‹ Le GonocoqueChapitre 21 sur 54 · III. — COLORANTS ET COLORATIONS · texte numérisé non relu

III. — COLORANTS ET COLORATIONS

1° Colorants

On se sert de diverses couleurs d’aniline ; ce qu’il ÿ a d’important, c’est de les employer en solutions aqueuses. Les solutions alcooliques ont le très réel et très grave inconvénient de contracter les bactéries, comme du reste les autres éléments anatomiques, et d'en rendre ainsi la recherche plus ardue et l'étude plus difficile. Une façon commode de fabriquer une solution aqueuse consiste à mettre une goutte de solution alcoolique dans un grand verre de montre rempli d'eau distillée; mais ce procédé facile donne, somme toute, une solution hydro-alcoolique et il vaut mieux employer une solution entièrement aqueuse. Pour avoir un liquide tel et toujours propre au moment de m'en servir, voici le dispositif que j'emploie : je prends un petit entonnoir èt lui fais traverser à frottement dur le bouchon de liège d'un flacon de 120 grammmes ; cet entonnoir reçoit un filtre dans lequel je mets la matière coloranté en poudre ; un chapeau de carton protège le tout de la poussière ; je verse ensuite dans l’entonnoir de l’eau distillée qui filtre et coule dans le flacon en se chargeant de matière colorante sur laquelle je la fais passer quatre à cinq fois; ma solution étant ainsi saturée, lorsque je veux m'en servir, j'enlève le bouchon-entonnoir et j'y verse le liquidé du flacon que je rebouclie ensuite incomplètement ce qui permet au liquide de filtrer; je reçois enfin sur ma lame une goutte que je recueille à lextrémité terminale de l’entonnoir. Grâce à cet appareil, beaucoup plus simple à fabriquer et à : employer qu’à décrire, je possède unliquide, toujours très lim= pide et à saturation, sans avoir les désagréments de ces dépôts boueux qu'ilest si difficile d'éviter après un certain temps

CES | dans les flacons contenant des colorants aniliques en solutions saturées. |

Pour les préparations qu'on veut conserver, on est obligé d'employer l'alcool comme déshydratant, et alors on peut se servir sans inconvénient des solutions alcooliques.

Les couleurs les plus employées en solutions alcooliques sont la fuchsine, le bleu de méthylène, le violet de méthyle et le violet de gentiane. Les auteurs recommandent surtout les deux premières pour les solutions aqueuses : avec NEISSER, ARNING, KRATTER, d’autres, c’est au bleu de méthylène que je donne la préférence, car celui que je possède donne des solutions aqueuses très belles et très foncées, tandis que la fuchsine ne m'a donné avec l’eau qu’un colorant clair et impropre à colorer les bactéries.

Pour les doubles colorations, j'emploie la vésuvine en solution aqueuse ou hydroglycérique (parties égales d’eau et de glycérine) à 1 pour 100; cette dernière se conserve mieux, mais il faut préférer la première pour les préparations à conserver.

Dans un cas, en recherchant des spermatozoïdes, j'ai fortuitement obtenu une très belle coloration, avec la glycérine éosinée à 1 pour 100, de diplocoques qui bourrajent toutes les cellules épithéliales : les bactéries se détachaient très nettement en brun foncé sur le rose pâle des éléments cellulaires.

2° Coloration directe

Examen élémentaire : étendre délicatement sur une lame la sécrétion suspecte, dessécher modérément à la lampe à alcool, colorer avec une solution aqueuse de bleu de méthylène, laver et examiner dans une goutte d’eau.

=. C0 Cette méthode exclut déjà un certain nombre de microbes qui demandent pour se colorer des moyens moins rudimentaires.

3° Méthode de Gram-Roux.

En 1886, G. Roux (1) avait proposé d’appliquer la méthode de Gram au diagnostic du gonocoque. Mais on a prétendu depuis que tous les microcoques étaient décolorés par le Gram, que ce n’était qu'une affaire de temps. C’est précisément ce temps que M. Ho (2) propose d'évaluer pour préciser la méthode Gram-Roux. Et, en effet, selon la remarque de LEGRAIN (3), le protoplasma, puis les noyaux, se décolorent les premiers, ensuite le gonocoque, enfin, bien plus tard, la majorité des microorganismes ; on doit donc, pour arrêter l'opération, saisir le moment où, les gonocoques étant déco-

‘Jorés, les saprophytes ne le sont pas encore. Or, en laissant séjourner la préparation trois minutes dans le Gram, on décolorera sûrement le gonocoque, tandis que le streptocoque, par exemple, restera coloré après dix minutes d'immersion dans le même liquide.

Mais 1] faut reconnaître que, même avec ce perfectionnement, la méthode de Gram-Roux, bien qu'éliminant grand nombre de microbes, n’est pas, comme l'avait voulu son auteur, un signe pathognomonique du gonococcus, car nous. verrons d’autres microorganismes être également décolorés.

Depuis l'apparition de la méthode de Steinschneider, Roux a perfectionné sa technique ét fait maintenant la double coloration avec l'éosine.

(1) Roux, Comm. à l’Acad. des sciences, 8 novembre 1886, n° 126. (2) Hogge, loco citato, n° 345.

(3) Legrain, loco citato, n° 181.

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4° Procédé de Steinschneider

« Une réaction différentielle certaine ne serait possible, écrit LEGRAIN (1), qu'avec un procédé permettant de donner aux gonocoques une teinte spéciale après avoir coloré les autres microbes du pus uréthral par la méthode de Gram. Aucune réaction réunissant ces conditions n'a encore été proposée. » Cette réaction, réclamée par Legrain, fut trouvée par STEINSCHNEIDER ; mais, comme le Gram, dont elle n’est aussi qu'une modification, elle comporte aussi une certaine somme d’erreur, comme nous le verrons plus loin. Voici le mode opératoire: après avoir employé la méthode de Gram- Roux précisée, on lave très soigneusement sa préparation pour terminer par une double coloration dans la vésuvine.

On obtient ainsi un fond de préparation brun clair, sur lequel le gonocoque se délache en brun foncé, et les autres microorganismes en rouge, bleu ou violet, selon la première couleur employée.

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