‹ Le Glutol: Nouvel antiseptique à la formaldéhydeChapitre 10 sur 26 · AVANTAGES DU GLUTOL SUR LES ANTISEPTIQUES EMPLOYÉS EN CHIRURGIE · texte numérisé non relu

AVANTAGES DU GLUTOL SUR LES ANTISEPTIQUES EMPLOYÉS EN CHIRURGIE

Du jour où l’on connut la nature microbienne des accidents chirurgicaux, on s’efforça de les prévenir par l’asepsie, de les arrêter par l’antisepsie. Le nombre des antiseptiques tant liquides que pulvérulents, employés tour à tour avec des résultats divers, échappe presque à la numération.

Ayant pour but de notre étude la valeur antiseptique de la poudre de glutol, nous limiterons le champ de nos recherches aux antiseptiques pulvérulents, le bornant pour les antiseptiques liquides à la formaldéhyde pour montrer combien différente et inégale est l'action de la formaldéhyde en solution et de la formaldéhyde combinée à la gélatine.

L'avènement de l’iodoforme au nombre des antiseptiques fit époque en la matière. Pourtant on ne s'arrêta pas là. À une époque où la foi en son pouvoir antiseptique et en ses vertus cicatrisantes était encore entière, le fait de son odeur tenace et désagréable lui suscita une

foule de succédanés : iodoformine, diiodoforme, iodol, antiseptol, airol, lorétine. etc. Plusieurs n’ont pas survécu à quelques essais, l'emploi d'aucun ne s'est généralisé ; impuissance ou caprice, ou serait-ce que, comme beaucoup de choses, les antiseptiques habent sua fata?

Dans l’étude critique que nous essayons des antiseptiques pulvérulents employés en chirurgie, nous ne saurions nous étendre sur d’autres que l’iodoforme qui n'a cessé d’être d’un usage presque universel, bien qu’en 1882 Schede ait déjà constaté que « l'enthousiasme imitial s’en est allé en fumée ».

Que dire du tale, sinon que rendu aseptique, il peut constituer un milieu isolant, absorber les exsudats, sans qu'on puisse revendiquer pour lui la moindre action antiseptique.

Le salol dans un usage restreint a donné des résultats heureux, mais aussi des mécomptes. Cartaz a signalé trois cas d’érythème à la suite d’insufflation de poudre de salol dans les cavités nasales. Morel-Lavallée a vu une de ces éruptions salolées suivie d'angine œdémateuse suraiguë.

Le sous-nitrate de bismuth, € pour les muqueuses le meilleur topique, comme il est pour la peau le plus innocent des fards », écrit le professeur Soulier, ne se révèle pas toujours avec ces allures inoffensives dans son emploi chirurgical. :

En 1885, H. Meyer et Steinfeld (1) montrent la possibilité d’une intoxication aiguë en pratiquant des injections sous-cutanées et intra-veineuses. L'animal meurt au milieu d'accès de convulsions toniques et cloniques,

(1) In Schmiedeberg, p. 283, Arzn.. 1888,

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La littérature chirurgicale relate des accidents chroniques dus à l'emploi du sous-nitrate de bismuth en pansement. Dans le cas de Bouiller (thèse), les accidents se localisent du côté du tube digestif : troubles de l’appétit, langue saburrale; puis localisation dans la cavité buccale; liséré gingival violacé, plaques d’étendue variable sur la face interne des joues, la langue, la voûte palatine.

Kocher a vu des troubles du même genre succéder à des pansements au bismuth, et constate en outre des coliques, de la diarrhée, de l’albuminurie, des cylindres granulés dans l'urine. En 1882, le même chirurgien enregistre un cas de mort.

Nous arrivons maintenant à l’iodoforme.

Pour beaucoup de chirurgiens, dans nombre de services hospitaliers, l’iodoforme est le corollaire obligé de toute intervention se glissant sous les formes les plus diverses : poudre d’iodoforme, gaze iodoformée, glycérine et éther iodoformés, pommades iodoformées. Ainsi que le fait remarquer Le Dentu (1) on oublie rapidement son indication thérapeutique spéciale. la cicatrisation des plaies atones, on généralise son emploi et cela bien souvent sans nul avantage pour l’intervention quand ce n’est pas au grand dam du patient. Que la cause de cet engouement général et persistant réside dans une supériorité antiseptique réelle sur les agents similaires, c’est un fait probable. A défaut de produit plus satisfaisant on a employé l’iodoforme d’une façon systématique, on a exagéré ses propriétés antiseptiques, on a voulu oublier

(1) Le Denru. — France médicale, 1882,

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ses dangers et ses côtés défectueux uniquement peut-être parce qu’on n'avait rien de mieux à employer. Aussi au moment où le glutol nous paraît devoir supplanter l’iodoforme dans un grand nombre de ses applications, croyonsnous devoir insister d’une façon particulière sur ce dernier produit, montrer quelle paraît être en réalité son action antiseptique, à quels dangers il expose, quelle influence fâcheuse il peut exercer sur la cicatrisation, et quel désagrément entraîne pour le chirurgien etle malade son odeur persistante et désagréable.

