‹ Le goudron végétal et sa pharmacologieChapitre 5 sur 15 · TOUL · texte numérisé non relu

TOUL

coupe de longueur à peu près égale et, après les avoir laissé

sécher pendant un an, on les dispose symétriquement dans

une fosse creusée en terre et de forme conique. Au-dessus etsur la base du premier cône ainsi formé, on en élève un second avec du bois débité en bûchettes, en ayant soin de

laisser, au centre des deux cônes, une cheminée d’appel. On

recouvre le cône supérieur de gazon et de terreau et on allume ie feu par la cheminée d'appel. Grâce à cette disposition (qui ressemble fort au procédé des forêts pour l'obtention du charbon de bois de chêne), la combustion ne se fait que lentement. Les produits se rendent dans la partie basse du cône inférieur et de là, par un canal ad hoc, se réunissent dans un réservoir placé plus bas. A la fin de l’opération, les bûchettes sont transformées en un charbon léger, très combustible et très propice à allumer les charbons végétaux plus denses comme celui de chêne ou les charbons fossiles. Le goudron est livré au commerce renfermé dans des tonnelets de bois de pin que l’on nomme gonnes dans le commerce.

Thomas et Laurens ont proposé la vapeur d’eau surchauffée à 300° pour l'extraction du goudron. J'ignore si leur procédé à jamais été mis en pratique.

? AW. — Composition du Goudromn.

On comprend facilement que,vu son mode de production, la composition du goudron végétal doit être d’une variabilité extrême; elle change selon la nature des bois employés, selon le mode opératoire suivi et la température à laquelle Popération a lieu, etc.

Le goudron provenant de la distillation du bois en vase clos diffère sensiblement de celui que l’on obtient par la carbonisation ; le premier est noir, assez liquide, doué d’une odeur

AU analogue à celle du goudron de houille; il renferme beaucoup de naphtaline etlaisse à la distillation un résidu fusible; le second est beaucoup moins coloré, presque sirupeux ; son odeur est moins âcre, il renferme de la paraffine et laisse à la distillation un résidu plastique.

D'une façon générale, lorsqu'on soumet le bois à la distllation, on obtient:

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La partie aqueuse se sépare rapidement des autres produits et constitue l’acide pyroligneux impur. Elle est formée surtout d'acide acétique et d'alcool méthylique, d’acétone, de mésite, de furfurol, et d’autres principes liquides très solubles dans l’eau et dans l’acide acétique. On y trouve aussi une petite quantité de pyrocatéchine.

Le goudron proprement dit (1) est formé d’une série homologue d'hydrocarbures liquides, à peine solubles dans l’eau, et comprenant: le toluène, le xylène, le cumène, le méthol. Indépendamment de tous ces corps bien définis, le goudron en contient plusieurs antres moins connus et imparfaitement isolés, tels que le capnomor, l’eupionne, l’assamar, ete. Reichenbach en a signalé certains autres qu’il nomme picamare, cédrirète, pittacalle, et dont la nature chimique paraît fort problématique. Le goudron végétal de pin contient beaucoup moins de eréosote que le goudron de hêtre que nous verrons plus loin.

Tel qu’il est obtenu dans la calcination du bois, le goudron végétal constitue une substance demi-liquide, brun foncé

(1) Dans les réservoirs où il est recueilli, Le goudron est surnagé par un liquide très fluide, brun, empyreumatique, nommé huile de goudron et qui, sous le nom

d'huile de cade, sert dans la médecine vétérinaire. Il ne faut pas le confondre avec l’huile de cade vraie, obtenue du bois de genévrier.

NT De ou noirâtre, à odeur particulière forte et tenace et à saveur âcre; privé d’eau et en couche mince, le goudron est transparent; dans certaines variétés, le microscope fait apercevoir des cristaux de pyrocatéchine, disséminés dans une masse visqueuse, noire et communiquant à ces goudrons un aspect granuleux. La réaction du goudron est acide. Il est aisément miscible avec l'alcool, l'acide acétique cristallisable, l’éther, le chloroforme, la benzine, les huiles fixes et volatiles, soluble dans les alcalis caustiques, insoluble dans l’eau.

