on tient compte du fait qu'il existe également une itniforinitéduplanxjliysiologique; que la constitution chimique et les phénomènes physiologiques sont identiques chez tous les êtres vivants ; que tous ces êtres, sans exception, sont formés de protoplasma et tous, sans exception, présentent les mêmes phénomènes vitaux de nutrition, de reproduction et de relation (V. Leçon I), on arrive k la conclusion que, clans le règne vivant ^ il existe une unité dans la variété illimitée des formes et des phénomènes, et cela nous conduit à admettre, que ce régne est l'effet d'une cause première unique.

3^ L'observation montre que l'être vivant construit, avec une perfection merveilleuse, en vue de fonctions déterminées, les divers orgaiies qui constituent son corps, — organes qui ne fonctionneront que plus tard, et dont le fonctionnement est parfaitement adapté à un but utile.

Or, — ainsi que je vous Tai fait remarquer à plusieurs reprises, — la construction des organes et leur fonctionnement s'accomplissent à Vinsu de Vêtre vivant. Et qui plus est, cet être semble ne pas avoir conçu lui-même le but des actes morphologiques et physiologiques qu'il exécute, car il Vignore absolument. Il suit un plan préétabli, dont il n'est pas l'auteur; il obéit aveuglément à une consigne reçue « à l'origine », suivant l'expression de Cl. Bernard, et cà laquelle

ont obéi également ses parents et ses ancêtres, depuis que sa race et son espèce existent. Il paraît donc que Tâme, qui réalise la finalité immanente de l'être qu'elle anime, n'est pas elle-même, à proprement parler, la cause de cette finalité, c'est-à-dire l'agent qui l'a conçue et qui l'a voulue.

Il y a plus. A côté des faits vitaux qui ont pour but la conservation de l'individu, il est toute une catégorie d'actes et de phénomènes qui ont pour but la perpétuation de l'espèce, — c'est-à-dire dont la finalité n'est plus immanente ou propre à l'individu, mais se réfère à un autre individu. Or, si l'àme n'est pas la cause de la finalité immanente de l'être qu'elle vivirie^ a fortiori qUq n'est pas la cause d'une finalité qui se rapporte à un autre individu.

L'observation montre encore que, pour faire des tissus et pour accomplir les phénomènes vitaux, pour vivi^e en un mot, tout être vivant a absolument besoin de substances organiques et surtout d'hydrates de carbone. Or, ainsi que nous l'avons rappelé dans la leçon précédente, seules les plantes vertes peuvent fabriquer les hydrates de carbone aux dépens de substances inorganiques. Sans elles, la vie sur la terre serait impossible, car les autres êtres vivants (microbes, plantes incolores, animaux) sont incapables de subsister par eux-mêmes. L'existence de tous les êtres vivants dépend donc de celle des plantes vertes qui sont, pour ainsi dire, les nourrices de tout le règne de la vie.

L'observation montre également qu'après la

mort des êtres supérieurs (animaux et plantes), les microbes entrent en scène et, par les fermentations de la putréfaction qu'ils déterminent, dissolvent la substance organique qui constitue les corps de ces êtres supérieurs, la simplifient, l'amènent finalement à l'état de substance inorganique et la rendent au monde minéral d'où elle dérive et où elle est reprise par les plantes. Sans les microbes, la surface de la terre serait couverte et encombrée d'innombrables cadavres d'animaux et de plantes, ce qui rendrait impossible la vie des nouveaux êtres. Ils accomplissent donc, dans la nature, une sorte de crémation des cadavres, car le résultat de la putréfaction, comme celui de la crémation, est la réduction de la substance organique à l'état minéral (1). Du même coup, grâce à eux, se ferme un immense cycle d'énergie et de matière qui, parti du monde inorganique, passe à travers le monde vivant et aboutit de nouveau au monde inorganique.

Ces notions, qui constituent une des plus belles conquêtes de la science moderne, ont mis en évidence l'admirable harmonie qui règne dans le monde de la vie, ainsi que la symbiose gigantesque,— en d'autres termes, l'étroite dépendance réciproque, — qui relie entre eux tous les êtres vivants.

