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LEÇON II

Messieurs (1),

Dans la leçon précédente, je vous ai exposé les résultats de l'observation de l'être vivant et nous avons constaté ensemble que le caractère essentiel de la vie, — ce qui distingue l'être vivant, des êtres non vivants, bruts ou morts, — c'est la finalité des actes morphologiques et des phénomènes physiologiques.

Notre question, « quelle est la cause de la vie ? » peut maintenant être précisée et formulée de la manière suivante : Quelle est la cause de la finalité morpliologique et physiologique qui existe chez les êtres vivants ?

Nous allons, aujourd'hui, essayer de remplir la seconde partie de la tâche que jious avons entreprise, de chercher la solution du problème de la vie.

(1) Leçon faîte à la Faculté de Médecine de Bucarest, le 17 février 1905.

A. — Nous ferons des hypothèses^ c'est-à-dire, nous choisirons des termes de comparaison convenables pour pouvoir, par analogie, découvrir une cause plausible au caractère distinctif des êtres vivants.

B. — Ensuite, nous vérifierons expérimentalement la réalité de cette cause.

HYPOTHESES ET YERIFIGATIONS EXPERIMENTALES

Avant de vous exposer les hypothèses qui répondent à notre question, permettez-moi de vous rappeler les règles de la méthode expérimentale, à l'aide de laquelle l'homme de science peut remonter des effets aux causes.

Quand il s'agit de trouver la cause inconnue d'un être, d'un acte, d'un phénomène 4, le savant procède de la manière suivante : il choisit parmi les êtres, les actes, les phénomènes dont les causes lui sont connues, celui B qui, par ses caractères, se rapproche le plus de A^ et conclut que la cause de A doit être analogue à la cause connue de B.

La conclusion d'un pareil raisonnement par analogie constitue une hypothèse.

Le savant doit soumettre l'hypothèse au contrôle expérimental, car « une hypothèse, non vérifiée par l'expérience, ne peut pas être admise

dans la science». «Cependant j il est des hypothèses dont la démonstration expérimentale est impossible... La science toZère ces sortes d'hypothèses, à condition qu'elles ne soient en désaccord avec aucun fait bien établi (1). »

A. — l'hypothèse matérialiste

Parmi les hypothèses ayant la prétention de résoudre le problème de la vie, il en est une qui, aujourd'hui, a la bonne fortune de réunir les suffrages de la grande majorité des hommes de science.

C'est Vhijpothèse matéricdiste.

Voici le raisonnement par analogie d'où elle est résultée.

On compare les êtres vivants aux corps bruts.

Les corps bruts offrent une certaine activité ; or, ils sont constitués de matière et d'énergie ; la matière étant, par définition, inerte, la cause unique et exclusive de leur activité ne peut être que l'énergie.

Les êtres vivants ont, eux aussi, une activité propre et leurs corps sont constitués, comme les corps bruts, de matière et d'énergie ; or, l'investigation des sens ne découvre, chez ces êtres, aucun autre agent que l'énergie ; donc, l'énergie physique est la cause unique et exclusive de l'ac-

(1) Paulesco. Physiologie philosophique, I, Leçon II, Méthode de la physiologie ou méthode expérimentale, p. 30.

tivlté des êtres vivants, — en d'autres termes, rénergie physique est la cause de la vie.

Telle est, esquissée à grands traits, Thypothèse matérialiste moderne.

Je dois vous faire remarquer, de suite, que Vliypothèse matérialiste ne répond pas à notre question^ — qu'elle est même en dehors de la question.

En effet, ce que nous cherchons à découvrir, c'est la cause de la/ÎTzaZiMmorphologique et physiologique des êtres vivants, — car la finalité, — nous le répétons, — est le seul trait distinctif de ces êtres.

Or, les matérialistes rejettent a priori toute idée de finalité : dans la nature^ — disent-ils, — il n'existe que des causes efficientes^ il n'existe pas de causes finales (1).

Cette affirmation est contredite par les résultats de l'observation des êtres vivants, faite sans jjarti pris (V. Leçon I). En effet, il n'existe pas un seul organe cellulaire ou individuel, qui ne soit construit en vue d'une fonction à exercer

(1) Cl. Bernard, — qui n'est pas matérialiste, — prétend que l'idée de finalité fait partie seulenient du domaine de la piiilosophie, et non pas aussi de celui de la science. « La finalité, -- dit-il, — « n'est point une loi pliysiologi<iue ; ce n'est point une loi de la nature, « comme le disent certains philosophes ; c'est bien plutôt une loi « rationnelle de l'esprit. Le physiologiste doit se garder de confondre c( le but avec la cause ; le but conçu dans l'intelligence, avec la « cause efficiente qui est dans l'objet. » (Leçons sur les pJiénomènes de la viCj etc., Paris 18S5, p. 338, Edit. Bailuère.)

Nous avons montré dans une leçon antérieure Physiologie philosophique, I, Leçon I, Définition de la physiologie, p. 11 et 12), que, contrairement à l'avis de cet illustre savant, la notion de cause n'est pas expérimentale. De môme que celle de but, de fin, elle est métaphysique. En effet, les sens ne perçoivent que les phénomènes et leur mode de succession, — et non pas les relations de causalité ou de finalité. Ces deux notions sont, autant Pune que l'autre, conçues dans l'intelligence et ont le même droit d'être reçues dans la science.

plus tard, ni un seul phénomène vital, cellulaire ou individuel, qui ne s'accomplisse en vue d'un but déterminé.

Les actes morphologiques et les phénomènes physiologiques ne sont, au fond, que des mutations d'énergie et de matière qui ne se distinguent de celles de la nature brute que par leur finalité (V. Leçon I). Il est évident que si on leur dénie le caractère de finalité, c'est-à-dire si, arbitrairement, on supprime leur seul trait clisiinctify les actes et les phénomènes vitaux sont réduits fatalement, — mais artificiellement, — à de simples mutations d'énergie et de matière, identiques à celle de la nature brute.

La science, cependant, ne peut tolérer pareil procédé, à l'aide duquel, — en ne tenant pas compte des traits distinctifs, — on peut identifier les choses les plus disparates.

Mais, même en niant la finalité biologique, les matérialistes ne sont pas parvenus à supprimer tous les obstacles qui s'opposent à l'établissement de leur doctrine.

Il reste encore le caractère de conscience de certains faits vitaux, caractère qu'ils ne peuvent plus nier et qui, tout autant que celui de finalité, est absolument irréductible aux propriétés de l'énergie et de la matière.

En effet, ainsi que nousledisionsprécédemment, l'énergie a un seul attribut, Vintensitéy — et la matière n'en possède pas d'autres que ceux de 7/za556 et d'e^en^Zi^e; ces trois attributs, — inten-

site, masse, étendue, — rendent bien compte de tous les phénomènes de la nature brute.

Or, ni Ténergie, ni la matière n'impliquent l'attribut de finalité et encore moins celui de C07i5C2enc6; elles ne peuvent donc pas expliquer les actes morphologiques et les phénomènes physiologiques des êtres vivants.

En résumé, la doctrine matérialiste pèche gravement contre les règles les plus élémentaires de la logique :

1^ Elle est basée sur une observation faite de parti pris, car elle ferme les yeux devant le caractère de finalité des faits vitaux, seul trait distinctifde ces faits, — mais qui ne convient pas aux matérialistes pour le simple motif que, ni plus ni m.oins, il renverse leur dogme.

