XII NOTICE
bïe à la comédie de Desiouches. Villemain lui a tout particulièrement rendu justice :
« Destouches a fait une excellente pièce,
parce que le comique en est à la fois anecdotique et durable, selon les mœurs d'une époque et selon le cœur humain. L'orgueil tel qu'il le peint n'est pas seulement un vice de caractère, mais un vice d'époque et d'institutions. Il serait difficile de bien comprendre les anciennes distinctions de la société en France sans songer au Glorieux de Destouches.
« Sous le rapport de l'art, l'ouvrage n'est pas moins habilement dessiné. Ce qu'il y a d'imprévu, et, si l'on veut, de romanesque, dans le personnage de Lysimon, le père du Glorieux, est placé à propos, nettement expliqué, et amène l'émotion croissante du drame jusqu'au sublime de ces vers :
J'entends, la vanité me déclare à genoux Qi-i'un père infortuné n'est pas digne de vous!,..
« Quant au style de l'ouvrage, il est partout élégant, naturel, vif même et varié suivant les personnages, et ce chef-d'œuvre inespéré de Destouches est un des chefs-d'œuvre de la scène ' . »
Le Glorieux a été représenté, pour la première fois, et la Comédie-Française, le iS janvier lySa.
I. Cours de littérature française (XYIII" siècle, XU" leçon). Tome F''. Paris. Didier, édition de 1859.
NOTICE xui
Les principaux rôles étaient ainsi distribués :
Lycandre MM. Qj.iinault (aine)'.
Tufières Quinault-Dufresne.
Lysimon Duchemin.
Valère Montmeny.
Pasquin Armand.
Lafleur Poisson fils.
Lisette M^'f^^ Qiiinault (cadette).
Isabelle Lebat.
La pièce fut accueillie avec une grande faveur et eut trente représentations de suite, du iS janvier au
I . Il y avait alors au théâtre deux acteurs du nom de Quinault, deux frères, l'aîné et le cadet, comme aujourd'hui nous avons les deux Coquelin. L'aîné, Jean-Baptiste-Maurice Quinault, appartint à la Comédie-Française de 1712 à 1734. Le cadet, Abraham-Alexis, dit Quinault-Dufresne, qui a créé le comte de Tufières du Glorieux, est resté au Théâtre-Français de 1712 (la même année que son frère) à 1741. C'est le plus célèbre des deux. Il a circulé sur son compte une foule d'anecdotes plus ou moins authentiques. Nous avons dit qu'il était au naturel le glorieux que Destouches avait mis en scène. Il est mort en 1767. Leur sœur, Jeanne-Françoise Quinault, née en 1699 et dite Quinault cadette, à cause de sa sœur aînée la belle Marie-Anne, qui mourut à quatre-vingt-seize ans, a joué au Théâtre- Français de 1718 a 1741. Elle tint ensuite à Paris, jusqu'à sa mort, survenue en 1783, un salon qui fut très fréquenté, sorte de grand bureau d'esprit où il fut longtemps du meilleur ton d'être présenté. — Lire à ce sujet, sur cette famille d'artistes, dans la Correspondance de Grimm (édition citée, tome VII), de fort curieux détails relatifs surtout à M"° Quinault cadette, qui a créé la Lisette du Glorieux. Lire aussi, dans les Acteurs et Actrices du temps passé, publiés à la librairie des Bibliophiles par Ch. Gueullette, avec portraits gravés par Ad. Lalauze, la livraison consacrée aux Quinault.
xiT . NOTICE
28 mars. On faisait 3,484 francs à la deuxième; 3, 064 francs à la troisième; 3, 208 francs à la cinquième, et encore 1^092 francs à la trentiènu. En somme, ces trente soirées donnèrent un total de recettes de 56,25o francs, soit une moyenne de 1,8^5 francs par soirée, c'est-à-dire une somme relativement élevée pour l'époque.
Le Glorieux a d'abord été publié isolément, chez Prault, le Calmann Lévy ou le Tresse du temps, en une brochure in-12 et en trois éditions successives, i']^2, 1734, 1740. £/i 174^^ Destouches publia chez le même Prault, par les soins et sous les auspices du ministre d'Argcnson, une édition de ses œuvres complètes, en cinq volunics in-12. C'est dans cette édition, évidemment très surveillée par l'auteur, que nous avons pris le texte de la présente réimpression. Trois ans après la mort de Destouches, en 1757, son fis donna une nouvelle édition, en quatre volumes in-40, de ses auvres complètes. Elle sortait des presses de l'Imprimerie royale du Louvre, et portait des niodificaiions de texte assez importantes, mais seulement pour quelques pièces, parmi lesquelles ne figure pas LE Glorieux '. Nous n'avons donc eu aucune rai-
I. On trouvera, dit la préface de cette édition, beaucoup de changements dans les premières pièces, telles que le Curieux impertinent, l'Ingrat, l'Irrésolu, le Médisant, l'Obstacle imprévu, changements préparés par Destouches, et qui ont produit des scènes et des actes refondus presque tout entiers. Mais Destouches n'a pu faire la même chose pour les autres pièces. .