Le premier travail qui ait porté atteinte au crédit dont jouissait l’iodoforme comme antiseptique appartient à deux auteurs danois, Heyn et Thorskild Rovsing (1). Ces auteurs ont fait porter leurs expériences sur des moisissures recueillies dans l'air du laboratoire, sur un microcoque trouvé dans l’abcès d’une souris, sur ce staphylocoque pyogène doré, le pneumocoque, le bacillus subtilis.

Ils ensemencent divers microbes sur de la gélatine qu'ils recouvrent d’une couche d'iodoforme. Leur développement n’est aucunement gêné. Le développement bactérien se fait également bien sur dela gélatine, de l’agaragar mêlés avec de la poudre d’iodoforme dans la proportion de 0,20 à 0,40 pour 10 de milieu nutritif.

Ils ensemencent un fil de soie qu'ils laissent plonger vingt minutes dans del’huile iodoformée avant de le mettre au contact avec les milieux de culture. Ceux-ci sont tous féconds.

Dans ces expériences, les microorganismes étaient

(1) Das iodoform als antisepticum (Fortschritt des Medicin, 15 janv. 1887):

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restés en contact avec de l’iodoforme non dissous. Les auteurs danois essavent d’ensemencer du sérum iodoformé, le sérum ayant la propriété de dissoudre de petites quantités d’iodoforme. Les cultures donnent un résultat également positif. Leur conclusion est donc que non seulement l’iodoforme ne détruit pas les microorganismes, mais favoriserait leur développement, s’il n'était stérilisé au préalable.

Gustav von Ruyter (1) fait des expériences analogues : si on ensemence des plaques de gélatine ou de pomme de terre stérilisées avec des organismes à végétation rapide que l’on saupoudre ensuite avec de l’iodoforme, la végétation est à peine ralentie et les granulations d’iodoforme n’apportent qu'un obstacle mécanique à l'expansion des colonies. De même si on incorpore de l'iodoforme à de la gélatine la végétation se produit dans l’interstice des granulations. — Ruyter expérimente également sur les rats et les cobayes : les plaies inoculées avec une culture septique sont mortelles, si on les saupoudre seulement : avec de l’iodoforme.

Ces travaux suscitent de nombreuses recherches expé rimentales non moins retentissantes. Lubbert (2), Neisser (3), Baumgarten (4), Kunz (5), Kronacher (6),

(1) Gusrav von Ruvrer. — Zus iodoform Arberten aus der chirurgischer (KXlinik der Universitat, Berlin von E. von Bergmann, Berlin, 1887).

(2) Lusserr. — Über das verhallen von iodoform sun scophylococcus p. aureus (Fortschritte di medicin, 1 juin 1887).

(3) Nersser. — Zur kenntiss des antibacteriellen wirkung der iodoforms (Virchows arch., 1887, Bd. CX).

(4) Baumaasren. — Über des iodoform als antisepticum (Berliner Klinische Wochenschrift, 1887, n° 20). |

(5) Kuwz. — Uber des wirkung des iodoform auf infectione organismen.

(6) Knonacuer.— Dos iodoform und sein verhalten su pathol. Bacterien (Münschener medianische Wocherschrift, n° 29).

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Schnirer (1), Tilanus (2), expérimentent sur les microorganismes pyogènes (séaphylococcus pyogenes aureus et albus, streptococcus pyogenes) et arrivent à la même conclusion : que l’action de l’iodoforme est nulle.

Quelques-uns, il est vrai, constatent une influence minime (retard de développement, colonies moins nombreuses); les autres la mettent en doute.

D’après Jeffries {3) il s’agit moins d’une action antiseptique que d’une action purement mécanique, consistant en ce que la poudre non mouillée entoure et isole le microorganisme du milieu de culture. [l a obtenu un résultat identique en employant au lieu d’iodoforme de la poudre de lycopode.

Maylard (4) constate pour le staphylocoque pyogène doré un ralentissement de développement mais non un arrêt de culture.

L'action de l’iodoforme est à peine accusée sur la bactéridie charbonneuse (5), le bacille de la morve (6), le bacille de la septicémie des souris et des lapins, si elle | est nettement marquée sur le bacille du choléra (7).

Les expériences sur l’action de l’iodoforme sur les

microorganismes de la putréfaction donnent des résultats

variables :

(1) Scuxiner. — Über die antiseptische wirkung iodoforms (Wiener medicin. Press, 1887, nos 36-38).

(2) Truanus. — /s{ iodoform antisepticum ? (Münschener medicinische Wochenschrift, 26 avril 1897).