2^ Elle consiste en une généralisation, à la nature vivante, de ce qui se passe dans la nature brute, — ou en d'autres termes, en une identification, en une confusion de l'être vif avec son cadavre ou avec un corps brut, — généralisation non justifiée car j iponv le besoin de la cause, on a eu le soin de dépouiller, arbitrairement, les faits vitaux de leur caractère essentiel, la finalité.

3^ Elle est le résultat d'un raisonnement faux qui suppose que, dans la nature, il n'existe rien en dehors de ce qui tombe directement sous nos sens. Or, on sait que seulement certaines formes de l'é-

nergie impressionnent directement les sens (1) et que, même la matière, telle que les matérialistes la conçoivent, échappe à leur action directe.

4*^ Elle est incapable d'expliquer les faits vitaux morphologiques et physiologiques. Ainsi, elle ne peut rendre compte ni delà formation, — dès le début de la vie suivant un plan qui semble établi d'avance, — des organes qui ne fonctionnent que plus tard ; ni de l'évolution qui aboutit à la reproduction ; ni de l'enchaînement ou coordination des phénomènes vitaux, en vue d'une suite de fins dont le terme ultime est la conservation de l'individu et la perpétuation de l'espèce.

Encore moins est-elle en état d'interpréter le caractère coriscient de certains phénomènes de la vie de relation et les faits admirables s'y rattachant et que nous avons étudiés sous les noms d'actes instinctifs et d'actes volontaires.

En nous basant sur ces motifs, — au nom de la logique scientifique, — nous repoussons hors de la science la doctrine matérialiste.

Nous y sommes d'autant plus autorisés, qu'examinée de près, cette doctrine, telle qu'on la professe aujourd'hui, se montre fondée seulement sur des analogies forcées et sur l'emploi de déno-

(1) Nous n'avons pas de sens particuliers pour l'énergie électrique et magnétique que nous ne percevons que lorsqu'elles sont transformées en l'une ou l'autre des formes sensibles de l'énergie (mécanique, thermique, lumineuse). Paulesco, Phijsiologie philosophique, I, Leçon I, Définition de la physiologie, p. 6.

minations équivoques et disant plus que les faits qu'elles représentent. (Voir plus loin, Appendice.)

Une école philosophique, le positivisme^ a la prétention de défendre à l'homme de s'élever au delà de l'investigation des sens ; elle veut limiter la science à son opération préliminaire, l'observation. .

Si les matérialistes proprement dits refusent d'admettre les causes finales^ — les positivistes vont plus loin et rejettent même les causes efficientes. Pour ces philosophes, les causes des êtres et des phénomènes nous sont inaccessibles et nous ne devons même pas les chercher.

Toute la science, — qui n'est que la « connaissance par les causes », — proteste contre pareille assertion.

B. — l'hypothèse « GÉNÉRATION SPONTANÉE »

La célèbre hypothèse dite « Génération spontanée » n'est, pour ainsi dire, qu'un complément de la doctrine matérialiste, — complément indispensable, né de la nécessité absolue, pour cette doctrine, de résoudre une grosse difficulté, celle d'interpréter Vorigine des êtres vivants.

J'ai fait devant vos prédécesseurs, il y a deux ans, l'examen critique de l'hypothèse de la gêné-

ration spontanée, au point de vue de la méthode expérimentale (1).

Je ne reviendrai plus aujourd'hui sur ce que j'ai déjà dit à son sujet. Je me contenterai seulement de vous rappeler, en quelques mots, le fond de cette hypothèse et les conclusions auxquelles nous a conduits sa discussion critique,

La doctrine de la Génération spontanée prétend que les êtres vivants dérivent de la substance hrute^ spontanément^ — c'est-à-dire sans aucune autre intervention que celle de l'énergie que possède la matière de cette substance.

Or, l'impossibilité de faire artificiellement la synthèse de la substance vivante et la démonstration irréfutable de Pasteur, qu'aujourd'hui, aucun être vivant (pas même parmi les êtres microscopiques les plusinférieurs)nenaîtspontanémentdelasubstance brute, prouvent, d'une façon évidente, que cette hypothèse n'est pas fondée. « N'étant pas prouvée et ne remplissant même pas la seule condition grâce à laquelle elle aurait pu être tolérée,

— c'est-à-dire de ne pas être en contradiction avec aucun fait bien établi, — l'hypothèse de la Génération spontanée doit être repoussée comme antiscientifique (2). »

Devant l'admirable démonstration de Pasteur,

— qui a définitivement chassé hors de la science

(1) Paulesco. Physiologie philosophique, I, Leçon III, La « Génération spontanée » et le « Darwinisme » devant la métliode expérimentale, p. 35.

(2) Paulesco. — Loc. cit.

la doctrine de la Génération spontanée, — tous les savants se sont inclinés, même les matérialistes (1).

Un seul, cependant, E. v. Haeckel, professeur de zoologie à l'Université d'Iéna, soutient encore aujourd'hui cette doctrine réprouvée.

Il affirme que, de la combinaison fortuite du carbone avec l'azote et avec les éléments de l'eau, est résultée une substance albuminoïde^ non différenciée en protoplasma et en noyau ; cette substance chimique, — hypothétique, — il Uéléve, sans plus de façon, au rang d'être vivant et lui donne le nom de^TZonère.Les monères sont donc, selon Haeckel, les êtres vivants qui prennent naissance par génération spontanée.

Malheureusement, les faits, qui parfois sont bien embarrassants pour les systèmes philosophiques, — sont venus, par trois Jois^ donner

(1) Voici ce que disent aujourd'hui à ce sujet deux physiologistes renommés :

« L'hypothèse de la Génération spontanée de letre vivant, aux dépens des matériaux du milieu ambiant, a été délogée successivement de tous les cadres de la classification. L'histoire des sciences d'observation est l'histoire même des échecs de cette doctrine, l'asteur lui a donné le dernier coup, en montrant que les microorganismes les plus simples obéissent à la loi générale qui veut que l'être vivant ne se forme que par filiation, c'est-à-dire par l'intervention d'un organisme vivant préexistant. » A. Dastre, (professeur de physiologie à la Faculté des Sciences de Paris), in La vie et la mort. Paris, 1901, p. 212.

« Le mot génération spontanée n'a plus qu'un intérêt historique. De décisives et simples expériences ont établi, — sinon que la génération spontanée est à jamais impossible, — au moins que, dans les conditions expérimentales les plus diverses, que nous puissions imaginer, elle ne se produit jamais, » « Aujourd'hui (1904), il n'est plus un seul ph/jsiologiste qui ose soutenir ridée de la gêné- T^ation spontanée. » Ch. Richet (professeur de physiologie à la Faculté deMéaecinede Paris). Article Génération spontanée/m Diction, de physiologie, T. VII, p. 73. Paris, 1905.

les démentis les plus formels à la fantaisie Imaginative de Haeckel.

1"* La notion de Monère enthousiasma les savants matérialistes qui, désireux de lui donner une existence réelle, cherchèrent à la découvrir dans la nature.

