‹ Le Goître Exophtalmique: Interprétation NouvelleChapitre 21 sur 31 · EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE

20 septembre 1895. Chien noir de 15 kilos.

A 10 heures 1/2 injection sous-cutanée de quinze centigrammes de chlorydrate de morphine. Avant l'injection le pouls variait de 120 à 136. ;

11 heures 15. — L’animal est chloroformé et fixé sur la table à expériences, puis savonné et rasé.

Incision cutanée de 10 cm. sur le trajet de l'artère axillaire, commençant à la base du cou et finissant au niveau du bord inférieur du grand pectoral.

Section du grand pectoral, du petit pectoral et d’une autre lame musculaire qui cache encore le paquet vasculo-nerveux et qui répond probablement au grand dorsal.

La patte (droite) se laisse alors considérablement écarter et les vaisseaux sont abordables sur une étenduc assez grande.

Dénudation soigneuse de l'artère et de la veine. Trois fils de soie sont placés sous chacun des vaisseaux : celui qui était le plus près du cœur devait servir à soulever le vaisseau en y empêchant le cours du sang, le moyen, à lier le vaisseau sur le tube anastomotique, le plus éloigné à lier le bout périphérique.

Le bout périphérique de la veine étant lié et le bout central soulevé par l’anse de fil, je fais sur le segment intermédiaire une incision d’un coup de ciseaux, j'y introduis un des bouts du tube et je lie sur lui le vaisseau.

Je procède de même sur l'artère.

Rien ne passe encore, Je fais compter à ce moment le pouls de la fémorale. I1 y a 48 pulsations à la minute (la morphine ralentit et

régularise le pouls).

s Riche. — 5.

Go

Puis mon aide lâche les deux anses qui soulevaient l’artère et la veine.

Le sang passe à travers le tube et l’on perçoit au niveau des vaisseaux, au bout d’une pince même qui tient le tube, un frémissement d’une netteté admirable. |

Aussitôt le passage établi le pouls est compté de nouveau. Il ya 60 pulsations au lieu de 48.

Les muscles sont suturés par dessus le tube. La peau est réunie et recouverte de collodion.

Le pouls repris à quelques minutes d’intervalle reste au même chiffre. L’animal est reporté dans sa niche.

21 septembre. — Le chien remue la queue et n’est pas très abattu. P. 180.

22 septembre. — Le chien est beaucoup plus abattu. P. 148.

24 septembre. — Les bords de la plaie sont sphacélés. Animal très abattu. P. 148.

25 septembre. — La plaie est largement désunie, l’état général est

meilleur. P, 140. On peut se rendre compte que le frémissement n'existe plus. :

L'expérience peut donc être considérée comme terminée. À aucun moment il n’y a eu ni exophtalmie, ni dilatation pupillaire. L'animal guérit, le tube était tombé.

Que pouvait-on conclure de cette expérience ? Tout d'abord que le frémissement vibratoire de la sous-clavière n’est pas suffisant à produire l’exophtalmie par excitation mécanique de l’anse de Vieussens, tant que les vaisseaux n’ont pas subi de modification de ealibre. Y suffit-il lorsque les vaisseaux sont dilatés ? Je n’en puis rien dire.

Au point de vue de la tachycardie l'expérience est-elle concluante, Avant la communication artério-veineuse le pouls était à 48; immédiatement après à 60.

Avant l'expérience le pouls ne dépassait pas 136; le lendemain il était à 180.

Il est vrai de dire que le chien a certainement été fébrile après l'opération. Mais il était certainement plus malade le 22 septembre, où le pouls était à 148, que le 21, où il battait 180.

Je crois que la communication artério-veineuse a duré

24 heures ; quoiqu'elle semble avoir produit de la tachycardie,

ep

je dirais volontiers : le frémissement vibratoire d’une sousclavière non dilatée est insuffisant à exciter d’une façon incontestable l’anse de Vieussens.

Peut-être y arrive-t-il lorsque le calibre de l'artère est augmenté. Mais alors cette excitation doit se retrouver dans les cas d’anévrysne cirsoïde de la main, ce qui n’est pas impossible, quoique cela n'ait pas été noté.