Le goudron à, d’après Hessel, une densité d'environ 1,06, mais à une température élevée, il surnage l’eau. Abandonné à l’air libre en couche mince, il forme une croûte d’un brun

luisant, fortement adhérente au bois. Sous l'influence de la

chaleur, 1l se liquéfie. I bout à 87%, s’enflamme à 105° après 12 minutes d’ébullition. Il brûle avec une flamme fuligineuse, au milieu de laquelle on voit s'échapper de petites bulles enflammées.

L'eau qu'on agite avec le goudron lui enlève divers produits, prend une teinte jaunâtre claire, la saveur et l’odeur du goudron, et une réaction acide. Soumise à l’évaporation, cette solution se colore, laisse déposer des cristaux microscopiques etun résidu brun semblable au goudron. Le goudron épuisé par l’eau nerenferme plus de cristaux microscopiques.

J'ai signalé ci-dessus dans le goudron la présence de cristaux de pyrocatéchine; il est probable que les variétés qui n’en contiennent. pas en ont été débarrassées par un lavage préalable. L'eau de goudron en contient (1) et, comme il n’est pas impossible, selon la remarque de Flückiger et Hanbury,

(1) Voici les réactions qui permettent de s'assurer de la présence de la pyrocatéchine dans l’eau de goudron: sous l'influence du perchlorure de fer, la solution prend une coloration vert foncé qui passe au noir au bout de quelques instants, devient rouge par l'addition de potasse et finalement acquiert une magnifique coloration violette Tappelant celle d'une solution de permanganate alcalin. Les protosels de fer ne produisent aucune réaction. Quelques gouttes de chromale rouge de polasse produisent nne coloralion brunâtre.

nee que ce soit là le principe actif de cette eau, ilserait préférable d'employer les sortes granuleuses de goudron pour la préparer; cela ne paraît pas cependant avoir été l'opinion du Codex de 1866, puisqu'il recommandait de rejeter les premières eaux de lavage.

Un courant d’air, en traversant une solution de goudron dans la potasse, entraîne une substance volatile dont l'odeur rappelle celle des feuilles de pin froissées entre les doigts, tandis que la solution alcaline retient le principe odorant particulier du goudron. Lavapeur de goudron répandue dans une atmosphère limitée empêche le phosphore d'y émettre des vapeurs et de devenir lumineux dans l'obscurité (1). C’est sur ce phénomène qu'est basée la théorie du régime: respiratoire de Sales-Girons.

Lorsqu'on soumet le goudron à la distillation, on obtient de l’eau renfermant de l’acide acétique et divers alcaloïdes (ces derniers ne paraissent pas préexister dans le goudron

(1) Des expériences ont été faites par MM. Adrian et Deschamps (d’Avallon) pour éludier ce phénomène remarquable. En voici les résultats :

Si, à la température de 10°, on introduit un bâton de phosphore dans une cloche placée sur l’eau et contenant de l’air chargé des principes volatils du goudron, on observe qu'il ne se produit aucune phosphorescence et que l'oxygène de l'air n'est plus absorbé par le métalloïde. Si l’on vient ensuite à élever la (empérature de l’appartement où à chauffer l’appareil au bain-marie, le plosplhore commence à devenir lumineux vers 12°, l'ascension du liquide se fait jusqu'a absorption complète de l'oxygène etle phosphore finil même par s’enflammer si la température continue à s'élever.