(1) Les microbes ne font pas que détruire. Ainsi, par exemple, des recherches récentes ont prouvé que si certaines plantes, les légumineuses en particulier, fixent l'azote de l'air et l'engagent dans des combinaisons organiques, c'est par suite de l'action de microbes qui vivent en parasites sur elles.

Et cette harmonie, cette merveilleuse adaptation des moyens aux fins^ n'est certainement pas l'œuvre des âmes agissant isolément ; elle ne peut être que l'œuvre de leur cause première.

Il en résulte que la cause première^ — le véritable auteur de la finalité morphologique et physiologique que l'on constate chez les êtres vivants, pris en particulier et dans leur ensemble, —présentôy à un suprême degré^ Vattribut de sagesse^ parce que la finalité conçue et voulue de l'effet implique la sagesse de la cause.

Démontrer l'existence d'une cause première de la vie, unique, immatérielle etsage, voilà le terme sublime auquel aboutit la physiologie.

Cette cause primaire, c'est Dieu.

Ce n'est donc pas « Credo in Deum» que doit dire l'homme de science, mais « Scio Deum esse ».

Nous pouvons maintenant donner à la question : «qaelle est la cause de la vie?» la réponse suivante qui remplit toutes les conditions requises par la méthode scientifique :

« La vie est l'effet de deux causes : Vune, cause seconde ou Ams ; Vautre, cause première ou Dieu. »

AME El^ DIEU 113

APPENDICE

L'idée de « Dieu » est une notion fondamentale sans laquelle la science tombe dans l'absurde.

Le matérialisme athée a envahi la société moderne qui l'a accepté aveuglément parce qu'il s'est donné comme l'expression de la science, comme le résultat ou la synthèse de ses découvertes les plus récentes. Il s'est servi du prestige de la science, — lui qui, en tant que système est la négation de la science, — pour en imposer à la multitude des demi-savants incapables d'en saisir l'imposture. Par eux, il s'est glissé dans les écoles ou, làcliement, il a exploité et exploite la candeur et la naïveté des enfants et des jeunes gens inexpérimentés, n'ayant ni les connaissances suffisantes, ni l'esprit critique assez développé pour discerner le faux du vrai, et, de la sorte, il a déjà empoisonné, de ses doctrines malfaisantes, plusieurs générations.

Comme toute erreur, le matérialisme signifie ignorance, soit par défaut de culture, soit par défaut d'intelligence... soit par passion.

A dix-sept ans, j'étais matérialiste, parce que je n'avais qu'une somme fort restreinte de connaissances sur la Nature ; parce que ma raison n'était pas encore développée et que, n'ayant pas d'esprit critique, je croyais tout ce que j'entendais et lisais ; parce que j'étais tombé dans le piège de cette perfide affirmation que les hommes de science sont tous matérialistes.

Eh bien, si depuis lors, je n'avais pas acquis, par une étude soutenue, de nouvelles connaissances sur la nature brute et sur les êtres vivants, ou bien si, par malheur, mes facultés intellectuelles étaient demeurées enfantines,

telles qu'elles étaient en mon jeune âge, — ou enfin si je n'avais pas constaté que les vrais savants repoussent le système matérialiste, — je serais encore aujourd'hui une victime de cette doctrine.

Les adeptes du matérialisme ont si souvent répété que la science moderne a définitivement chassé de son domaine l'idée de « Dieu », ils ont su manœuvrer si bien , qu'aujourd'hui on a honte de prononcer le mot « Dieu » devant témoins.

Tout cela s'est fait au nom de la science.

Et cependant, les grands savants, les créateurs et les gloires de la science, — les génies dont on peut dire, avec Renan, qu'ils « ont changé la base de la pensée humaine, en modifiant totalement Tidée de l'Univers et de ses lois », — ont tous admis et proclamé l'existence de Dieu.

Sans parler de Copernic, Kepler, Gahlée, Descartes, Bacon, Pascal, Leibniz, Newton, on peut citer encore, comme théistes déclarés :

1" Les grands astronomes : Herschell, Laplace, Le Verrier, Faye...

2' Les grands mathématiciens : Euler, Cauchy, Hermite, Hirn...

