MODE D'EMPLOI ET INDICATIONS DU GLUTOL
L'emploi du glutol en chirurgie est de date récente. Le D' Wagenhauser l’expérimenta avec plein succès sur le cheval. Schleich, en février 1896, et Thomalla, en janvier 1897 publient dans le Therapeutische Monatshefte les résultats qu'ils ont obtenus. Enfin, M. Doyen, à la séance du 10 mai 1898, communique à l’Académie de médecine le résultat de ses expériences sur la valeur du glutol.
Depuis quelques mois M. Duchamp et M. Blanc, dans leur service de chirurgie à l'Hôtel-Dieu de Saint- Étienne ont trouvé dans son emploi des résultats aussi satisfaisants que continus; M. Cénas l’a employé avec autant de succès dans le traitement des ulcères vénériens.
C’est en nous aidant de ces divers travaux, en nous appuyant sur les faits qu’il nous a été donné de constater | que nous allons exposer le mode d'emploi du glutol, ses
indications, les avantages qu'il présente sur les autres antiseptiques et l'iodoforme en particulier.
Le mode d'emploi du glutol ne diffère point de celui des autres poudres antiseptiqués. On en saupoudre les plaies; on peut préparer de la gaze au glutol d’après le procédé qu’indique M. Doyen, en saupoudrant largement de glutol sec des compresses de gaze stérilisée imbibée d’une solution faible de phénol ou de sublimé légèrement ÉXrIMÉE.
L'application est suivie d’un pansement à la gaze ou à la ouate stérilisée, ou encore de l’application de collodion comme l’a fait Thomalla pour les plaies de petite étendue.
La quantité de glutol ne dépend que de l'étendue de la plaie, son pouvoir toxique étant nul. Elle doit être en rapport avec la durée probable du pansement, celui-ci devant être renouvelé quand le dégagement de la formaldéhyde a été achevé par la plaie. Il faudra donc Pappliquer en quantité surabondante dans les pansements à long terme, tels que ceux qui doivent séjourner dans un appareil inamovible.
Les premiers chirurgiens qui ont expérimenté le glutol ont constaté son absence d'action en présence des tissus nécrosés : escarres, vieux ulcères, infections spécifiques (tuberculose, syphilis), l’aldéhyde formique n'étant mise en liberté que par les tissus possédant une activité cellulaire. S'appuyant sur le fait reconnu par Gottstein que la pepsine chlorhydrique avait le pouvoir de digérer la gélatine formique en mettant la formaldéhyde en liberté, Schleich eut l’idée de joindre au glutol l’action d’une solution chlorhydro-peptique qui dégagerait l’aldéhyde
PME
formique en présence des tissus incapables de provoquer ce dégagement. Ses espérances se réalisèrent, Il emploie la solution suivante :
PROD RME e ee D grammes Acide chlorhydrique. . . 0 gr. 30 Fausses. 2%. "100 "srammes:
Un fait que nous avons observé dans le service de M. Montagnon nous a engagé à user de ce procédé.
I s'agissait d une escarre profonde à la région trochantérienne chez un Jeune homme en convalescence de fièvre tvphoide. Après quelques pansements au vin aromatique on fit usage du glutol; ce dernier resta inactif jusqu’à la chute de l’escarre, mais quand elle se fut produite, la cicatrisation eut lieu avec une rapidité surprenante.
Chez les sujets des observations X et XXIII où il s'agissait d’ulcères fongueux et atones, nous avons au premier pansement employé la solution chlorhydropeptique de Schleich, en imbibant la gaze stérilisée qui recouvrait ia poudre de glutol.
L'effet prévu s’est réalisé et il n’y a pas eu lieu de renouveler le procédé.
Les plaies, en dehors des plaies chirurgicales, peuvent au point de vue clinique se diviser en deux groupes.
Dans un premier groupe nous classerons les plaies susceptibles d’une guérison rapide, empruntant ce carac-
tère soit à leur nature même, soit à celle du terrain.
Ce sont tout d'abord les plaies accidentelles rapidement soumises à la désinfection; les plaies résultant de phlesmasies aiguës nettement localisées, tels qu’abces chauds, furoncles, .anthrax, brûlures superficielles.
Dans un deuxième groupe rentrent les plaies rebelles à la cicatrisation, soit à cause de la faible vitalité des tissus, soit à cause de l’étendue ou de la virulence de l'infection.
