‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 1 sur 36 · ANTONIO DINIZ DA CRUZ E SYLVA · texte numérisé non relu

ANTONIO DINIZ DA CRUZ E SYLVA

Antonio Diniz a eu le sort réservé au plus grand nombre des poètes portugais :

il a pu deviner la gloire que son pays lui réservait, il n'a pas assez vécu pour en jouir. Aucun des ouvrages qui lui ont valu la renommée que son nom excite maintenant en Portugal et au Brésil n'a été imprimé de son vivant. Les faits les plus simples de sa biographie étaient même restés

tellement inconnus, que si Boissonade les ignorait et que si Raynouard, qui vint après lui ' , les connaissait à peine , ces hommes éminents qui les prejniers se sont occupés de lui en France sont parfaitement excusables. L'Académie de Lisbonne n'eût pas su elle-même leur en dire plus que ce qu'ils en savaient. C'est d'hier seulement que deux critiques nationaux ont révélé sa vie ; ils l'ont fait connaître à rinsu l'un de l'autre 2, et, chose étrange autant qu'elle est heureuse, leur

1. Voir Journal des Savants y année 1828, compte rendu de la traduction de Boissonade.

2. L. A. Rebello da Sylva, Antonio Diniz da Cruz, Na Arcadia Nonacriense. Voy. Panorama y 3"»^ série, et Innocencio da Sylva, Diccionario Bibliographico portugueZj 7 vol. in-8, auquel il faut joindre les articles bibliographiques sur Diniz insérés dans VArchivo pittoresco. Dès Pannée 181 3, Sané avait pu dire quelques mots sur l'auteur du Goupillon dans le Mercure étranger; il tenait ces courts renseignements de Francisco Manoel, le poète inspiré célébré par Lamartine.

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enthousiasme légitime pour le génie du poëte et pour sa gloire toujours croissante les a conduits au même résultat par des voies diverses. Il en est un auquel nous nous attacherons plus particulièrement :

c'est celui qui s'est voué d'une façon pour ainsi dire exclusive à la recherche des faits biographiques, et qui, en multipliant ses secrètes investigations, a dégagé cette vie d'un homme célèbre des ombres que n'avait pu écarter son spirituel traducteur.

L'auteur étincelant auquel on doit la Jeunesse de Jean V a jeté sur l'ensemble des œuvres de Diniz une lumière si vive que le Portugal tout entier a accepté son jugement ; mais, disons-le bien vite, sans M. Innocencio da Sylva et ses recherches patientes, le Portugal ni le Brésil ne sauraient rien encore de la vie d'Antonio Diniz, et c'est la vie du poëte que nous voulons faire connaître. L'œuvre du maître, si bien

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interprétée par Boissonade, parle pour elle au lecteur français.

Antonio Diniz a été surnommé par ses compatriotes le Pindare portugais : est-ce ce souvenir hellénique qui lui a fait donnerau début du siècle quatre villes de l'extrême péninsule pour patrie, puis une province étrangère à ces quatre cités ? Nous ne saurions rien affirmer à ce sujet. Ce qu'il y a de sûr aujourd'hui, c'est que l'auteur du Goupillon a vu le jour à Lisbonne. Des recherches minutieuses, faites avec une rare persévérance en ces derniers temps, ont prouvé son origine. Antonio Diniz est né le 4 juillet 173 1, sur la paroisse de Santa Catharina do Monte Sinaï, et il a passé les premières années de son enfance dans la capitale du Portugal.

Son père, qui sortait d'une honorable famille, avait rang de général {sargento môf) dans l'armée de Jean V. Il s'appelait Joâo

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da Cruz ; sa mère, dona Eugenia da Sylva, appartenait, selon M. Rebello, à l*une des familles les plus distinguées de Lisbonne.

Les parents du jeune Antonio ne destinaient pas leur fils à la carrière militaire ; ils vivaient dans Taisance et prirent, dès l'origine, leurs mesures pour qu'il pût atteindre un poste élevé dans la vie civile.

Il eut chez lui des maîtres habiles et se familiarisa de bonne heure avec les auteurs de l'antiquité; son poëme prouve suffisamment que l'étude de la langue française ne fut pas oubliée dans son éducation. Lorsque le moment de faire sa philosophie arriva, il quitta la maison paternelle, et entra chez les Pères de l'Oratoire, établis récemment à Lisbonne, où Jean V les avait appelés. Ce fut là, en réalité, que le jeune Antonio Diniz donna la preuve de ce qu'il pouvait être un jour. A l'âge de seize ans, ses études universitaires étaient complète-

ment terminées, et il passa en 1 747 à Punîversilé de Coimbre pour y faire son droit.