3' Les fondateurs de la chimie moderne : Lavoisier, Berzélius, Berthollet, Gay-Lussac, Thénard , J.- B. Dumas, Liebig, Chevreul, Wurtz...

4' Les fondateurs de la physique moderne : Réaumur, Volta, Ampère, Faraday, J.-B. Biot, Robert Mayer, Fresnel, Maxwell, William Thom.pson (Lord Kelvin)...

5" Les illustres initiateurs des sciences naturelles modernes (1) : Buffon, Linné, Antoine de Jussieu, Bernard de Jussieu, Haller, Cuvier, De Blainville, Latreille, Etienne

(1) Zoologie, botanique, géologie et paléontologie, médecine, anatomie, physiologie, chimie biologique, microbiologie.

Geoffroy Saint-Hilaire, Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, Louis Agassiz, A. Milne-Edwards, Gratiolet, A. do Quatrefages, Brongniart père, Brongniart fils, Elie de Beaumont, Van-Beneden, De Bonnard, Ed. de Verneuil, Homalius d'Halloy, Hauy, Barrande, A. Gaudry, De Lappapcat, Dapuytren, Laeunec, Cruveilhier, Fiourens, Claude Bernard, Pasteur...

Voici, d'ailleurs, des passages cueillis dans les ouvrages de quelques-uns de ces grands hommes de science, de préférence dans ceux des naturalistes, parce que les principaux motifs qui leur font admettre l'existence de Dieu sont précisément ceux que nous venons d'exposer plus haut.

C. LiNNAEi. — Sf/stcma naturœ, Parisiis, 1830, p. i. (Apud Lévrault).

(( Que Tunité supposant l'ordre dans toute espèce, il est nécessaire d'attribuer l'unité progénératrice à un Etre ioué-puissant, c'est-à-dire Dieu, dont la création est l'œuvre (1). »

L. Agassiz. — (Célèbre naturaliste, professeur à l'Université de Cambridge), in De l'espèce et de la classiftcation en zoologie, trad. franc, par Vogeli, Paris, 1869, p. 12 (Rdit. Baillière).

« Jusqu'à ce qu'on parvienne à prouver que la matière ou les forces physiques peuvent véritablement raisonner..., force nous est de regarder toute liaison intelligente et intelligible entre les phénomènes comme une preuve directe de Vexcstence d'un Dieu qui pense. »

(1) « Cum unitas in omni specie ordinem ducit, necesse est ut unitatem illam progeneratriceni Enti cuidern omnipotenti et omniscio attribuamus, Deo nempe, cujus opus Creatio audit. »

M. Latreille. — (Fondateur de l'entomologie), in Cours d'Entomologie, Paris, 1831, p. 226.

« De tout ce que je viens d'exposer, je me plais à déduire cette conséquence : les lois qui régissent les sociétés des insectes... forment un système combiné avec la sagesse la plus profonde, établi primordialement, et ma pensée s'élèoe aoec un religieux respect vers cette Raison éternelle qui, en donnant l'existence à tant d'êtres divers, a voulu perpétuer les générations... »

Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, — (Célèbre naturaliste, membre de l'Académie des Sciences, professeur de Zoologie au Muséum d'histoire naturelle, etc. ), in Philosophie anatoniique, Paris, 1822, t. II, p. 499.

« Arrivé sur cette limite, le physicien disparaît ; l'homme religieux seul demeure pour partager l'enthousiasme du saint prophète et pour s'écrier avec lui : Cœli enarrant glorictm Dsi... »

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, — (Membre de l'Académie des Sciences, professeur de Zoologie au Muséum d'histoire naturelle, etc.), in Histoire naturelle des règnes organisés, Paris 1854-1860, t. II, page 252 (Masson, édit.)

« Plus on découvre de similitudes organiques entre riiomme et les animaux, mieux on met en lumière la diversité des trésors que le Créateur a mis en nous... ».

J. Cruveilher. — (Professeur d'anatomie à la Faculté de médecine de Paris), in Traité d'anatomie descriptive, 3' édit, t. I, p. xxiï, Paris, 1851 (Labé édit.).

