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CHAPITRE DEUXIÈME

Esquisse de la théorie

Lorsque la communication large artério-veineuse est réalisée, soit directement (anévrysme artério-veineux), soit indirectement (anévrysme cirsoïde), il résulte de ce seul fait une série de conséquences que je vais rapidement passer en revue.

On perçoit tout d'abord le frémissement vibratoire accompagné du souffle continu avec redoublement systolique, en un mot le thrill. Ce phénomène présente son maximum dans la région plus ou moins limitée où siège la communication anormale, mais il se perçoit en amont sur les artères afférentes, en aval sur les veines afférentes.

Le circuit comprenant les artères aboutissant au lieu de passage facile et les veines qui en partent, peut être considéré comme placé en dérivation sur le système circulatoire général. Or, dans celui-ci les résistances n’ont pas varié, dans celui-là elles ont diminué dans des proportions notables. IL en résultera fatalement que le débit sanguin par ce circuit sera considérablement augmenté; la quantité de sang ne croissant pas parallèlement, le reste de l'organisme sera relativement anémié.

L’afflax sanguin dilatera les artères afférentes, et cela progressivement jusqu'au cœur (l'anévrysme cirsoïde de la main

étend rapidement ses effets à l'humérale); les veines recevant du sang encore artériel et sous forte pression, se dilateront et s’artérialiseront suivant l'expression consacrée, et cela jusqu'à l'oreillette droite. Ces altérations vasculaires ont été attribuées au trouble de la circulation dans leurs vasa vasorum (r). La nutrition des parties environnantes subit des modifications qui se traduisent souvent par des troubles trophiques.

Si nous supposons qu'il existe au niveau du corps thyroïde un anévrysme cirsoide, tous les signes cervico-thyroïdiens de la maladie de Basedow sont expliqués de ce fait.

Le circuit dilaté et surabondamment irrigué comprendra les artères suivantes : l'aorte depuis le cœur jusqu'à l'émergence de la sous-clavière gauche, le tronc brachio-céphalique artériel, les deux sous-clavières et les deux thyroïdiennes inférieures, les carotides primitives, le commencement des carotides externes et les thyroïdiennes supérieures. Les veines afférentes seront toutes les veines thyroïdiennes, les jugulaires internes, les troncs brachiocéphaliques veineux et la veine cave supérieure.

Tous les autres vaisseaux de l'économie verront diminuer la quantité de sang à laquelle ils livrent passage; tous les organes, sauf le corps thyroïde, seront insuffisamment irrigués.

On m'objectera peut-être que M. F. Franck a trouvé la pression sanguine normale dans la radiale au cours de la maladie de Basedow (2). Mais pression et quantité de sang ne sont pas synonymes. Trois facteurs se réunissent pour donner la pression : ce sont la force de contraction du cœur, la quantité de sang chassée à chaque systole, enfin la réaction de la paroi artérielle.

Nous avons vu qu'il y avait dans la maladie de Basedow une excitation du sympathique cervical. Cette excitation ne pourraitelle pas être la conséquence des modifications vasculaires? Il

suflit de jeter les yeux sur une figure représentant les vaisseaux

(1) Quénu. — Traité de chirurgie, t, [. 1890. Art. Angiome, p. 88 (en note). (2) In thèse de Marie, p. 36.

de la région et leurs rapports avec la chaîne et les rameaux du sympathique pour que cette idée paraïisse vraisemblable à priori. En supposant ces vaisseaux dilatés, multipliés, frémissants, on voit que les nerfs seront englobés dans un véritable peloton vasculaire ; ils baignent en quelque sorte au milieu d’un torrent sanguin.

Si l'excitation a lieu, nous retrouvons le tableau de la maladie de Basedow dans ses grandes lignes.

1l y manque bien des choses, dira-t-on. Ce n’est pas sûr. Nous avons vu que du seul fait de l’afflux sanguin exagéré vers le corps thyroïde tout le reste de l'organisme était relativement anémié. Je ferai remarquer en outre que le sympathique cervical est vaso-constricteur pour les artères cérébrales. Nous aurons donc pour le cerveau une double cause d’anémie. Or dans les centres nerveux l'anémie qui, poussée à l'extrême, aboutit à l’inexcitabilité, détermine d'habitude l'hyperexcitabilité.

Dans les symptômes de l’anémie cérébrale on trouve notés, pour la forme aiguë : vertiges, tremblement des membres, nausées, vomissements, mouvements convulsifs parfois épileptiformes ; pour la forme chronique : céphalée, insomnie, irritabilité, impressionnabilité, parfois accès épileptiques et délire maniaque (1). C'est à cette cause que l’on attribue d'habitude l’excitabilité des chlorotiques.

Outre la faible quantité de sang que reçoit le cerveau, le rythme sous lequel est lancé ce sang diffère suffisamment du rythme habituel pour qu'il en résulte quelques troubles fonctionnels. Ë

La moelle, insuflisamment irriguée, pourra fort bien traduire ce fait sous forme de parésie des membres inférieurs, de dérobement des jambes. L’aménorrhée s’expliquerait assez bien par la seule anémie.

(1) V. Brissaud. — Traité de médecine, art Anémie cérébrale, t. VI, p. 132, 1804.

tire

Il ne faut pas perdre de vue qu'il y a encore dans le sympathique cervical des fibres excito-sudorales, des vasomoteurs hépatiques. Mais leur distribution n’est pas assez connue pour que j'insiste longuement.

Il me suflit pour le moment d’avoir montré que le syndrôme tout entier pourrait être expliqué comme je l'ai fait.

Quelque chose d'analogue à un anévrysme cirsoïde dilate les vaisseaux thyroidiens et y modifie la circulation. On conçoit que ces vaisseaux, élant en rapports intimes avec le sympathique cervical, arrivent à l'exciter; le tableau clinique est réalisé.

Voilà la conception dans ses lignes générales. Je vais dans les chapitres suivants essayer de préciser le mode et le lieu d’excitation du sympathique, puis chercher s’il existe dans la pathologie thyroïdienne quelque chose d’analogue à un ané-

vrysme cirsoide.

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