‹ Le glorieux; comédie en cinq actes. Avec une prefaceChapitre 65 sur 105 · LE COMTE, LISETTE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LISETTE

Le Comte.

Vous restez donc?

Lisette.

Excusez mon audace, Et soutfrez une fois que je me satisfasse. Il faut que je vous parle; on me l'ordonne, et moi J'en meurs d'envie aussi; mais je ne sais pourquoi.

Le Comte.

Votre ton familier m'importune et me blesse.

Lisette.

Vous n'êtes occupé que de votre noblesse; Mais, en interprétant ce que l'on vous a dit. Quand on fait trop le grand, on paroît bien petit.

Le Comte.

Quoi ! vous osez?...

Lisette.

Oui, j'ose; et votre erreur extrême Me force à vous prouver à quel point je vous aime. Vous vous perdez, Monsieur.

Le Comte.

Comment donc, je me perd

Lisette.

Votre orgueil a percé. Vos hauteurs, vos grands airs, Vous décèlent d'abord, malgré la politesse Dont vous les décorez. La gloire est bien traîtresse. Le discours d'Isabelle étoit votre portrait. Et son discernement vous a peint trait pour trait. Dût la gloire en souffrir, je ne saurois me taire. Je ne vous dirai pas : « Changez de caractère », Car on n'en change point, je ne le sais que trop. Chassez le naturel, il revient au galop; Mais du moins je vous dis : « Songez à vous contraindre, Et devant Isabelle efforcez-vous de feindre; Paroissez quelque temps de l'humeur dont elle est, Et faites que l'orgueil se prête à l'intérêt. » Voilà mon sentiment. Profitez-en ou non, Mon cœur seul m'a dicté cette utile leçon. Votre gloire irritée en paroît mécontente, Je lui baise les mains, et je suis sa servante.

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