« Quelle ne doit pas être notre ardeur pour l'étude de l'homme, ce chef-d'œuvre de la création, dont la struc-

ture, si délicate et si résistante tout à la fois, nous montre et tant d'harmonie dans l'ensemble et tant de perfection dans le détail.

(( Et, à la vue de cette merveilleuse organisation, où tout a été prévu, coordonné avec une ùitellcgence et une sagesse infinies... quel anatomiste n'est pas tenté de s'écrier avec Gallien qu'un llore d'aaatonile est le plus bel hymne qu'il ait été donné à l'homme de chanter en l'honneur du Créateur. »

A. MiLNE-EowARDS. — (Naturaliste renommé, membre de l'Académie des Sciences, professeur de Zoologie au Muséum d'histoire naturelle, etc.) Instinct et intelligence des animaux. Conférence faite à la Sorbonne, recueiUie par E. x\lgl\vbî. Voir Reçue des Cours scientifiques, 2* année, 17 décembre 1864, p. 34.

« On doit s'étonner qu'en présence de faits tellement significatifs et tellement nombreux, il puisse encore se trouver des hommes qui viennent nous dire que les merveilles de la nature sont de purs effets du hasard ou bien des conséquences forcées des propriétés générales de la matière... Ces vaines hypothèses, ou plutôt ces aberrations de l'esprit que l'on désigne parfois sous le nom de science positive y sont repoussées par la vraie science ; les naturalistes ne sauraient y croire et aujourd'hui, comme du temps de Réaumur, de Linné, de Cuvier et de tant d'autres hommes de génie, ils ne peuvent se rendre compte des phénomènes dont ils sont témoins qu'en attribuant les œuvres de la création à l'action d'un Créateur. »

JuRiEN DE LA Gravière. — (Président de l'Académie des Sciences), in C. R, Acad, des Sciences, séance du 27 décembre 1886, p. 1293.

118 rHYSIOLOGIE PHILOSOPHIQUE

La botanique — « c'est une science qui se contente d'admirer humblement le Créateur dans ses œuvres ».

Flourkns. — (Célèbre physiologiste, Membre de TAcadémie des Sciences et de l'Académie Française, etc.) in Eloge de B, Delcssert, 1857, p. 347. (Edit. Garnier).

« Jamais la science ne nous a révélé de si grandes choses... Dans ses desseins suivis, Dieu toujours avance, il va de la matière à la vie, de la vie à l'intellisrence, de Tintelligence à l'âme...»

Claude Bernard. — (Membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française, professeur au Collège de France et au Muséum d'histoire naturelle, etc. Le plus illustre parmi les fondateurs de la physiologie et de la médecine expérimentale ; le plus grand esprit scientifique du XIX' siècle), in Leçons sur les phénomènes de la vie, etc., t. I, p. 331. (Edit. Baillière.)

« Dans la réalité, nous n'assistons à la naissance d'aucun être ; nous ne voyons qu'une continuation périodique. La raison de cette création apparente n'est donc pas dans le présent , elle est dans le passé, à l'origine. Nous ne saurions la trouver dans les causes secondes ou actuelles ; il faudrait la chercher dans la cause première. »

« La nature refait ce qu'elle a fait ; c'est là la loi. C'est donc seulement au début que l'on peut invoquer sa prévorjance : c'est a l'oriolne. // faut remonter à la cause PREMIÈRE» (p. 386).

« Pour nous, la loi préalable n'existe qu'à l'origine et tout ce qui est actuel en est le déroulement » (p. 337).

Nous ne résisterons pas au plaisir de rapporter ici les phrases par lesquelles des astronomes, des physiciens et des chimistes illustres publient solennellement l'existence

de la cause première et nous terminerons par le magnifique témoignage de Timmortel Pasteur.

Faye (Membre de TAcadémie des Sciences, etc.)> in Sur l'Origine du monde (Théories cosmogoniques des anciens et des modernes), Paris, 1884, p. 9. (GAUTmER-ViLLARS, édit.)