En 1868, le professeur T. Huxley annonça qu'il venait de trouver, au fond des mers, sous la forme d'un mucus amorphe, la monère idéale, qu'il nomma Bathyhius et la dédia à Haeckel (BathybiiLS Haeckeli).

Cette découverte fit grand bruit. L'hypothèse de la génération spontanée parut confirmée ; mais son triomphe fut de courte durée. Quelques années plus tard (en 1879), le Bathybius était publiquement renié par Huxley lui-même (1) qui l'avait inventé et, en 1882, Milne-Edwards lui donnait le coup de grâce en démontrant, devant l'Académie des Sciences (2), que ce que Ton avait pris pour l'être vivant primordial n'était en réalité que des mucosités excrétées par les éponges et autres zoophytes lorsqu'ils sont atteints par les instruments dépêche.

2^ De son côté, Haeckel découvrait, lui aussi, les monères (3) dans un groupe d'êtres unicellulaires qui paraissaient constitués uniquement de protoplasma dépourvu de noyau.

(1) Congrès de VA^soclatiori britannique tenu à Scheffield.

(2) C. R. Acad. sciences, 12 octobre 18S2.

(3) Ernst Haeckel. — Biologische studien, 1" fascicule : Studien itber Moneren und andere Protisten, Leipzig, 1870.

Mais^ les progrès de la technique microscopique ne tardèrent pas à démontrer que ces cellules, considérées par Jlaeckel comme étant anuclées, possèdent en réalité un noyau et que, dans la nature, il n'existe pas de cellule sans noyau (1).

(1) Voici, à ce sujet, deux témoignages autorisés et irrécusables :

<( Le noyau est-il un organe indis[jensable à toute cellule ?... Il y a quelques années cette question n'embarrassait guère. L'insuffisance des anciennes méthodes d'observation ne permettant pas de déceler la présence du noyau dans tous les organismes intérieurs, on admettait l'existence de deux espèces de cellules, les plus simples consistant exclusivement en un petit amas de protopiasma, tandis que dans les plus complexes s'était formé un organe spécial, le noyau. Haeckei appelait les premières des Cytodes, et leurs formes vivantes des Monères ; les autres il les appelait cellules ou cytes.

Depuis cette époque, l'état de la question s'est essentiellement modifié. Grâce au perfectionnement de nos instruments d'optique et des méthodes de coloration, l'existence d'organismes sans noyau est mise en question. Chez de très nombreux végétaux inférieurs (algues, champignons) et chez les protozoaires qui passent pour dépourvus de noyaux (vampyrelles, polythalames, myxomycètes), on arrive sans peine à démoiitrer la présence de ces éléments.

Comme, en outre, il a été prouvé que l'œuf mûr possède aussi un noyau (Hertwig), nous pouvons dire que dans tous le règne animal ii n'existe pas un seul exemple de cellule sans no'jau. »

OsCAR Hertwig (professeur et directeur de l'Institut d'Anatomie de l'Université de Berlin). La cellule et les tissus^ trad. Julin, Paris, 1891, p. 52.

« Parmi les rhizopodes unicellulaires à vie libre, sur lesquels les recherches de Max Schultze av:uenc attiré l'attention, Haeckei en découvrit toute une série dans lesquels aucune trace de noyau n'était décelable et il les désigna sous le nom de monères parce qu'ils paraissaient constitués par un simple grumeau de protoplasma et représentaient de ce fait les organismes les plus inférieurs et les plus simples qu'on pût imaginer.

Cependant, la conception des monères, comme cellule dépourvue de noyau, se modifia de plus en plas avec les progrès de la technique microscopique des colorations, aujourd'hui si perfectionnée. Grâce à l'emploi des nouvelles méthodes de coloration, un nombre toujours plus grand d'organismes, parmi ceux que Haeckei avait décrits sous le nom de monères, fut reconnu comme ayant les caractères de cellules nucléées ; chez beaucoup d'entre eux, on démontra la présence d'un grand nombre de petits noyaux, et Gruber découvrit des formes chez lesquelles la substance nucléaire se trouve dispersée dans tout le protoplasma en une quantité innombrable de granulations d'une extrême petitesse.

Ainsi, le nombre des monères primitives se réduisit de plus en plus et les quelques représentants de ces organismes qui n'ont pu être soumis à de nouvelles recherches sont considérés aujourd'hui par la

La monère n'est donc qu'un être fictif, une erreur due à l'insuffisance des moyens d'observation dont s'est servi Haeckel.

Avec la disparition de la monère s'effondre tout le savant échafaudage que Haeckel avait bâti sur elle.

3^ Malgré tout, Haeckel ne s'avoue pas vaincu ; il trouve le moyen de soutenir encore la monère et la génération spontanée. Mais il essaie d'enlever la question hors du terrain expérimental pour la rejeter dans un passé lointain, au moment de l'apparition du premier être vivant sur la terre, — manœuvre fort habile, car, en rendant impossible tout contrôle scientifique, il peutse permettre les affirmations les plus arbitraires, sans crainte d'être démenti.

Et, effectivement, il affirme imperturbablement que, si la génération spontanée n'a plus lieu aujourd'hui, elle s'est ^rodaite aie commencement et a donné naissance à une monère primordiale cVoîi sont dérivés tous les autres êtres vivants.

Par malheur, — si l'histologie montre que la

plupart des observateurs comme étant également des cellules nucléées, dan^ lesquelles seulement l'insuffisance des anciennes méthodes avait fait méconnaître les noyaux, de même que pour les autres que l'on sait à présent être nucléés. »

« Ainsi, d'après l'état actuel de nos connaissances, il semble bien que, parmi les organismes vivants de nos jours sur la terre, il n existe aucune cellule qui ne présente une différenciation de deux substances et que toute cellule possède, par c6nsé(iuent, en outre du protoplasma, un noyau. »

Max Verworn (professeur ' de physiologie à l'Université d'Iéna, actuellement à celle de Gœttingen). Plinsiologie Générale, traduction Hédox, Puris, 1900, p. 77-79. J ^ iJ

moîière n'existe pas aujourd'hui, — la physiologie prouve rimpossibillté de son existence àV origine du monde vivant.

Il est démontré, scientifiquement, que tout être vivant se nourrit de trois sortes de substances : minérales, azotées et hi/drocarbonées. De même, il est scientifiquement démontré que^ seules, les plantes vertes peuvent, grâce à la chlorophylle eten utilisant l'énergie solaire, décomposer l'acide carbonique de l'air, en fixer le carbone et le combiner aux éléments de l'eau, pour former les hydrates de carbone.

Par conséquent, seules les plantes vertes, — ou, en général, les êtres vivants pourvus d'une substance différenciée ayant des propriétés analogues à celles de la ch\ovoDhy\\e(l) — peuvent subsister par elles-mêmes et faire face à toutes leurs nécessités, en se fabriquant, aux dépens des substances inorganiques, les aliments dont elles ont besoin pour vivre et pour se reproduire. On sait d'ailleurs que les êtres à protoplasma incolore (champignons, microbes, animaux) en sont absolument incapables; ils utilisent, pour leur nutrition, les hydrates de carbone formés par les végétaux verts (2).

Il est évident que, dans ces conditions, l'hypo-

(1) Les ferments nitrifiants de Winogradski rentrent, suivant toute probabilité, dans cette catégorie d'êtres vivants.