Le goudron, comme les huiles siccalives, absorbe bien l'oxygène de l’air pour passer à l’état solide — la dessication des toiles et cordages goudronnés ne peut s'expliquer autrement — mais celte absorption est fort longue. Dans la premiére expérience, ce n’est donc pas que l’oxygène soit absorbé par le goudron et qu'il ne reste que de l'azote — la combustion ultérieure du phosphore en est aussi la preuve — mais bien que l’oxygène devient inactif tout en conservant loules ses propriélés physiques et chimiques ; qu'en un mot, ses propriétés sont rendues latentes par le seul effet de la dissémination du principe aromatique du goudron entre ses molécules.

Le goudron n’est d’ailleurs pas le seul à rendre le phosphore inactif ; les essences de menthe, de citron, de férébenthine, la benzine, l’éther, agissent de la même façon mais plus promptement (Journ. de phurm. et de chim. 1861).

végétal), puis une huile plus légère que l’eau; ensuite il passe une huile épaisse plus dense que l’eau.

L'huile légère bout de 70° à250° ; elle à une densité variant de 0,841 à 0,877; elle renferme un grand nombre de produits: de 70° à 100°, de l’acétate de méthyle, de l’acétone, de l'alcool méthylique, un peu de benzine; de 100° à 150°, de l’oxyde de mésityle, de la benzine, du toluène, du xylène; de 150 à 200, du cumène, d’autres hydrocarbures et diverses huiles oxygénées, phénol, crésol, etc.

L'huile lourde renferme quelques hydrocarbures plus légers que l’eau, de la créosote, du capnomore (?), du pyroxanthogène (?)(Wælkel).

Vers la fin de la distillation et à une température élevée, on obtient une certaine quantité de corps solides cristallisables dont le plus important est la paraffine. La naphtalène et l’anthracène se produisent aussi dans les mêmes circonstances. Dans un goudron, provenant d’Arkhangel, on «a découvertunautre hydrocarbure solide, la rétène.

Soumis à la distillation après l'addition d’un peu de potasse, le goudron a donné à Péraire, d’abord une portion bouillant à 70°, appelée far-oùl en Angleterre et résinone par Péraire et qui renferme surtout de l’acide pyroligneux et de l’eau ; ensuite, de 78° à 148°, la résinéone, ou pyrélaïne de quelques auteurs, liquide incolore, très odorant et possédant toutes les propriétés du goudron, avec l’avantage de ne pas salir le linge; enfin, de 148° à 250°, une dernière portion, la résinéine. |

Au point de vue pharmaceutique, le goudron peut être considéré comme de la térébenthine contenant moins d’essence que la térébenthine ordinaire et des produits empyreumatiques en plus. Le goudron végétal destiné aux préparations pharmaceutiques, doit être d’une consistance demiliquide et de composition le moins variable possible. Le

or es

goudron des Landes, plus uniforme, de fluidité moyenne, est recommandé par Adrian. Certains auteurs préfèrent le goudron de Norwège, malgré sa consistance qui varie du liquide au pâteux. Le Codex ne s’est pas prononcé et formule toujours le goudron végétal sans indication de provenance.

» VW. — Emploi médical.

Historique. — Le goudron a été de tout temps un remède populaire: les habitants du Nord employaient l’eau qui s'écoule dans la préparation de ce produit en lotions contre la gale, les dartres et autres affections cutanées de l’homme et des animaux, ainsi que pour écarter la vermine des bestiaux. En Écosse, d’après Cullen, on faisait prendre aux lépreux le jus qui s’écoulait d’un gigot arrosé de goudron; mais son usage ne devint général que vers le milieu du XVII” siècle, où Georges Berkeley, évêque de Cloyne, en Irlande, le vanta comme un remède merveilleux contre toutes les maladies (1). Après lui, Prior, Reid, Quellmartz, Lebeau frères, préconisèrentses vertus; en 1817, Crichton l’employa en inhalations chaudes dans la phtisie pulmonaire, expériences qui eurent un grand retentissement dans le monde médical de l’époque. Darsac (2), Colville (3), Castel publièrent leurs observations en même temps que les dermatologistes Bateman, Willan, Biett continuaient à l’employer dans les affections cutanées. Acharius le préconisait ensuite dans la syphilis, pendant qu’Alibert et Girou constataient ses bons effets dans la méde-

(1) G. Berkeley, Série de réflexions philosophiques et de recherches sur les vertus de l’eau de goudron (Londres 1744).