« Et comme notre intelligence ne s'est pas faite ellemême, il doit exister une intelligence supérieure d'où la nôtre dérive. Dès lors, plus l'idée qu'on se fera de cette intelligence suprême sera grande, plus elle approchera de la vérité. Nous ne risquons pas de nous tromper en la considérant comme l'auteur de toutes choses, en reportant à elle ces splendeurs des Cieux qui ont éveillé notre pensée et finalement nous ont préparés à comprendre et à accepter la formule traditionnelle : Dieu, Père tout-puissant. Créateur du ciel et de la terre . »

SiR WiLiAM Thompson (Lord Kelvin). (Un des plus grands physiciens de l'époque actuelle). Cité par Lord Salisbury, in Limites actuelles de notre science, discours présidentiel, prononcé à Oxford, le 8 août 1894, devant la British Association , Trad. franc, par M. de Fonvielle, Paris 1895, Gauthier- Villars, édit.).

« Des preuves éclatantes d'une action intelligente, d'un dessein bienveillant, sont multipliés autour de nous, et si jamais des doutes métaphysiques nous écartent temporairement de ces idées, elles reviennent avec une force irrésistible. Elles nous montrent la nature soumise à une Volonté libre. Elles nous apprennent que toutes les choses vivantes dépendent d'un Créateur et d'un Maître éternel. »

Chevreul (Membre de l'Académie des Sciences, professeur de chimie et directeur du Muséum d'histoire natu-

relie, etc.), in C. R, Académie des Sciences, 1874, 14 septembre, p. 631 et suiv.

(( Je me suis demande si, à une époque où plus d'une fois on a dit que la science mène au matérialisme, ce n'était point un devoir pour l'homme qui a passé sa vie au milieu de ses li\Tes et dans un laboratoire de chimie, à la recherche de la vérité, de protester contre une opinion diamétralement opposée à la sienne, et tel est le motif pour lequel, en disant qu'il n'a jamais été ni sceptique^ ni matériaUste, il en expose les raisons.

« La première opinion concerne la certitude que j'ai de l'existence de la matière hors de moi-même. Je n'ai donc jamais été sceptique.

<i La seconde e-t ma conviction de Vcxcstencc d'un Etre DIVIN, créateur d\ine double harmonie : harmonie qui régit le monde inanimé et que révèlent d'abord la science de la mécanique céleste et la science des phénomènes moléculaires, puis riiarniome qui régit le niovAe organisé vivant. Je n'ai donc jamais été matérialiste à aucune époque de ma vie, mon esprit n'ayant pu concevoir que cette double harmonie, ainsi que la pensée humaine, ait été l'effet du hasard. »

WuRTZ (Chimiste renommé. Membre de TAcadém'e des Sciences, professeur et doyen de la faculté de Médecine de Paris etc.), in La théorie des atomes dans la conception générale du monde ; voir Association française pour l'avancement des sciences, C. R. de la 3' Session, Lille 1874.

« C'est en vain que la science lui aura révélé la structure du monde et l'ordre de tous les phénomènes, il (l'esprit humain) veut remonter plus haut et, dans la conviction instinctive que les choses n'ont pas en elles-mêmes leur raison d'être, leur support, leur origine, il est conduit à les subordonner à une Cause première, unique, universelle, Dieu ! »

Armand Gautier (Membre de l'Académie des Sciences, actuellement professeur de chimie à la Faculté de Médecine de Paris), in Les manifestations de la vie dériventelles toutes des forces matérielles ? Paris, 1897. (Carré et Naud, édit.).

« C'est une science à rebours que celle qui ose assurer que seule la matière existe et que, seules, ses lois gouvernent le monde. »

L. Pasteur (Membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française, le créateur de la chimie biologique et de la microbiologie, etc.), in Discours de réception à l'Académie française, 27 avril 1882.

« On raconte que Tillustre physicien anglais Faraday, dans les leçons qu'il faisait à l'Institut royal de Londres, ne prononçait jamais le nom de Dieu, quoiqu'il fut profondément religieux. Un jour, par exception, ce nom lui échappa et tout à coup se manifesta un mouvement d'approbation sympathique. Faraday s'en apercevant, interrompit sa leçon par ces paroles : « Je viens de vous surprendre en prononçant ici le nom de Dieu ; si cela ne m'est pas encore arrivé, c'est que je suis, dans ces leçons, un représentant de la science expérimentale ; mais la notion et le respect de Dieu arrivent à mon esprit par des voies, aussi sûres que celles qui nous conduisent à des vérités de l'ordre physique ».

