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ANTISEPTIQUES ET ACCOUTUMANCE

Dans le Traité de Microbiologie de Duclaux, on peut trouver les premières études cohérentes sur les antiseptiques des fermentations (1). Duclaux leur consacre un chapitre spécial, en appliquant des notions quantitatives à leur étude. Nous y voyons ainsi que l’action des antiseptiques est variable et dépend de nombreux facteurs. Il leur donne la définition très généralisée suivante : « Nous appellerons antiseptique toute substance dont l’intervention sous une forme quelconque, dans une fermentation, modifie la marche du phénomène. »

Désormais l’étude des antiseptiques aura sa place dans tous les Traités de Microbiologie (2).

On ne connaît pas encore le mécanisme de leur action mais on constate déjà de nombreuses différences dans leur effet sur les microorganismes.

Miquel et Cambier (3) séparent les « substances infertilisantes » qui ne font que suspendre la vie des bactéries dans les milieux de culture, des « substances stérilisantes » qui détruisent radicalement la vie des bactéries.

Les bactériologistes distinguent aussi pour une même substance déterminée « le pouvoir infertilisant » du « pouvoir antiseptique », qui sont fonction de sa concentration.

La liste des antiseptiques s’est allongée énormément par la suite et de nombreux auteurs se sont efforcés de leur imposer une classification.

Dernièrement, Genevois (4) a essayé un classement des substances qui arrêtent un phénomène biologique déterminé par une cellule vivante. Il les répartit dans les trois groupes suivants : les narcotiques qui exercent une action réversible arrêtant tous les phénomènes biologiques en même temps; les antiseptiques exerçant une action irréversible par la mort de la cellule; et les inhibiteurs spécifiques d’un seul processus biologique.

En général, les microorganismes mis au contact des antiseptiques subissent certains changements qu’il sera utile d’étudier pour mieux pénétrer le mode d’action de ces substances.

Les cellules vivantes finissent par s’habituer à l’antiseptique mis à leur contact, phénomène étudié par Duclaux dans son Traité et appelé par lui « accoutumance » (5). Les premiers essais d’accoutumance ont été faits par Kossiakoff (6) dans le laboratoire de Duclaux, mais les travaux les plus classiques et les plus riches en résultats, sont certainement ceux d’Effront (*) sur l’accoutumance des levu-

(*) Les travaux d’Effront auxquels il est fait allusion ici ont été publiés dans les ©. R. Ac. Sciences et le Moniteur Scientifique entre les années 1890 et 1894.

res aux fluorures. Effront (7) termine ses très intéressantes recherches sur ce sujet, en définissant avec précision le mécanisme de résistance de la levure aux fluorures. « L’acclimatation résultera uniquement du développement de la propriété déjà préexistante mais avec moins d'intensité, de puiser la substance minérale de la solution ambiante et en même temps de l’augmentation de l’affinité de la cellule pour la chaux ». En poussant ses études « d’acclimatation » à l’aldéhyde formique, Effront (7) esquisse une loi générale d’acclimatation qui réside suivant lui dans le développement d’une fonction spéciale qui amène des changements dans la sensibilité des cellules envers les antiseptiques.

Il arrive à peu près à la même conclusion après l’étude de l’accoutumance de la levure de bière à l’arsenic (8), la levure acclimatée pouvant produire SH, qui neutralise l’arsenic par réduction. Mais il est aussi d’avis que l’accoutumance se ferait par sélection des cellules de levure.

Nous devons à Richet et ses collaborateurs de nombreuses études physiologiques sur l’accoutumance des ferments lactiques à diverses substances toxiques ou non toxiques.

Richet, Bachrach et Cardot (9) montrent que l’action d’un sel toxique, sur le ferment lactique, ne provoque pas seulement l’accoutumance mais aussi un phénomène d’anaphylaxie, qui, selon les auteurs, « est une sensibilité accrue pour un poison, grâce à une petite dose antérieure de ce même poison ».

Les phases d’anaphylaxie et d’accoutumance sont successives, mais variables comme durée. D’après les mêmes auteurs (10), l’accoutumance est spécifique pour un seul poison, mais les cellules microbiennes mises en présence de deux poisons à la fois, peuvent s’accoutumer simultanément à chacune de ces deux substances toxiques.

Par contre, si on alterne la culture du ferment sur les

deux substances, l’accoutumance se produira à un degré plus faible que si l’action des toxiques était continue.

Enfin (11) la même cellule de microorganisme peut acquérir simultanément l’accoutumance pour le As O, K; et l’aptitude contraire qui est l’anaphylaxie pour le Cl, Hg ou SO, Cu.

Cardot et Laugier (12) étudient le comportement des ferments en présence de très fortes concentrations de substances non toxiques par elles-mêmes : le KCI et le glycérol. Il y a une accoutumance certaine avec transmission à de nombreuses générations descendantes, des nouveaux caractères physiologiques acquis. Pourtant, dans un milieu de culture ordinaire, ces races accoutumées sont rapidement éliminées par les races normales. |

Ces mêmes auteurs (13) montrent que la spécificité de l’accoutumance est loin d’être une règle générale.

Plus récemment, Pett (14) nous offre le cas d'accoutumance des levures aux cyanures en nous décrivant un changement important dans les cellules accoutumées.

Elles présentent d’abord une augmentation de leur taux

de flavines, puis la disparition de celles-ci et Papparition d’un nouveau pigment bleuâtre.

. Voici donc la voie tracée par Duclaux et Effront qui paraît être la bonne dans la recherche de l’action d’un antiseptique; on pourrait ainsi, grâce à l’effet connu de l’antiseptique, pénétrer le mécanisme intime d’un processus vital quelconque.

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