‹ Le glorieux; comédie en cinq actes. Avec une prefaceChapitre 54 sur 105 · SCÈNE PREMIÈRE LE COMTE, PASQUIN · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE LE COMTE, PASQUIN

Le Comte.

OUI, quoiqu'â mes valets je parle rarement, Je veux bien en secret m'abaisser un moment, Et descendre avec toi jusqu'à la confiance. De ton attachement j'ai fait l'expérience; Je te vois attentif à tous mes intérêts. Et tu seras charmé d'apprendre mes progrès.

Pasquin.

Je vois que vous avez empaumé le beau-père.

Le Comte.

Il m'adore à présent.

Pasquin.

J'en suis ravi.

Le Comte.

J'espère Que me connoissant mieux il me respectera, Et je te garantis qu'il se corrigera.

Pasquin.

Du moins pour le gagner vous avez fait merveilles, Et vous avez vidé presque vos deux bouteilles Avec tant de sang-froid et d'intrépidité Que le futur beau-père en étoit enchanté.

Le Comte.

Il vient de me jurer que je serois son gendre; Sa fille étoit ravie, et me faisoit entendre Combien à ce discours son cœur prenoit de part; Et moi, j'ai bien voulu, par un tendre regard, Partager le plaisir qu'elle laissoit paroître.

Pasquin.

Quel excès de bonté!

Le Comte.

Si son père est le maître, L'affaire ira grand train. Par mon air de grandeur J'ai frappé le bonhomme; il contraint son humeur, Et n'ose presque plus me tutoyer.

Cet homme Sent ce que vous valez ; mais je veux qu'on m'assomme Si vous venez à bout de le rendre poli.

Le Comte.

D'où vient?

Pasquin.

C'est qu'il est vieux et qu'il a pris son pli. D'ailleurs, il compte fort que sa richesse immense Est du moins comparable à la haute naissance.

Le Comte.

Il veut le faire croire, et pourtant n'en croit rien.

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