« La notion de Vlnfini dans le monde, j'en vois partout l'inévitable expression. Par elle, le surnaturel est au fond de tous les cœurs. L'idée de Dieu est une forme de Vidée de l'Infini.

« La grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître. Heureux celui qui porte en soi un Dieu, un idéal de beauté et qui lui obéit : idéal de Vart, idéal de la science, idéal de l^ patrie, idéal des vertus de V Evangile. Ce sont là les sources vives des grandes

pensées et des grandes actions. Toutes s'éclairent des reflets de l'Infini. »

« Je nie demande au nom de quelle découverte nouvelle, pJulosophtque ou scientc/lque, on peut arracher de l'âme humaine ces hautes préoccupations ; e\\e^ me paraissent d'essence éternelle parce que le mystère qui enveloppe l'Univers et dont elles sont une émanation, est lui-même éternel de sa nature. »

Dans le camp adverse, parmi ceux qui nient Dieu, qui trouve-t-on qui puisse être opposé, en tant que valeur, aux sommités scientifiques que nous venons de citer ?

Les matérialistes prétendent que la science moderne est l'œuvre de leur doctrine.

Eh bien, c'est en vain que l'on cherche à découvrir parmi eux quelques-uns des fondateurs de la science moderne, car on n'y trouve, comme homme remarquable, émergeant de la foule, que le fameux zoologiste Haeckel.

Or, Hakckel est un esprit tout à fait antiscientifique ; il se croit le fondateur d'une religion nouvelle, la religion moniste, et le fanatisme sectaire, d'une violence extrême (l), avec lequel il cherche à la propager, obscurcit son jugement, lui enlève le calme et l'impartialité, qualité sine quâ non du véritable homme de science.

Les créateurs du transformisme, Lamarck et Darwin lui-même, — sur les idées desquels le matérialisme moderne a bâti son système, — croyaient en Dieu,

Lamarck. — In Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, t. I, p. 267; 2' édit., 1835 (Baillïère, édit.).

« La nature n'étant point une intelligence, n'étant pas même un être, mais un ordre de choses, constituant une puissance partout assujettie à des lois, la nature, dis-je,

(1) E. Haeckel. — Enigmes de VUnivers, Paris, 190t.

n'est donc pas Dieu même. Elle est le produit sublime de sa Volonté toute-puissante...

« Ainsi, la volonté de Dieu est partout exprimée par l'exécution des lois de la nature, puisque ces lois viennent de lui. Cette volonté néanmoins ne sauraity être bornée, la puissance dont elle émane n'ayant point de limites. »

Ch. Darwin. — Voy. La vie et la correspondance de C/i. Darif^m.par DeVarigny, t. I, Paris 1888 (Reinwald,

édit.).

« Je n'ai jamais été jusqu'à l'athéisme, dans le vrai sens du mot, c'est-ii-àive jusqu'à nier l'existence de Dieu » (p. 353).

« Une autre cause de crovance en Vexistence de Dieu, qui se rattache à la raison et non aux sentiments, m'impressionne par son poids. Elle provient de l'extrême difficulté ou plutôt de V impossibilité de concevoir V univers prodigieux et immense, y compris l'homme et sa faculté de se regarder dans l'avenir, commît le résultat d'un destin et d'une nécessité aveugle. En réfléchissant ainsi, /e me sens porté à admettre une cause première, avec un esprit intelligent, analogue sous certains rapports à celui de l'homme et je mérite l'appellation de déists » (p. 3G3).

Plusieurs transformistes d'ailleurs partagent, à ce sujet, les opinions des initiateurs de la doctrine. Ainsi par exemple :

A. Gaudry. — (Membre de l'Académie des Sciences, professeur de paléontologie au Muséum d'histoire naturelle, etc.), in Les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques, Paris, 1883, p. 5.

« Si petits que nous soyons, c'est un plaisir et c'est même un devoir pour nous de scruter la nature, car la nature est un pur miroir où se réjléchit la Beauté

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