ACTE IV, SCÈNE III
Lisette.
Qu'il ne s'expose point. Je crains quelque accident, Quelque piège caché. N'est-il pas plus prudent Que nous l'allions chercher? Par notre diligence Prévenons ses bontés et son impatience.
Sortons, Monsieur; je veux embrasser ses genoux Et mourir de plaisir dans des transports si doux.
Lycandre.
Vous n'irez pas bien loin pour goûter cette joie. Vous voulez la chercher, et le Ciel vous l'envoie. Oui, ma fille, voici ce père malheureux; Il vous voit, il vous parle, il est devant vos yeux.
Lisette, se jetant à ses pieds.
Quoi ! c'est vous-même? O Ciel ! que mon âme est ravie ! Je goûte le moment le plus doux de ma vie.
Lycandre.
Ma fille, levez-vous. Je connois votre cœur. Et, je vous l'ai prédit, vous ferez mon bonheur. Mais, hélas! que je crains de revoir votre frère!
Lisette.
Mon frère! Et quel est-il?
Lycandre.
Le comte de Tufière.
Lisette.
Je ne sais où j'en suis, je ne respire plus. Daignez me soutenir.
Lycandre, Qu'il doit être confus Quand il vous connoîtra!
io8 LE GLORIEUX
Lisette.
Moi, sa sœur?
Lycandre.
Oui, ma fille.
Lisette.
Sans doute, nous sortons de la même famille; Oui, le Comte est mon frère; et, dès que je l'ai vu, A travers ses mépris mon cœur l'a reconnu. De mon foible pour lui je ne suis plus surprise.
Votre cœur le prévient, et l'ingrat vous méprise! Ah! je veux profiter de cette occasion Pour jouir devant vous de sa confusion. Quand le temps permettra de vous faire connoître.
Lisette.
Jusque-là, devant lui ne dois-je plus paroître?
Lycandre.
Non. Je vais le trouver. La conversation Sera vive à coup sûr, et sa présomption Mérite qu'avec lui prenant le ton de père. Je fasse à ses hauteurs une leçon sévère.
Lisette.
S'il ne vous connoît pas, vous les éprouverez.
Lycandre.
Non. Nous nous sommes vus. Il me connoît. Rentrez, Ma fille. Quelqu'un vient; gardez bien le silence.
Lisette, lui baisant la main.
Mon père, attendez tout de mon obéissance.