ACTE IV, SCÈNE III io
Voulant tout asservir à ses injustes droits, De l'humanité même il étouffe la voix.
Lisette.
Je l'éprouve.
Lycandre.
Pour vous, vous serez, je l'espère, La consolation d'un trop malheureux père.
Lisette.
A chaque instant. Monsieur, vous me parlez de lui. Il devoit à mes yeux se montrer aujourd'hui ; Mais il ne paroît point. Vous me trompiez, peut-être.
Lycandre.
Un peu de patience; il va bientôt paroître.
Lisette.
Pourquoi diffère-t-il de trop heureux momens? Que ne vient-il s'offrir à mes embrassemens?
Lycandre.
Malgré votre bon cœur, il craint que sa présence Ne vous afflige.
Lisette.
Moi? Se peut-il qu'il le pense?
Lycandre.
Il craint que ses malheurs, trop dignes de pitié, Ne refroidissent même un peu votre amitié.
Lisette.
Ah! qu'il me connoît mal!
Enfin, avant qu'il vienne, Sur sa triste aventure il veut qu'on vous prévienne.
Peut-être espérez-vous le voir dans son éclat, Et vous le trouverez dans un cruel état.
Lisette.
Il m'en sera plus cher, et, loin qu'il m'importune, Il verra que mon cœur, plein de son infortune. Redoublera pour lui de tendresse et d'amour. Tout baigné de mes pleurs, avant la fin du jour Il sera possesseur du peu que je possède. Mon zèle à ses malheurs servira de remède. Je ferai tout pour lui. Si je n'ai point d'argent. J'ai de riches habits dont on m'a fait présent; Je garde un diamant que m'a laissé ma mère. Je vais tout engager, tout vendre pour mon père; Heureuse si je puis, et mille et mille fois. Lui prouver que je l'aime autant que je le dois !
Lycandre.
Arrêtez. Laissez-moi respirer, je vous prie. Donnez quelque relâche à mon âme attendrie. Vous aimez votre père, il n'est plus malheureux.
Lisette.
Ah! puisqu'il est si lent à contenter mes vœux. Apprenez-moi quel monstre a causé sa misère.
Lycandre.
Quel monstre?
Lisette.
Oui.
L'orgueil. L'orgueil de votre mère.
Par son faste, les biens se sont évanouis; Son orgueil a causé des malheurs inouïs.