En présence des rapports intimes que présentent avec la sousclavière les ganglions cervical inférieur et premier thoracique, on pourrait encore concevoir que les conditions de nutrition de ces ganglions fussent modifiées au contact du vaisseau.

Et puis, est-il nécessaire que l'excitation soit produite du fait de la sous-clavière ?

Je ne le crois pas. Les vasa-vasorum (1) artériels du cordon cervical sont fournis pour sa partie inférieure par l'artère thyroïdienne inférieure, pour sa partie supérieure par la thyroïdienne supérieure, Les veinules gagnent les veines thyroidiennes supérieures et inférieures; un certain nombre se terminent dans le réseau des vasa-vasorum de la carotide primitive. Tous ces vaisseaux partent donc des artères et aboutissent aux veines dont la circulation serait troublée par la communication artério-veineuse au niveau du corps thyroïde. Si les modifications du cours du sang dans les vasa-vasorum sont capables d'amener l’altération de la structure des vaisseaux, pourquoi n’en serait-il pas de même en ce qui regarde les nerfs ? Il est fort possible qu'il y ait là une cause d’excitation du sympathique.

Mais les recherches bibliographiques auxquelles je me suis livré m'ont permis de trouver un lieu possible d’excitation du sympathique qui serait beaucoup plus précis.

Il s’agit cette fois des rapports de l'artère thyroïdienne inférieure avec le sympathique cervical. « Le cordon peut être

(1) Quénu et Lejars. — Études sur le système circulatoire, Paris, 1894, p. 73 et 89.

devant ou derrière l'artère, plus souvent devant. Il n'est. pas rare qu'il se partage au-dessus de l'artère en deux. branches qui peuvent se réunir au-dessous. Ainsi est formée une boutonnière qui peut être si étroite que l'artère la remplit presque complètement. Si l’on se figure cette boutonnière comme une simple fente dans le tronc, une forte dilatation de l'artère thyroïdienne inférieure peut l’élargir sans notable excitation des fibres nerveuses. Mais lorsqu'il y a un ganglion cervical moyen ou thyroïdien, il arrive qu'une partie de ce ganglion soit audessus, l’autre au-dessous de l'artère. Ces portions de ganglion sont alors unies par deux rameaux courts, assez résistants, entre lesquels l'artère trouve précisément passage. Devant la description de cette disposition anatomique, la question se pose d'ellemême de savoir si dans le goîlre une dilatation du vaisseau est possible sans retentissement sur la fonction du sympathique.

« Les symptômes cardiaques observés chez les goîtreux, les phénomènes d'asthme tenant à la même cause, la production de symptômes cardio-pulmonaires chez les femmes pendant la menstruation qui doit produire une dilatation des vaisseaux thyroïdiens, des paralysies cardiaques subites peuvent peut-être s'expliquer par ce rapport anatomique du cordon sympathique avec l'artère thyroïdienne inférieure. La preuve certaine que ces accidents du goître signalés plus haut se produisent de cette façon ne peut être fournie que par un examen fait dans ce sens dans les cas s’y prêtant (1). »

Je fais remarquer que l’auteur n’a pas songé à la maladie de Basedow.

Il ajoute que la disposition en question est plus fréquente que celle indiquée par Luschka et Sappey (l'artère devant le tronc).

De plus « le second rameau cardiaque naît le plus souvent

(1) Drobnik. — Topographisch-anatomische Studien über den Halssympa-

thieus. Mit besonderer Rücksicht auf das Terrain der Kropfoperationen, Archiv für Anatomie und Entwickelungsgeschichte, 1887, p. 349.

non loin du point de croisement; à la hauteur du vaisseau il n'est pas encore loin du tronc. Même lorsqu'il naît plus près du ganglion supérieur il présente le plus souvent avec l'artère les mêmes rapports que le tronc auprès duquel il reste jusqu’audessous d'elle. IL passe donc très souvent devant l'artère. Le premier rameau cardiaque passe parfois devant, plus souvent

derrière, parfois aussi entre ses deux branches, »

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