(2) S'il nous fallait émettre une opinion sur le premier être vivant paru sur la terre, nous dirions volontiers, en tenant compte des faits bien établis par la science expérimentale : Véti^e vivant primordial a été une plante verte.

thèse de la monère de Haeckel devient insoutenable.

Comment cette masse d'albumine a-t-elle pu subsister par elle-même ?

Comment la monère incolore, — dépourvue de chlorophylle,— a-t-elle pu se fabriquer les hydrates de carbone et, en général, les substances organiques absolument nécessaires à sa nutrition?

Il est facile, sans doute, d'imaginer un être sans organisation, une substance muciforme, sans structure. Mais, lorsqu'il s'agit de faire, de cette masse amorphe, un être vivant, la 'physiologie proteste. Un être vivant, en eifet, doit présenter, — à côté de l'organisation, •— des phénomènes de nutrition et de relation à finalité immanente ; il doit encore avoir la propriété de se reproduire. Un être vivant,— fût-il aussi simple que possible, en tant que morphologie,— est, en tant que physiologie, tout aussi compliqué que l'être supérieur le plus parfait, car les phénomènes vitaux sont les mêmes chez tous les êtres vivants. (V. Leçon I.)

Le matérialisme n'est donc qu'un tissu d'erreurs .

Et, malheureusement, l'erreur matérialiste est loin d'être inoffensive ; c'est une doctrine malfaisante et l'un de ses moindres méfaits est cVavoir entravé les progrès de la science de la vie. En effet, en niant les causes finales, — et même les causes efficientes, — et en affirmant, a priori,

l'identité entre les corps briits et les êtres vivants, cette doctrine diminue Vhorizon des investigations ;é[\Q voile les yeux des chercheurs et les engage à la paresse.

Aussi, notre devoir est de combattre, de toutes nos forces, le matérialisme; j'espère, d'ailleurs, qu'il sort de la présente discussion suffisamment lerrassé pour qu'il ne puisse jamais se relever dans votre esprit.

APPENDICE

Dans une publication récente, La r^ce et la mort (Paris, 1904), un maître de la physiologie, M. A. Dastre, membre de TAcadémie des Sciences, professeur à la Faculté des Sciences, etc.), a réuni et admirablement exposé de nouveaux et importants arguments du matérialisme moderne.

Faire Texamen critique de Targumentation du professeur de la Sorbonne, c'est poursuivre jusque dans ses derniers retranchements cette doctrine funeste à la science.

L'observation montre que le corps de tout être vivant est essentiellement constitué de protoplasma et qu'il est formé d'une ou plusieurs cellules (V. Leçon I).

M. Dastre reconnaît que les phénomènes de la vie ne s'observent que dans le protoplasma organisé, ayant la forme de la cellule nucléée. Toutefois, il ajoute : « Si ces lois étaient absolues, s'il était vrai qu'il n'y ait de vie possible que dans et par le protoplasma albumineux, que dans et par la cellule, le problème de la vie de la matière serait résolu négativement » (p. 248).

Puis, pour affaiblir le caractère absolu de ces lois, il invoque l'exception suivante : « Les expériences de mérotomie, c'est-à-dire d'amputation.... nous apprennent la nécessité de la présence du corps cellulaire et du

noyau, c'est-à-dire de l'intégrité de la cellule. Mais elles nous enseignent aussi qu'à défaut de cette intégrité, la mort ne saroicnt pas imnicdiatenient. Une partie des faits vitaux continue à se produire, dans le protoplasma anucléé, dans la cellule mutilée, incomplète » (p. 249).

En examinant attentivement les faits qui constituent cette prétendue exception, nous constatons que le fragment de cellule, dépourvu de noyau, ne possède plus la faculté de croître et de se multiplier et, en général, il ne présente plus aucun des actes morphologiques qui caractérisent la vie ; quant aux phénomènes dont ce fragment continue à être le siège (1), ils ne durent que peu de temps et ne tardent pas à cesser définitivement.

La mort, toujours fatalCy bien que n'étant pas immédiate, est cependant très rapide, et est suivie de la désintégration du fragment protoplasmique.

Par conséquent, aucun acte vital proprement dit ne continue à se produire dans le protoplasma anucléé, comme dans la cellule complète.

En résumé, loin d'infirmer les lois de Tunité chimique et de l'unité morphologique des êtres vivants, — les faits invoqués par M. Dastre les confirment d'une manière éclatante. En empruntant ses expressions nous pouvons dire : il n'y a de vie possible que dans et par le protoplasma, que dans et par la cellule ; de la sorte, le problème d'3 la vie de la matière est résolu négaUoement^

L'observation montre que l'être vivant, placé dans un milieu convenable, fait subir aux substances alimentaires

(1) Ce sont des mouvements liés à la consommation des réserves nutritives que le fragment cellulaire renferme, au moment de la segmentation, mais qu'il ne peut pas renouveler.

(hydrocarbonées, azotées, minérales), contenues dans ce milieu, certaines transformations dans le but de les rendre absorbables ; puis il les asscniile, c'est-à-dire les rend semblables aux substances dont est composé son corps, les incorpore, et s'accroît; il acquiert ainsi, progressivement, une forme spcccjiqiie et il en cicatrcse les blessures (V, Leçon I).

Il semble que ce sont là autant de caractères distinctifs des êtres vivants,

Il n'en est rien, selon M. Dastre. Des corps bruts possèdent toutes ces facultés. Tels sont en particulier, les cristaux et, effectivement, dit-il, « placé dans un milieu de culture convenable, c'est-à-dire dans la solution de sa substance, ce germe (cristallin) se développe. Il assimile la matière dissoute, il s'en incorpore les particules, il s'accroît QXi conservant ssl former en réalisant un type ou une variété du trjpe spécifique » (p. 282). Bien plus, « les cristaux — disons les individus cristallins, — montrent la môme aptitude que les êtres vivants à réparer leurs mutilations )) (p. 279). Une « analogie parfaite » existe à ce point de vue entre les êtres vivants et les corps bruts.

Cependant, si l'on ne s'en tient pas aux résultats d'une observation superficielle, on constate que l'analogie par^ faite n'est pas du tout réelle ; elle est factice et résulte de ce que l'on a donné un môme nom à des choses différentes.

1* M. Dastre appelle « milieu de culture » d'un corps brut, une solution de ce corps.

Or, toute solution est constituée par les molécules du corps dissous, désagrégées et mêlées aux molécules d'un liquide disolvant.

Quand le corps dissous cristallise, ses molécules s'agrègent de nouveau, sans changer de nature. Par conséquent,

SOUS forme de cristal et sous forme de solution, nous avons une même substance dont les molécules sont agrégées ou désagrégées.

Au contraire, quand un microbe est placé dans un milieu de culture, il ne fait pas simplement qu'agréger à sa surface, telles quelles, les molécules de ce milieu ; il les soumet à une élaboration très complexe et les transforme en sa propre substance, qui est bien différente de celle du milieu (1).

II n'y a donc aucune analogie entre un cristal et un microbe^ entre une solution et un milieu de culture.

2" La formation des cristaux est qualifiée des noms d' « assimilation » et d' « accroissement ».

