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2 Le gonocoque dans l'organisme (Anatomie pathologique).

La blennorrhagie n'étant pas une maladie mortelle, on n’a, en fait d'autopsiés, que celles de sujets morts d’affections diverses, se trouvant porteurs d’une blennorrhagie ; et alors, ce sont généralement des cas de blennorrhagie chronique, car il est absolument rare qu'un sujet meure possesseur d’une infection gonococcienne aiguë.

Nous avons le cas de BockHaART (1), qui, douteux comme blennorrhagie rénalé, peut être accepté comme blennorrhagie uréthrale : la portion prostatique de l’urèthre paraissait intacte, mais la portion pénienne était très enflammée ; la muqueuse uüréthrale et le tissu adjacent étaient infiltrés de leu- cocytes, même dans la portion prostatique, qui macroscopiquement, paraissait saine ; tous ces leucocytes étaient bourrés ‘de gonocoques.

FixGer (2) base son travail sur l’autopsie de onze sujets ayant de l’uréthrite chronique postérieure; le tissu conjonctif sous-épithélial était enflammé ; on trouvait tantôt une première phase d'infiltration et de néoplasie conjonctive, tantôt une deuxième phase d'organisation et de sclérose cicatricielle. Les lésions portaient surtout sur la couche superficielle sous-épithéliale, mais le processus gagnait parfois aussi les glandes de l’urèthre, l'utricule prostatique, la prostate, les canaux éjaculateurs. Les épithélium de ces organes étaient en desquammation et en prolifération catarrhale, et même nécrosés en certains points; le tissu conjonctif interstitiel était infiltré autour des glandes et des acini. A la fin de l'évolution du processus, l’épithélium cylindrique de l'urèthre postérieur devenait plat et perdait ses lacunes et glandes ; parfois

(1) Bockhart, loco citato, n° 59.

(2) Finger, Archiv f. Derm. und Syph., 1892, t. XV, 1, no 327.

même il y avait oblitération de l’utricule et des canaux éjaculateurs.

3 Pathogénie et processus (Physiologie pathologique)

Les données précédentes vont-elles nous permettre de comprendre la pathogénie de l’uréthrite blennorrhagique ? Essayons. Qu'ont dit les auteurs ?

WELANDER (1) trouve le lendemain de l'infection des gonocoques, nombreux sur les cellules épithéliales, rares sur les. leucocytes. L'attaque des cellules épithéliales (période superficielle, où l’on peut faire avorter le mal) précéderait donc invasion des lymphatiques (période profonde, irrépressible). La clinique confirme cette façon de voir.

Max BockHaRT (2?) conclut que le gonocoque se multiplie d’abord à la surface de lépithélium, pénètre ensuite entre les cellules épithéliales qu'il dissocie (élimination), et arrive sous lépithélinm dix heures après l'infection, jusque-là la muqueuse sécrète un liquide transparent contenant des cellules épithéliales dissociées et des gonocoques libres ; alors survient la phagocytose, et les leucocytes apparaissent dans le liquide uréthral, devenu ainsi purulent ; ils sont d'abord mélangés aux cellules épithéliales et les gonocoques sont surtout ‘à la surface de ces deux éléments cellulaires, qu’ils pénètrent ensuite. Donc, même théorie que Welander, légèrement modifiée.

LEGRAIN (3) trouve au début les gonocoques dans les cellules épithéliales, mais ils n’y sont plus dès le second jour et vont alors pulluler dans les leucocytes ; à la phase subaiguë, les cellules épithéliales reparaîtraient, mais sans gono-

- (1) Welander, loco citato, n° "72.

(2) Bockhart, loco citalo, n° 127, (3) Legrain, Archives de physiologie, 1887, n° 6, n° 146.

AE, el coques ; à la phase chronique, les cellules épithéliales resteraient seules, ayant des gonocoques à leur surface et dans jeur intérieur ; en sorte que les phénomènes évolueraient deux fois, la seconde dans l’ordre inverse de la première, constituant ainsi une courbe d’un nouveau genre. En cas de recru- . descence, les leucocytes reparaîtraient, mais les gonocoques resteraient cantonnés sur les cellules épithéliales. Dans les cas aigus, protoplasma et noyau seraient envahis; mais dans les cas anciens, les éléments seraient moins altérés, « comme si la nocivité microbienne était en partie épuisée.

ORGEL (1), infirmant les travaux de ses devanciers, nie l'influence de la période de l’écoulement sur les relations du gonocoque avec les éléments du pus. Examinant des malades, après une miction ou un lavage, il trouve les gonocoques hors . des éléments figurés ; ils ont peut-être fait éclater la cellule ; mais, immédiatement avant le lavage ou la miction, il trouve les gonocoques intercellulaires, etimmédiatement après il les trouve libres, ils n’ont pas eu en ces quelques minutes le temps de se développer pour rompre leurs enveloppes cellulaires. Il conclut que le gonocoque ne pénètre les leucocytes que dans l’urèthre, à la surface de la muqueuse, et non dans son épaisseur. Et, en effet, faisant des examens répétés sur trois malades, après un lavage ou une miction, il voit le pus reprendre peu à peu ses caractères, les gonocoques:étant d’abord libres, puis d'autant plus intracellulaires qu'on s'éloigne du moment du lavage ou de la miction.

