CHAPITRE QUATRIEME
Le goître vasculaire.
De l'examen pathogénique des symptômes j'avais conelu que le corps thyroïde devait être le siège d’un processus analogue à l’anévrysme cirsoïde.
La présence d’une production de ce genre n'aurait rien d’extraordinaire au niveau du corps thyroïde. Au début d'un anévrysme cirsoïde il y a un angiome; or il est connu que les angiomes ont une prédilection marquée pour la région des anciennes rainures branchiales (angiomes fissuraux de Virchow) ; le corps thyroïde ne se développe-t-il pas en grande partie aux dépens de la quatrième rainure branchiale ?
La transformation de l’angiome en anévrysme cirsoïde se fait sous des influences encores mal connues, mais au nombre desquelles il faut compter, outre les traumatismes, les maladies infectieuses et les poussées congestives. Le corps thyroïde réagit aux infections, il est le siège de congestions au moment de la puberté, de la menstruation, de la défloration, de la grossesse. L’angiome thyroïdien, s’il existe, sera donc bien placé pour dégénérer.
Quoi qu'il en soit, on ne décrit ni l'anévrysme cirsoïde ni l’angiome du corps thyroïde.
Pourtant, presque tous les auteurs qui se sont occupés de
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la maladie de Basedow ont eu sous la plume le mot d'anévrysme cirsoïide soit dans leur description clinique, soit au chapitre de l'anatomie pathologique.
Trousseau nous dit textuellement : « Or, dans le cas de goître exophtalmique, les artères thyroïdiennes augmentent de diamètre, deviennent flexueuses, leurs extrémités et leurs branches prennent un grand développement, leurs anastomoses semblent se multiplier, ainsi que l'ont constaté Basedow, Stokes et Hirsch. Ce développement exagéré du système artériel rappelle la dilatation vasculaire à laquelle on donne le nom d’anévrysme ctrsoide, et rend parfaitement compte des bruits de souffle perçus au niveau de la tumeur et du mouvement d'expansion éprouvé par la main qui saisit le corps thyroïde, mouvement dû à la dilatation des branches et des rameaux des artères thyroïdiennes (1) ».
Je trouve dans l'article de M. Rendu : « Ce qui domine, c’est l'hypérémie vasculaire qui transforme la glande en une sorte de tissu spongieux analogue à du tissu érectile. Cette comparaison avait été déjà faite par Graves qui avait reconnu que les artères étaient dilatées et sinueuses comme dans les anévrysmes cirsoides (2) ».
C’est ensuite Grasset : « D'abord les artères, dilatées, sinueuses, présentent de larges anastomoses, comme dans les anéyrysmes cirsoïdes (3) ».
Laveran et Teissier : « de telle façon que la tumeur a pu en imposer pour un véritable anévrysme cirsoïde (4) ».
J'en pourrais citer ainsi une foule d’autres.
Mais en dehors du goïtre exophtalmique n'existe-t-il pas de tumeur vasculaire de ce genre dans la pathologie thyroïdienne”?
(1) Trousseau. — Loco citato, p. 579.
(2) Rendu. — Loco citato, p. 599.
(3) Grasset. — Traité pratique des maladies du système nerveux, 3° éd. 1885, p. 734.
(4) Laveran et Tessier. — Nouv. élém. de pathol. médicale, 1880, II,
Certains sarcomes pourraient reproduire jusqu’à un certain point le tableau du goître basedowien.
Mais il y a une forme connue de goïtre qui lui ressemble trait pour trait. Qu'on lui surajoute l'excitation du sympathique et la maladie de Basedow sera complète. Je veux parler du goître anévrysmatique de Ph, von Walther (1), l'une des quatre formes de goître que reconnaissajt cet auteur (anévrysmal, lymphatique, squirrheux et inflammatoire), l'une des deux formes primitives qu'admettait Ecker (2), (vasculaire et glandulaire). Walther disait « ce ne sont pas les artères seules, mais encore les veines et les capillaires qui sont ici dilatés » et ailleurs «un gros goître est un véritable peloton de vaisseaux dilatés de toute nature. »
Ce goitre ressemble donc anatomiquement à une tumeur cirsoïde ; nous allons voir que cliniquemeut, il lui ressemble aussi, en même temps qu'au goître basedowien.
Wœlfler (3) lui donne comme caractère de se laisser exprimer partiellement ou totalement comme une éponge, de présenter des pulsations visibles, du souffle à l’auscultation, du frémisseà la palpation.
Krishaber (4) s'exprime ainsi à propos de ce goître « Parfois les rameaux anastomotiques sont eux-mêmes dilatés irrégulièrement et il se forme ainsi un véritable tissu spongieux érectile qui rappelle celui de l'anévrysme cirsoïde. » Et quelques pages plus loin : « La main appliquée à sa surface perçoit des battements qui incommodent le malade et qui s’accompagnent de mouvements d'expansion correspondant à la diastole artérielle. ….
(x) Ph. von Walther. — Neue Heilart des Kropfes Sulzbach, 1817. — (Ce livre cité partout, n'existe pas à la bibliothèque de la Faculté).
(2) Ecker. — Henle und Pfeufer’s Archiv für ration. Medecin., t. VI, p.123, 1849.
(3) Woælfler. — Zur chirurgischen Anatomie und Pathologie des Kropfes
und Nebenkropfes. Archiv fur Klin. Chirurgie, t. LX, p. 169, 1890. (4) Krishaber.— Article goiître du Dictionnaire encyel. des se. méd., 4° sér , L'ALSRp 2180 1009)
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L'auscultation y fait reconnaître l'existence d'un bruit de souffle intermittent unique ou double qui était analogue dans un cas de Nélaton au souffle utérin. »
Je pourrais citer des descriptions analogues de Nélaton (r), Peyrot (2), A. Broca (3).
Dans une observation de M. le professeur Tillaux, je trouve noté : « Frémissement perçu à la palpation, sorte de vibration, de thrill intermittent des deux côtés, principalement du côté droit » (4).
Ce goiître vasculaire est-il une forme du goitre vulgaire ou s'agit-il d’un angiome auquel le processus goitrigène a donné un coup de fouet? Je n’en ai cure; mais ce qu'il y a de certain, c'est que celte forme se rencontre dans les épidémies de goître ordinaire.
« La grande masse des goitres pulsatiles ne sont sans doute pas des anévrysmes au sens propre du mot, quoiqu'on y observe ie complexus symptomatique habituel des anévrysmes, pulsations, réductibilité, souflles. » Ainsi s'exprime Lücke (5). Pour lui, ce genre de goitre survient de préférence, peut-être exclusivement, chez les jeunes. Sur 244 écoliers examinés au cours d'une épidémie, 94 étaient atteints de goître et 10 de ces goîtres étaient pulsatiles. Il ne voit pas de rapport entre ces goîtres et la maladie de Basedow, quoique dans un des cas, il soit noté que les yeux étaient devenus brillants.
Dans les cas même qui ne sont pas décrits comme goitres anévrysmatiques, nous trouvons du tissu caverneux, sinon l'aspect cirsoïde.
Le fait est fréquent dans le goître congénital. C’est la deuxième
{1} Nélaton. — Éléments de pathologie chirurgicale, 1854,t. III, p. 365.
(2) Peyrot. — Traité dit des quatre agrégés, t. IIT, p. 218, 1887.
(3) A. Broca. — Traité de chirurgie, t. V, p. 618, 189t.
(4) In Piot. — Du goitre endémique. Chambéry, 1883.
(5) Lücke. — Ueber Struma pulsans acuta.— Deutsche Zeitschrift f. Chir., Lee LE de 1e