Est-ce légitime ?

Un cristal est composé de particules cristallines, agrégats de molécules d'une même substance chimique. Ces particules cristallines, homogènes, se forment isolément, au sein d'une solution concentrée de la substance chimique, par la juxtaposition des molécules de cette substance ; ensuite, à leur tour, elles se juxtaposent, dans une orientation constante, — qu'explique parfaitement Faction exclusive des causes physico-chimiques — et, de cette juxtaposition, résulte le cristal.

Quelle ressemblance peut-il y avoir entre cette juxtaposition mécanique des molécules et des particules cristallines qui se trouvent toutes formées dans la solution et V assimilation des êtres vivants, c'est-à-dire la transformation, en protoplasma, des substances hétérogènes du milieu de culture ?

Quel rapport peut- il exister entre l'augmentation du

(1) On sait que Pasteur et ses élèves ont fait vivre et développer des microbes dans des milieux formés uniquement de sels minéraux auxquels ils ajoutaient une certaine quantité d'hydrates de carbone.

volume des cristaux, par suite de la juxtaposition des particules cristallines, et V accroissement des êtres vivants, qui se fait par l'agrandissement des cellules et par leur multiplication, surtout quand on sait que ces cellules naissent les unes des autres, contrairement aux particules cristallines qui apparaissent isolément au sein de la solution ?

Il n'est vraiment pas possible de donner le même nom à des choses aussi dissemblables.

3* Passons maintenant à la « cicatrisation » des mutilations des cristaux.

Pasteur, entre autres savants, a bien étudié ce phénomène : « Lorsqu'un cristal a été brisé sur Tune quelconque de ses parties et qu'on le replace dans son eau mère, on voit, en même temps que le cristal s'agrandit dans tous les sens, par un dépôt de particules cristallines, un travail actif avoir lieu sur la partie brisée ou déformée et, en quelques heures, il a satisfait, non seulement à la régularité du travail général sur toutes les parties du cristal, mais au rétablissement de la régularité dans la partie mutilée. »

M. Dastre, auquel j'emprunte cette citation, ajoute : « En d'autres termes, le travail de formation du cristal est bien plus actif au point lésa qu'il n'eût été dans les conditions ordinaires. Les choses ne se passent pas autrement chez un être misant » (p. 280).

Examinons avec un peu d'attention les faits et nous verrons s'évanouir l'analogie illusoire que les matérialistes veulent établir entre les mécanismes de la réparation de la forme chez les cristaux et chez les êtres vivants.

Gernez a montré qu'au niveau de la partie mutilée le cristal est moins soluble qu'ailleurs. « La conséquence en est évidente : la croissance doit y être prépondérante

puisque l'eau mère deviendra sursaturée pour cette partie, avant de Tètre par rapport aux autres » (p. 281).

C'est donc à un phénomène purement physique qu'est due la réparation des cristaux mutilés.

En est-il de même de la cicatrisation des blessures des êtres vivants ?

Chez les êtres unicellulaires, l'observation montre qu'il ne se produit pas seulement, à l'endroit blessé, un simple dépôt, par apposition, des matériaux contenus dans le milieu ambiant, — mais que la nutrition de toute la cellule devient plus intense ; l'assimilation des matériaux nutritifs et leur transformation en protoplasma se font plus activement.

Chez les êtres pluricellulaires, on constate, en outre, à l'endroit blessé, une Doso-dilatatcoa et, consécutivement, une exagération de la nutrition, une multiplication des celluleSj lesquelles se disposent dans un certain ordre que ne peut expliquer Tiiitervention exclusive des forces physico-chimiques. Le résultat de ces actes complexes; est la reconstitution des organes détruits, ou bien, l6 plus souvent, la formation d'une cicatrice fibreuse.

Il n'y a donc absolument rien de commua entre !a réparation des mutilations des cristaux et la réparation ou la cicatrisation des blessures des êtres vivants.

Selon les matérialistes modernes, certains corps bruts posséderaient même une « reproduction^^ analogue à celle des êtres vivants .

c( Tout un ensemble de recherches dont M. Léo Errera a donné dans ses « Essais de philosophie botanique » un si lumineux exposé, ont eu pour résultat d'établir un

rapprochement inattendu entre les procédés de la crcstal- Usation et ceux de la génération chez les animaux et chez les plantes » (p. 286).

Il est aujourd'hui démontré que tout être vivant naît d'un autre être vivant, antérieur, semblable à lui. Or, « certains cristaux, — dit M. Dastre, naissent d'an indl- €idu précédent ; ils peuvent être considérés comme \di postérité d'un cristal antérieur » (p. 286). Et, qui plus est, on observe chez ces cristaux des phénomènes analogues à îa « génération spontanée » des êtres vivants et même à « l'ensemencement » et à la « pullulation » des microbes dans un milieu de culture.

Tout le monde sait ce qu'on appelle une so/a^/o.i sa ^r^rde €t une solution sursaturée :

Dans un litre d'eau distillée, maintenue à 15" , mettons un kilogramme de sulfate de sodium (SO^Na") et agitons ; une certaine quantité de ce sel (369 gr.) semble disparaître au sein du liquide ; le reste demeure au fond du vase. Nous avons ainsi une solution de SO* Na^ qui est dite saturée parce que, à la température de 15% un litre d'eau ne peut pas dissoudre plus de 360 grammes de ce sel.

Si, tout en agitant, on élève la température du liquide jusqu'à 34% on constate que tout le sel se dissout (1).

Plaçons cette dernière solution dans une pièce dont la température est de 15*. En se refroidissant, le liquide abandonne, sous forme de cristaux, une partie du sel dissous et, quand il arrive à avoir 15", il ne contient plus que 360 gr. de sel, — le reste s'étant déposé au fond du vase.

Cependant, il peut arriver que le refroidissement n'a-

(1) A 34% un litre d'eau distillée peut dissoudre 4122 gr. de SOi Na2 cristaUisé.

mène pas de cristallisation. La solution est alors dite sarsataréc. Une solution sursaturée peut demeurer indéfiniment liquide.

Mais, si Ton vient à y introduire une parcelle cristalline de sulfate de sodium, la cristallisation se produit et se propage rapidement autour de ce premier noyau, jusqu'à ce que tout l'excès de sel se soit déposé. Ce phénomène s'accompagne de dégagement de chaleur.

Dans certaines conditions, des petits cristaux apparaissent spontanément au sein de la solution sursaturée et deviennent, comme le cristal introduit du dehors, le point de départ de la solidification.

La sur fusion est absolument analo^^rue à la sursaturation. Et, en effet, des phénomènes de surfusion, pareils à ceux de la sursaturation se passent pour le bétol (salicylate de naphtyle) : « Liquéfiez-le à 100', en tube scellé et maintenez-le à Tétuve au-dessus de 30', il s'y conservera liquide à peu près indéfiniment. Abaissez au contraire sa température et laissez-le une ou deux minutes à 10% des germes (cristallins) vont apparaître dans la liqueur » (p. 292).