(3) Jerrrigs. — The anti-bacterial action af iotvform (The american

: Journal of Med. Science, 1888, p. 15).

(4) Mayzorv. — Annals of surg., janvier 1890.

(5) Kunz.

(6) BaumGasren, Kunz.

7) Bucaxer, NEIssER,

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Mikulicz (1) en ajoutant de l’iodoforme à des liquides en putréfaction voit celle-ci tantôt s'arrêter, tantôt subir une progression plus ou moins rapide.

Kunz constate un retard dans le développement des bactéries de la putréfaction.

Tilanus ne constate aucune action sur le #micrococcus putriditus; de même Maylard sur le bacterium termo.

Les expériences sur les animaux confirment les résul-

tats obtenus dans les milieux artificiels. Lubert, Neisser,

Kunz, Schnirer obtiennent des résultats identiques en injectant à des animaux des cultures pyogènes pures ou mélangées avec de la poudre d’iodoforme. Cependant Neisser dans le charbon, Kronacher dans la morve constatent une prolongation de la survie. Baumgarten commentant ces faits croit à une action mécanique de l’iodoforme isolant les microorganismes des tissus.

La grande part faite à l’iodoforme dans la thérapeutique des lésions tuberculeuses, la faveur dont il a joui auprès d’un grand nombre de chirurgiens, Mikuliez, Bruns, Verneuil, Billroth, ont amené les expérimentateurs à étudier son action dans ce milieu un peu particulier. Rovsing, Catrin, Baumgarten, Filleau, Le Petit, ont montré que l'iodoforme n’exerçait aucune action sur la tuberculose expérimentale des animaux. Cependant Troje et Tangl obtiennent des résultats positifs #n vitro par un contact longtemps prolongé. -

Stchegoleff reprend ses recherches employant le bouillon de viande-pepsine-glycérine, milieu recommandé par le professeur Strauss pour la culture du bacille de

(1) Muxuricz. — Langenbeck’s Arch., 1881, Bd. XX VIT.

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Koch et qui à l’avantage de dissoudre l’iodoforme. Il n'obtient qu’une atténuation de la virulence du bacilie tuberculeux. Les cobayes inoculés avec cette culture meurent plus tard et avec des lésions moindres que les cobayes témoins.

On comprendra mieux encore que ces expériences multiples et répétées par de nombreux expérimentateurs aient fait évanouir l'enthousiasme des cliniciens, en constatant les accidents de toute gravité dont est encombrée la littérature chirurgicale, depuis le jour où l’emploi de l’iodoforme s’est généralisé.

Il n’est pas de chirurgien, pas d'élève ayant suivi d’un peu près un service hospitalier qui n’ait été à même de constater tout au moins des accidents bénins tels que malaise général, gène persistante apportée par l’odeur de l’iodoforme, tous phénomènes qui disparaissent rapidement par la suppression de l'iodoforme dans un pansement.

Les accidents bénins analogues à ceux que provoque l’iode sont surtout marqués sur les téguments. Ce sont, après la simple irritation cutanée, des éruptions diverses que Taylor (1) classe en trois groupes principaux :

a) Éruption érythémateuse; b) — eczémateuse ; c) — purpurique (1 observation).

M. Cathelinau (2) a vu des érythèmes rouge cramoisi analogues aux rashs prévarioliques. En même temps on

New-York med. Journal.

(1) (2) Gazette des Hôpitaux, 1893.

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constate de l’anorexie, des vomissements, de la céphalalgie accompagnée d’insomnie, tous accidents que l’on retrouve dans l'intoxication iodique.

A côté de ces accidents d’allure banale vu leur fréquence, on a constaté une véritable intoxication iodoformique se poursuivant de ces accidents légers jusqu'à la mort.

Ces accidents, décrits dans leurs détails dans les mémoires parus ces dernières années, méritent qu’on s’y arrête; ils nous expliquent qu'après de tels déboires, certains chirurgiens aient renoncé à l’usage de cet antiseptique.

Schede (1) classe dans une première catégorie les accidents relativement légers : élévation de température, souvent considérable, mais de peu de durée, sans trouble notable de l’état général, comme dans la fièvre aseptique (Volkmann). Les accidents plus sérieux sont marqués par un malaise général, l'abattement, la céphalalgie, l’inappétence et ce goût d'iodoforme qui obsède le malade.

L'auteur signale en outre une tristesse particulière, une tendance aux larmes qui semble être caractéristique du début des accidents; enfin une accélération du pouls qui devient petit, mou, dépressible.

Dans d’autres cas cette altération du pouls est considérable ; il bat à 150, 180 à la minute, il devient impossible à compter, et phénomène important à noter, la température ne s'élève pas ou presque pas. [l ne faudrait donc pas, ainsi dire que le fait remarquer Koœænig, s’en

(4) Zur Frage von der iodoform vergiftung (Centralblatt für chirurgie, 21 janvier 1882).

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