Comment concilier des opinions aussi diverses ?

Pour moi, j’admets la thèse générale de WELANDER, Bo- CKHART et LEGRAIN, basée sur leurs propres observations, basée également sur les 12 autopsies que nous possédons,

(1) Orcel, loco citato, n° 158.

ACTA 0 Ve doës (sauf un de BockHaur) à FiNGEn, et légèrement mo-

dernisée.

Le gonocoque arrive dans l’urèthre et attaque Pépithélium :

celui-ci, nécrosé par Je poison bactérien, désagrégé par la

pénétration intercellulaire des microbes, se desquamme d’une

façon plus ou moins marquée et constitue une part de cette __mucosité des premiers jours où le microscope nous décèle en

effet des éléments épithéliaux altérés et porteurs de gonoco-

ques. Mais l'organisme attaqué va se défendre : aux hordes de gonocoques il oppose des légions de leucocytes qui, en

raison de leur pouvoir chimiotaxique où tout autre, arrivent

en foule sur le point menacé, et il se livré un combat sous-

5 uqueux dans | lequel succombent de nombreux leucocytes qui

sont alors éliminés, mais qui entraînent dans leur élimination

SE quantité de microbes dont ils débarrassent ainsi lorganisme ;

- à cette période, la lutte étant sous-muqueuse, tout remède

échouera, le mal sera irrépressible. La perte en leucocytes,

étant très forte, doit certainement s'ajouter à l'intoxication

par les toxines pour amener les phénomènes généraux qui

: apparaissent parfois. Au bout d’un certain temps, les leuco-

cytes, se renouvelant sans cesse, finissent par se rendre mai- — tres de la couche sous-muqueuse, et les microbes sont rejetés

dans l’arèthre : à cette période chronique on même subaiguë, …

de gonocoque est, tout comme un vulgaire saprophyte, nu üé

sur Pépithéli ium où les topiques pourront aller atteindre. - Et c'est dans cette phase subaiguë qu'ont été faites les

&e expériences d'OrceL : les leucocytes pénétrant dans le canal del’urèthre pour en chasser les derniers gonocoques, 0n Comi prend l'influence d'un lavage ou d’une miction, et les faits de

J'expérimentateur lyonnais, loin de combattre l'hypothèse g'é-

nérale, comme il le prétend, viennent au contraire la confirmer.

Mais ces leucocytes longtemps stationnés, et, pour continuer notre comparaison, en faction derrière l’épithélium, s’y

ÉÉHO DS organisent et y causent ces scléroses conjonctives, signalées par Finger dans ses autopsies, et qui peuvent parfois amener des rétrécissements.

4° Origine du gonocoque (Étiologie)

Les maladies infectieuses appartiennent à deux groupes principaux : les unes, comme la malaria, le choléra, la fièvre jaune, sont causées par un microorganisme venu du dehors; d'autres sont dues à une bactérie qui se trouve à l'état normal dans l'organisme où elle vit paisiblement et honnêtement, mais qui, sous l'influence de circonstances inconnues, peut subitement devenir pathogène et causer des états morbides parfois redoutables : c’est ainsi que le pneumocoque de Frænkel et Taiamon, qui, à l’état de santé, vit paisible et ignoré dans les recoins obscurs de notre cavité buccale, devient, sans qu'on sache ni comment ni pourquoi, la cause de la pneumonie franche.

On a voulu généraliser : actuellement plusieurs auteurs essaient de prouver l'identité du bacille d’Eberth, cause de la fièvre typhoïde, avec le bacille du côlon, vulgaire saprophyte de l'intestin. De même, on a prétendu que le gonocoque n’était qu’une des nombreuses bactéries vivant normale- ! ment à la surface de l’urèthre, et M. ERAUD, qui dès ses premiers écrits apparaissait comme un défenseur de cette manière de voir, s’est, depuis, nettement déclaré champion de cette idée.

Je me garderai de nier cette opinion à priori, etelle ne peut être jugée dans l’état actuel de la bactériologie; qui nous dit, en effet, que le gonocoque n’est pas un saprophyte banal devenu gonocoque en changeant de caractère ? Mais, ce qu'il y d’important pour nous, c’est qu’au point de vue du diagnostic on ne peut confondre le gonocoque avec aucune des bac-

ER dr

téries banales de l’urèthre, et M. Eraun est bien obligé de le reconnaître. Or, bien que nous ayons actuellement besoin d’un grand travail de révision sur la bactériologie normale de l’urèthre, les travaux sur ce sujet de BuMm, LUSTGARTEN et MANNABERG, LEGRAIN, nous permettent de croire que les saprophytes de l’urèthre sont tous connus.

Donc nous réservons la question de l’origine du gonocoque ; nous affirmons seulement qu'aucun microbe banal de l’urêthre n’a les mêmes caractères, c’est-à-dire que, s’il existe à l’état normal dans l'urèthre, il n’y à pas les mêmes caractères qu’à l’état pathologique.

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