La glycérine présente, elle aussi, un phénomène semblable : « Nous ne savons pas dans quelles conditions la glycérine peut cristalliser spontanément. Si on la refroidit, elle devient visqueuse » (p. 293). Cependant, des cristaux sont apparus spontanément au sein de la glycérine, « dans un tonneau envoyé de Vienne à Londres, pendant l'hiver ». On a étudié ces cristaux et l'on a constaté que la température de fusion de la glycérine solide est 18' et que, au-dessous de cette température, la glycérine liquide est à l'état de surfusion, mais on n'a pas encore pu déterminer, comme on l'a fait pour le bétol, les conditions de l'apparition de ses cristaux. Toutefois, à l'aide de ces cristaux obtenus par hasard, on a pu provoquer la formation d'autres cristaux, — tout comme avec un cristal de

SO^ Na'^ on peut en obtenir d'autres, si on le met dans une solution sursaturée de ce sel.

Voici maintenant les analogies que les matérialistes veulent établir entre ces phénomènes de la nature brute et les phénomènes vitaux.

r L'introduction d'une particule cristalline dans une solution sursaturée, c'est « l'ensemencement », analogue à celui d'un microbe dans un bouillon de culture.

2" La cristallisation de cette solution sursaturée, c'est la « pullulatcon », la « génération » du cristal qui y a été introduit. « Si Ton compare ce phénomène à celui de la pullalation d'une espèce de microbe ensemencé dans un bouillon de culture convenable, on n'apercevra pas do différence. » « Le premier cristal en a engendré un second,, semblable à lue ; celui-ci en a engendré un troisième, et ainsi de suite, de proche en proche » (p. 289).

Mais, pareille comparaison est monstrueuse !

Un microbe, ensemencé dans un bouillon de culture convenable, s'accroît ; puis, son propre corps se divise en deux parties qui constituent deux autres microbes, lesquels, à leur tour, après accroissement et segmentation, donnent naissance, chacun, à deux nouveaux microbes.

Scientifiquement parlant, il est faux de dire que le premier cristal a engendré le second, — comme le premier microbe a engendré le second. Car, ce nest pas la substance du premier cristal qui a donné naissance à la substance du second cristal : celui-ci s'est formé, tout seul, à côté du premier, par le simple jeu des forces moléculaires.

C'est donc grâce à l'emploi de termes dont la portée dépasse celle des faits désignés, que les matérialistes arrivent à affirmer que « l'analogie est complète » (p. 289) entre la pullulation d'un microbe dans un milieu de culture et la cristallisation d'une solution sursaturée.

Ce que je viens de dire me dispense d'insister plus longuement sur les analogies (?) suivantes :

La formation spontanée des cristaux, au sein d'une solution sursaturée, c'est leur « génération spontanée » (p. 291) et l'apparition, par hasard, des cristaux de glycérine, c'est « quelque chose de comparable à la création (!) d'une espèce vivante, car celle-ci (l'espèce cristalline), une fois apparue, a pu être perpétuée )> (p. 293).

« On a poussé plus loin encore et presque jusqu'à l'abus, dit M. Dastre, la poursuite des analogies entre les formes cristallines et les formes vivantes. On a comparé la symétrie interne et externe des animaux et des plantes à celle des cristaux... On a été jusqu'à mettre en parallèle six des types principaux d'embranchement du règne animal avec les six systèmes cristallins. Poussée à ce degré, avoue M. Dastre lui-même, la thèse prend un caractère puéril » (p. 278 et 279). Mais vraiment, entre ces analogies, qu'il qualifie de puériles, et celles qu'il adopte, n'y a-t-il pas qu'une simple différence de plus ou de moins ?

A en croire les matérialistes, les corps bruts auraient même une éeolution qui présente « quelque chose d'analogue » à celle des êtres vivants.

« Les anciens croyaient le monde sidéral immuable et incorruptible. »

« Cela n'est pas vrai, » dit M. Dastre, et il rapporte, comme preuve, une, phrase de Faye : « Les astres n'ont pas toujours existé ; ils ont une période de formation ; ils auront pareillement une période de déclin, suivie d'une extinction finale » (p. 252).

Mais j'objecterai à rémirient écrivain : quel besoin d'aller prendre des exemples si loin? La bougie qui m'éclaire en ce moment rCa pas toujours existé ; elle a eu une période de formation ; elle a pareillement une période de déclin qui sera suivie d'une extinction finale.

« Lescorpscélestes sont éminemment évolutifs » (p. 25.2).

Je puis en dire autant de ma bougie ; mais je doute fort que quelqu'un trouve entre l'évolution de ma bougie et celle d'un être vivant une « analogie foncière des phénomènes « (p. 253).

Quand on coule, dans de l'eau froide, du soufre fondu, porté vers la température de 23D", on obtient du soufre mou, élastique comme du caoutchouc, transparent et ayant une couleur ambrée. A la température ordinaire, il perd peu à peu son élasticité, redevient opaque, dur, cassant et repasse à l'état de soufre octaédrique, forme qui est celle du soufre natif et qu'il conserve indéfiniment, sans altération, à la température ordinaire.

De même, quand on laisse refroidir du soufre fondu dans un creuset, il se solidifie sous forme de longes aiguilles prismatiques, flexibles et transparentes. Or, ces aiguilles, abandonnées à elles-mêmes, perdent peu à peu leur transparence, deviennent opaques et friables et on reconnaît au miscroscope que ce ne sont plus que des chapelets d'octaèdres dont l'ensemble conserve la forme extérieure du cristal primitif. Ce passage d'un état moléculaire à l'autre est très lent; il n'est complet, souvent, qu'après plusieurs années.

Y a-t-il là quelque chose d'analogue à l'évolution d'un être vivant ? — Evidemment non : — et cependant c'est avec des exemples identiques que l'on prétend prouver que les corps bruts ont une écolution analogue à celle des êtres vivants.

« Ce n'est pas seulement dans les espaces célestes qu'il faut aller chercher cette mobilité de la matière brute qui imite celle de la matière vivante. Il nous suffît pour la retrouver, de regarder autour de nous et d'interroger les géologues, les physiciens et les chimistes. En ce qui concerne les géologues, M. Le Dantec parle, quelque part, de l'un d'eux qui divisait les minéraux en roches vivantes,

— celles qui sont susceptibles de changer de structure, d'évoluer sous l'influence des causes atmosphériques,

— et roches mortes, — celles qui, comme l'argile, ont trouvé, à la fin de tous ces changements, le repos définitif. Jérôme Cardan, qui fut un savant célèbre au xvr siècle, à la fois mathématicien, naturaliste et médecin, professait que non seulement les pierres vivent, mais qu'elles souffrent la maladie, la vieillesse et la mort^ Les joailliers d'aujourd'hui en disent autant de certaines pierres précieuses et, par exemple, des turquoises » (p. 253).

Certainement, en parlant de la sorte, les joailliers ne se doutent guère qu'ils fournissent des preuves scientifiq'ics à une doctrine philosophique.

Mais M. Dastre parle encore d'autres « faits précis, récents, constatés par les plus habiles expérimentateurs f>,

« Ces faits, dit-il, établissent que les formes déterminées de la matière peuvent vivre et mourir, en ce sens qu'elles se modifient d'une manière lente et continue, toujours dans une même direction, jusqu'à ce qu'elles aient atteint un état ultime et définitif qui est celui de V éternel repos » fp. 254).