Dans ce cadre se groupent les ulcères anciens dont les tissus sont atones et sans réaction; les plaies d’origine trophique chez les sujets dont le système nerveux est atteint, les variqueux, les diabétiques, etc.
Dans ce même groupe entrent les ulcères vénériens, chancrelleux et syphilitiques; les suppurations à long cours qui accompagnent les foyers tuberculeux, enfin les brûlures profondes.
Les observations des auteurs, nos propres observations visent la plupart de ces cas; aussi nous suffit-il de nous rapporter au résultat obtenu pour en tirer les indications du glutol.
Dans les plaies chirurgicales le glutol n’a qu’un rôle effacé lorsque l’asepsie préside à l'opération et au pansement. Toutefois, il faut remarquer la rapidité avec laquelle s’opère la cicatrisation en présence du dégagement d’aldéhyde formique, l’absence complète d’inflammation des bords de la plaie, inflammation capable de compromettre le résultat esthétique.
Dans les plaies susceptibles d’une guérison rapide parce qu'elles évoluent sur un terrain actif ou que la phlegmasie est nettement localisée, l’application du glutol est suivie d'une cicatrisation plus rapide qu'avec tout autre antiseptique, souvent sans suppuration et toujours sans inflammation qui puisse lui être imputée. Dans les cas où l’inflammation existe, on constate une sédation rapide de la phlegmasie après l'application du glutol, :
No
Schleich, dans 120 cas de suppuration aiguë, a obtenu l’arrêt de toute suppuration et la guérison rapide.
Mais où le glutol nous a paru révéler une supériorité incontestable c’est dans le traitement des plaies que nous classons dans le second groupe. Dans ces cas où l’on à quelquefois essayé de tout sans que rien réussisse, on trouve toujours une amélioration notable et souvent Ja guérison par l'emploi du glutol.
À quoi cela tient-il? A ce que le glutol est à la fois une poudre inerte et un antiseptique puissant; à ce qu il exerce sur les tissus une action stimulante suffisante, sans dépasser le but par l’exubérance des tissus.
De vieux ulcères atones, que l'iodoforme seul est capable de stimuler, perdent souvent le bénéfice d’une nouvelle énergie reproductrice des tissus, du fait de l’irritation que provoque cet antiseptique sur les bords de la plaie, là où l’épiderme aurait le plus besoin pour se reproduire de l'absence la plus complète d’irritation. On sait quelle action irritante exerce l’iodoforme sur certains épidermes sains.
Combien de chirurgiens n'ont-ils pas été obligés de renoncer à l’employer, en raison des accidents. locaux qu'ils avaient à subir au seul contact de ce produit.
Avec le glutol le résultat est tout autre. Poudre inerte en présence de l’épiderme, il ne donne lieu à aucun phénomène d'irritation, les prévenant même en absorbant les exsudats, en modifiant peut-être leurs propriétés 1rritantes: en même temps antiseptique puissant et non irritant, il favorise la reproduction des tissus et leur revêtement par l’épiderme.
Ces résultats paraissent assez nets dans les observa-
Soie tions XIII et XXII où l’on a fait un emploi comparatif de l’iodoforme et du glutol.
Longtemps dans les ulcérations vénériennes on a accordé à l’iodoforme une spécificité malodorante dont souffrirent beaucoup de pudeurs.
L'observation V, l'observation XIII où l’on a fait un emploi comparatif du glutol et de l'iodoforme montrent ‘assez la supériorité du glutol et présagent pour liodoforme une déchéance rapide.
L'observation VI montre qu'on peut tirer du glutol un avantage réel dans les ulcères trophiques.
L'action du glutol est en ce cas souvent d’une rapidité surprenante.
« Des plaies de mauvais aspect et sans tendance à la cicatrisation, dit M. Doyen, se couvrent en vingt-quatre ou quarante-huit heures de bourgeons charnus rouges et exubérants. J’ai vu cette transformation se produire chez un malade affaibli en huit heures seulement. »
Le glutol n’a donc pas d'indication bien spéciale en chirurgie ou plutôt son indication, vu ses propriétés antiseptiques et son innocuité absolue, est-elle générale.
Dans les plaies chirurgicales on bénéficie de son absence de toxicité et de propriétés irritantes, dans les plaies infectées on bénéficie en outre de ses propriétés antiseptiques énergiques ; enfin dans les ulcères rebelles, chez les sujets affaiblis, on rencontre les deux propriétés idéales d’un topique à la fois inerte et stimulant.