‹ Le glorieux; comédie en cinq actes. Avec une prefaceChapitre 18 sur 105 · ACTE I, SCÈNE III ij · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III ij

Servir monsieur le Comte est un grand avantage. Pourquoi donc le quitter? Eclaircis-moi ce point.

La Fleur.

C'est que vous parlez trop, et qu'il ne parle point.

Lisette.

Le trait est singulier, et la plainte est nouvelle.

La Fleur.

Tel que vous me voyez, ma chère demoiselle, Vous ne le croiriez pas, on me prend pour un sot; Et mon maître, en trois mois, ne m'a pas dit un mot.

Pasquin.

Que t'importe cela?

Comment donc, que m'importe?

Peut-il avec ses gens en user de la sorte? Que je sois tout un jour dans son appartement. Il ne daignera pas me gronder seulement; Et j'ai quitté pour lui la meilleure maîtresse... Qui vouloit qu'on parlât, et qui parloit sans cesse. On ne s'ennuyoit point. Tous les jours, tour à tour. Elle nous chantoit pouille avant le point du jour. C'étoit un vrai plaisir.

Lisette.

Tu veux donc qu'on te gronde?

La Fleur.

Je ne hais point cela, pourvu que je réponde. Répondre, c'est parler. Encor vit-on. Mais bon! Avec monsieur le Comte on ne dit oui ni non; Il ne dit pas lui-même une pauvre syllabe. Oh! j'aimerois autant vivre avec un Arabe.

Cela me fait sécher, cela me pousse à bout; Moi, qui dis volontiers mon sentiment sur tout, Le silence me tue, et... Vous riez?

Lisette.

Achève.

La Fleur, en pleurant.

Si je reste céans, il faudra que je crève.

Lisette, à Pasquin.

Que j'aime sa franchise et sa naïveté!

La Fleur.

Foi de garçon d'honneur, je dis la vérité.

Pasquin.

Notre maître à ses gens fait garder le silence; Mais ils sentent l'effet de sa magnificence; Bien nourris, bien vêtus, et payés largement.

Eh! tout cela pour moi n'est point contentement.

Lisette.

Enfin, il faut qu'il parle; et c'est là sa folie.

La Fleur.

Autrement je succombe à la mélancolie.

J'eus un maître autrefois que je regrette fort, Et que je ne sers plus, attendu qu'il est mort. Il ne me faisoit pas de fort gros avantages, Il me nourrissoit mal, me payoit mal mes gages; Jamais aucun profit, et souvent en hiver Il me laissoit aller presque aussi nu qu'un ver; Mais je l'aimois. Pourquoi ? C'est qu'il me faisoit rire , Et que de mon côté je pouvois tout lui dire. Il m'appeloit son cher, son ami, son mignon;

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