A ce compte, le soufre mou et le soufre prismatique vivent quand ils se modifient « d'une manière lente et continue dans une même direction » pour devenir octaédriques ; — et ils meurent quand, devenus entièrement octaédriques, ils ont « atteint un état ultime et définitif qui est celui de l'éternel repos ».

Il faut donc forcer le sens des mots pour voir une ana-

logie entre cette soi-disant éoolutlon des corps bruts et celle des êtres vivants qui est corrélative de la génération. Les êtres vivants, en effet, naissent, se forment, s'accroissent, ca vue de la reproducUon qui est leur fonction primordiale ; puis, leur destinée accomplie, devenus inutiles, ils déclinent et disparaissent. Rien de semblable n'existe chez les corps bruts.

L'observation montre que, lorsque les conditions du milieu se modifient et ne sont plus à l'état optimnm ou, du moins, dans Tétat pour lequel l'être vivant est adapté, — ou bien, lorsqu'il s'y ajoute une condition anormale, — l'être vivant exécute des actes de réactcon dirigés toujours dans un but de défense, dans le but de sortir de la sphère des conditions désavantageuses (Voy. Leçon I).

Les causes des réactions, -— c'est-à-dire les modifications des conditions du milieu, — ont reçu le nom générique d*excctants et l'on a donné celui d'excitabilité ou irritabilité à la faculté de l'être vivant de réagir sous l'influence des excitants (1).

Ces notions, si simples et si claires^ ont été malheureu-

(1) Une autre catégorie d'excitants est constituée par les formes de l'énergie ou par les substances chimiques qui n'existent pas dans le milieu optimum. Telle est l"* électricité y qui constitue un véritable excitant jjour les nerfs et pour les muscles ; tels sont les divers poisons qui excitent, avant de l'abolir, le fonctionnement des cellules des différents tissus.

Pour cette catégorie d'excitants, il n'y a pas d'état optimum ou, plutôt, l'état optimum est représenté par leur absence, et c'est seulement au-dessus de ce zéro qu'il se produit, comme tout à l'heure, d'abord une exagération des jjhénomènes vitaux, puis une diminution de l'intensité de la réaction (tatigue) et, finalement, la paralysie et la mort (Voir Leçon L)

sèment embrouillées et obscurcies par suite de l'emploi d'un même mot; (excitants) pour désigner des choses entièrement différentes. Il en est résulté une confusion^ qui règne encore aujourd'hui en physiologie, et dont ont profité les matérialistes pour se forger des arguments en faveur de leur doctrine.

Certains physiologistes considèrent comme excitante les conditions du milieu à l'état optimum. « Pour manifester les phénomènes de la vitaliié, l'être élémentaire,, l'être protoplasmique a besoin du monde extérieur, de certaines conditions favorables qu'il y rencontre et que l'on peut appeler les excctants ou conditions extrinsèques de la vitalité » (page 184). « Les conditions extrinsèques ou physico-chimiques nécessaires aux manifestations vitales... sont au nombre de quatre. Ce sont : l'humidité^ l'air, ou mieux Voxygène, la chaleur, une certaine constitatloa chimique du milieu » (p. 185).

Pour M. Dastre, — et d'ailleurs pour la plupart,, .^inon pour tous les physiologistes, — les roaditions du miUeu à l'état optimum seraient donc des excitants.

Mais, il me semble que la réalité est tout autre, et que les conditions du milieu ne deviennent des excitants que quand, modifiées, elles ne se trouvent plus à l'état optimum. Ainsi la chaleur n'est pas en réalité un excitant, à la température optima ; mais, elle en devient un, audessus et au-dessous de cette température. Il en est de même de roxf/gcne qui n'est effectivement un excitant, que lorsque sa proportion, dans le milieu ambiant, est supérieure ou inférieure à la proportion optima. (Voir Leçon I, Taxi es,)

C'est seulement au-dessus et au-dessous de roptimuni que se produit, chez l'être vivant, une activité exagérée, une tendance à se défendre, une réaction. Si la modification est poussée plus loin, l'activité vitale s'atténue et, finalem.ent, s'arrête.

Ce sont seulement ces conditions de milieu exagérées ou diminuées qui constituent, à proprement parler, les excitants, et c'est seulement la réaction qu'ils provoquent qui est l'effet de l'excitation.

La preuve en est que, seules, pareilles conditions anormales sont capables d'engendrer la /a^t^'ac (diminution de l'intensité de la réaction par suite d'une activité prolongée et de l'épuisement des réserves nutritives), tandis que les conditions de milieu à l'état optimum ne produisent pas de fatigue. Et, en effet, ni l'humidité, ni la chaleur, ni Toxygène, ni les aliments, lorsqu'ils se trouvent dans le milieu dans les proportions optimum, ne fatiguent les êtres vivants.

On a donc confondu les conditions modifiées ou anormales avec celles de l'état optimum.

La principale conséquence de cette confusion entre des choses aussi dissemblables a été une erreur très grave, en vertu de laquelle on a proclamé l'inertie, le défaut de spontanéité des êtres vioants et leur identité y à ce point de vue, avec les corps bruts, « La loi de l'inertie, que l'on croit le partage des corps bruts, ne leur est pas spéciale, dit M. Dastre ; elle s'applique aux corps vivants dont l'apparente spontanéité n'est qu'une illusion, démentie par toute la physiologie » (p. 190).

Nous venons de voir, au prix de quelle confusion malheureuse, la physiologie ou, plus exactement, certains physiologistes donnent ce démenti.

Je me demande comment on peut nier, par exemple, la spontanéité de l'œuf fécondé et de l'embryon qui se développent et, en général, la spontanéité de tout être vivant placé dans les conditions de milieu optimum.

La spontanéité, en effet, est la manifestation d'une activité indépendante d'une influence extérieure.

Quand on demande à l'être vivant de prouver sa spontanéité, il ne faut pas lui refuser les conditions nécessai-

res à la manifestation de son activité (l), c'est-à-dire un milieu optimum ; sinon, il ne pourrait pas prouver sa spontanéité.

Si l'on disait à un peintre : « prouvez-moi que vous savez peindre » et si en même temps on ne consentait pas à lui fournir la toile, les pinceaux, les couleurs dont il a besoin, il serait absurde, devant son inactivité forcée, de conclure que ce peintre « est soumis à la loi de rinertie » et que la toile, les couleurs et les pinceaux sont ses cxci-^ tants.

Les corps bruts sont véritablement dépourvus de spontanéité. Prenons un de ces corps, — un morceau de charbon par exemple, — et plaçons-le dans n'importe quel milieu ; il y demeurera inerte ; il ne manifestera aucune activité indépendante des influences extérieures.

Si l'inertie des corps bruts n'existe pas chez les êtres vivants, elle se retrouve d'une façon évidente chez les êtres morts dont les corps ou cadavres, — devenus de véritables corps bruts, — sont privés d'activité spontanée à finalité immanente.

Comme les corps bruts, — comme le morceau de char- ^ bon, de notre exemple, le cadavre, — placé dans les conditions de milieu optimum pour l'être vivant dont il représente la dépouille, — demeurera absolument inerte ; il ne manifestera ni actes morphologiques, ni phénomènes physiologiques à finalité immanente, c'est-à-dire aucune activité indépendante des conditions extérieures.