(2) Darsac, Mémoire sur le goudron (1840).

(3) Colville, Journal de médecine d'Edimbourg (1814).

Dh en cine vétérinaire d’abord, puis dans les maladies de la peau. Le goudron trouva enfin son principal emploi, à l’intérieur,

dans les affections respiratoires où il possède une réelle efficacité.

Action physiologique. — Comme au peut s’y attendre, l’action du goudron présente une extrême analogie avec celle de la térébenthine, mais la présence de l’acide pyroligneux, du phénol et des divers produits empyreumatiques, âcres et styptiques, modifie l’action du goudron et le rend plus astringent que la térébenthine, mais en même temps moins stimulant que cette dernière.

Localement et à petite dose, le goudron exerce une action constrictive et stimulante, active la contractilité des vaisseaux capillaires et des organes d’excrétion cutanée, fait pâlir la peau. Mais cette action positive est bientôt suivie d’une réaction caractérisée par la dilatation des capillaires sanguins et l’accroissement de la température locale. Appliqué en grande quantité, le goudron produit une vive irritation.

Donné à l’intérieur à dose modérée, il constitue unirritant local et un stimulant général; il provoque un vif sentiment d’astriction dans la bouche et excite la salivation; dans l’estomac, il produit des effets analogues; une fois absorbé et parvenu dans le torrent circulatoire, il stimule le cœur, provoque un rétrécissement des capillaires sanguins, diminue les sécrétions des muqueuses, en augmente d’autres, favorise les fonctions rénales et l’excrétion sudorale; l'urine prend une coloration rougeetune odeur caractéristique de goudron ; les sueurs deviennent odorantes, ce qui prouve l'élimination du goudron par cette voie et justifie en même temps son emploi dans les affections cutanées. À joutons que le goudron stimule les fonctions digestives, augmente l'appétit et favorise les évacuations intestinales.

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A dose élevée, le produit devient toxique, provoque des vomissements abondants en même temps qu'il occasionne de violentes douleurs intestinales et rénales; l'urine est rouge foncée, etle malade se plaint d’un accablement et d’un brisement général.

La vapeur chaude de goudron irrite la muqueuse respiratoire et détermine une exagération de Ja sécrétion de cet organe. |

Ce sont là les effets du goudron sur l'organisme de l'homme et des animaux supérieurs. Son action paraît bien plus énergique sur les organismes inférieurs, particulièrement sur ceux qui provoquent les fermentations et les putréfactions ; il les détruit et en mêmetemps fait disparaître les odeurs putrides.

Action thérapeutique. — On prescrit le voudron à l'intérieur comme un tonique de l'estomac, très efficace dans les dyspepsies de nature torpide. Mais son usage dans les affections des organes respiratoires et génito-urinaires est bien plus répandu.

Comme je l'ai dit plus haut, Crichton introduisit dans la thérapeutique les inhalations de vapeurs goudronnées, mais sans grand succès.

Les fumigations goudronnées agissent plus énergiquement que les formes aqueuses du goudron. [’action de ces dernières est identique, quoique plus lente; elle consiste en une diminution des sécrétions muqueuses et purulentes excessives des bronches, sécrétions qui acquièrent plus de consistance et sont plus aisément expectorées, en même temps que la toux et la dyspnée deviennent moins pénibles. Quand au contraire la sécrétion bronchique est rare, l’expectoration difficile, le goudron rend encore service en fluidifiant les mucosités et facilitant leur expulsion.

En général, le goudron est utile dans toutes les affections

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