Cela étant, il m'est avis que, pour exprimer correctetement et exactement la vérité, il faudrait dire : « L'être

(1) L'activité de l'être vivant n est que la réalisation des actes morphologiques et des phénomènes physiologiques à finalité immanente, dont ii est le siège. Or ces actes et ces phénomènes, n'étant au fond que des mutations de matière et d'énergie, ne peuvent s'accomplir que si Ton fournit à l'être de la matière et de l'énergie dans certaines proportions, en d'autres termes, un milieu optimum.

vivant, — placé dans un milieu optimum pour lui, — possède une activité spontanée, morphologique et physiologique, à finalité immanente. Quand ces conditions se modifient, s'exagèrent ou s'atténuent, et aussi quand interviennent des conditions anormales, il se produit une excitation de l'être qui réagit, tant qu'il est vivant ; mais qui, après la mort, demeure inerto, La réaction n'est jamais quelconque ; elle a pour but d'éloigner l'être des conditions désavantageuses où il est momentanément placé. »

Les matérialistes affirment encore que les corps bruts présentent, — tout comme les êtres vivants, — des phénomènes empreints de ^/la/tï^ ^'/n^ia/ienfe, et adaptés à un but de conservation, de défense.

Par suite d'un bizarre paradoxe, ils attribuent aux corps bruts la finalité qu'ils refusent aux êtres vivants.

Mais, la manœuvre, cousue de fil blanc, est destinée à rabaisser la finalité des êtres vivants au niveau du semblant de finalité qu'ils s'efforcent de trouver chez les corps inanimés.

Après avoir montré que les molécules des corps bruts, gazeux, liquides et même solides, présentent des mouvements, — que d'ailleurs personne ne conteste aujourd'hui, — M. Dastre essaie de prouver qu'un certain nombre de ces mouvements s'accomplissent dans un but de défense.

« Cette faculté de déplacement moléculaire permet, à l'occasion, au métal, de modifier son état sur tel ou tel point. Ce qui est fort curieux, c'est Vusage qui est fait de

cette faculté dans certaines circonstances. Cet usage ressemble fort à Vadaptatcon d'un animal au milieu, ou aux procédés de défense qu'il emploie pour résister » (p. 267).

Et voici les deux exemples, — les deux faits frappés au coin du cachet de la téléologie, — découverts dans le monde brut.

1* (c Lorsqu'une tige cylindrique de métal... est soumise à une traction puissante, elle subit un allongement souvent considérable. » (( Si l'on continue l'effort, on voit apparaître, en un point de la tige, un étranglement, une striction. C'est là que la barre se brisera ».

Mais, si on suspend, pendant quelque temps, l'effort de traction « le métal qui était mou dans les autres points, a pris ici l'aspect du métal trempé ; il ne s'étire plus » (p. 268).

Les forces d'attraction moléculaire, violentées ici plus qu'en aucun autre endroit^ ont donné aux particules métalliques (lorsque l'effort qui tendait à les disjoindre a cessé), une disposition nouvelle, à laquelle correspond le changement d'aspect du métal.

Où trouve-t-on la trace de finalité ? — Pourquoi employer les termes de « défense héroïque » ? Que défend le métal ? son individualité ? sa forme ? Mais, il n'a pas d'individualité et, à part la forme cristalline, il n'en a pas de propre et prend celle qu'on lui donne : lame, fil, barre, sphère, etc.

Je prends une lame d'acier, et j'essaie de la plier en deux ; elle se courbe et, quand je cesse leffort, en vertu de son élasticité, elle revient à sa forme primitive ; si l'effort continue, elle se brise. Est-il jamais venu à l'esprit de quelqu'un de dire que cette lame se courbe dans le but de résister au pliement? ou bien que ses molécules

prennent, pendant l'effort auquel elle est soumise, une disposition nouvelle, dans le but de conserver sa forme et de défendre son existence et, enfin, qu'une lame de plomb, qui, elle, se laisse bêtement plier sans résistance, est privée de cette propriété téléologique ?

Et cependant, cet exemple est identique, quant au fond, à ceux de M. Dastre, ce qui n'empêche pas cet éminent savant d'écrire : « Ce sont là des exemples de l'actitivité intestine qui règne à l'intérieur des corps bruts. De plus, ces faits... nous apportent, par surcroît, une autre preuve. Ils montrent que cette activité est, comme celle des animaux, une riposte à une intervention étrangère, et que cette riposte, encore comme chez les animaux, est adaptée à la défense et à la consertatcon de l'être brut » (p. 269).

2' M. Dastre apporte encore un autre exemple qui, de son avis, est « non moins remarquable ».

« Voici une plaque grisâtre, au chlorure ou à l'iodure d'argent. Une lumière rouge la frappe : rapidement elle devient rouge. On l'expose ensuite à la lumière verte : après avoir passé par des teintes ternes et sales, elle devient verte )> (p. 270).

C'est là un fait physico-chimique qui est tel... parce qu'il e^t tel, et auquel il ne faut même pas songer à chercher un but, comme on ne cherche jamais le but de' la réduction des sels d'argent par la lumière ou de la décomposition d'un faisceau de lumière blanche en radiations colorées, par un prisme de verre, etc., etc.

M. Dastre, cependant, en a trouvé cette admirable explication :

« Si l'on voulait expliquer ce remarquable phénomène, il n'y aurait pas de meilleur moyen que celui-ci : On dirait que le sel d'argent se défend contre la lumière qui menace son existence » (p. 270).

Pour achever de nous convaincœ de « Vanalogie coniplète » qui existe entre les corps bruts et les êtres vivants, M. Dastre rapporte une foule d'expressions imagées, employées par des géologues, des chimistes et des physiciens. Sans parler des roches vœantcs, des roches mortes et de la résistance héroïque d'un barreau d'acier au nickel, — que nous connaissons déjà, — il y aurait une a fatigue des métaux », une « fatigue d'élasticité », une <<< fatigue du tact électrique »^ une accommodât loti de la torsion »^ une « adaptation du verre », une « mémoire », et un (( souvenir du fil de fer », etc., etc.

Je ne pense pas que le savant professeur mette beaucoup de prix sur d^ pareils produits d'une imagination plutôt poétique que scientifique, et qu'il les apporte comme des arguments sérieux à l'appui de la thèse matérialiste qu'il soutient. C'est pourquoi je n'y insiste pas davantage.

Et, cependant, il ajoute : « Il n'en est pas moins vrai que ces analogies sont bonnes à signaler, ne fût-ce que pour ébranler la confiance que l'on accorde, depuis Aristote, à la division des corps de la nature en psuchia et apsuchiaj — c'est-à-dire eii corps vivants et corps bruts» (p. 257, 258).

Récapitulons ce qui précède, et mettons en évidence les procédés des matérialistes :

1' Ils emploient des expressions dont la portée dépasse celle des faits, puis ils généralisent arbitrairement.

2" Us se servent de mots équivoques, ou bien ils donnent le même nom à des choses dissemblables ; puis, profitant de la confusion qui est résultée de cet abus de langage, ils affirment l'analogie et môme l'identité des êtres vivants

et des corps bruts, d'où ils tirent des arguments en faveur de leur doctrine.

Mais, pareils procédés, qui mènent au sophisme, no sont certainement pas scientifiques.

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