Son amour pour le travail s'alliait, dès cette époque, à son amour pour la poésie.

La lecture des poètes français, il est permis de le croire, l'avait éloigné du gongorisme ridicule qui inondait encore la péninsule de ses productions. Deux sonnets, remarquables par la propriété de l'expression et datés de l'année 1750, marquent dès lors la direction de son génie. Grâceà lui^ grâce au noble Antonio Garçâo, grâce même à Quita, la seconde moitié du siècle n'offrira pas le triste aspect littéraire qu'il aura eu à son début. On reviendra aux maîtres du XV1« siècle, parce que cette terre du Portugal , si féconde en poésie alors même que son goût s'égare, vient de ce beau langage que lui ont jadis enseigné Sa de Miranda, Ferreira et Camoens.

Si le jeune Antonio Diniz apprenait la-

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borieusement dès cette époque à faire des vers faciles, il ne négligeait pas Tétude du droit. Dès Tannée 175?, il a reçu tous les grades qui le peuvent faire aspirer aux premiers emplois de la magistrature ; il est de retour à la maison paternelle, et la réputation d'élève studieux qu'il a su acquérir à l'université l'a suivi à Lisbonne. Il est habile, mais il est jeune ; on ne lui confie d'abord qu'un modeste emploi, et il est envoyé en qualité de juge civil et criminel {juiz défont) dans une petite ville de l'Alem-Tejo nommée Castello de Vide, bien loin de tout centre littéraire, puisque la cité la plus voisine, Portalègre, est privée à peu près elle-même de ressources intellectuelles. Il était bien jeune lorsqu'il y arriva; il y fit un certain séjour, et c'est sans doute ce qui fit croire plus tard qu'il y était né. Quand on arrive, du reste, à celte portion de la vie du magistrat*, qu'il serait

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si intéressant de faire connaître pour apprécier les débuts du poète, tout est conjectural. On sait seulement qu'il abandonnait souvent les campagnes de PAlem-Tejo pour se rendre dans sa famille à Lisbonne, et que le talent de Técrivain se révélait en lui. Sa réputation se répandait déjà dans les cercles de Lisbonne. On paraît cependant avoir la certitude qu'à cette époque de sa vie les études sérieuses et persévérantes l'emportaient chez Diniz sur son goût pour la poésie. Il s'occupa fortement du droit national si confus alors, et qui depuis a occupé en Portugal, plus qu'on ne le croit chez nous, de puissants esprits.

Quelques écrits spéciaux recueillis de nos jours prouvent l'habileté qu'il déployait alors dans ces questions difGciles; il avait, on le peut dire, un amour pour l'étude qui lui faisait aborder les sujets les plus divers. C'est ainsi qu'il s'occupa du blason, et

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devint en peu de temps un généalogiste distingué. Les professeurs habiles ne lui faisaient pas défaut sur ce point ; il n'avait que le choix à faire. A voir quelle large part Barbosa Machado fait à ce genre d'études dans son vaste répertoire, en examinant surtout le splendide manuscrit que M. de Teive a consacré à la maison de Sandoval, et qui est certainement le plus beau livre qu'on possède en Europe sur le blason', on peut se convaincre de l'intérêt qu'on attachait à Lisbonne au genre de recherches signalé ici. En appliquant son érudition à des investigations pareilles , Diniz da Cruz n'errait pas précisément dans le royaume des Bagatelles que depuis il a su décrire avec tant d'habileté. De toute part on venait, dit-on, le consulter sur la filiation

I . Ce livre magnifique, relié en vermeil et couvert de riches émaux, est conservé à la Bibliothèque impériale de Paris. Il a été écrit par Caldeira eni 6 1 2 .

des grandes familles, et les connaissances qu'il avait su acquérir en ce genre lui assurèrent plus d'un protecteur.

Il ne s'en tenait pas heureusement à la science des vieux parchemins, il scrutait les secrets de la nature, et il s'initiait sur- *tout par la lecture des écrivains du XVl^ siècle aux beautés originales de la langue portugaise qu'il fallait régénérer.

Qui pourrait douter aussi que Boileau n'eût eu dès lors une part dans ses méditations ?

Il faut avoir fait une étude spéciale de cette période de l'histoire littéraire en Portugal, il faut avoir surmonté l'ennui que donnent des recueils comme la Feniz renascida, il faut surtout avoir médité le livre '

I . Verdadeiro metodo de estudar para ser util a Republica e a Igreja proporcionado ao estilOy e necessidade de Portugal^ Valcnsa, 1746, 2 vol. in-40. Cet excellent ouvrage d*un archidiacre d*Evora, qui s'était fixé à Rome et dont le nom de famille révèle l'origine, fut traduit en latin et en français en subis-

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si sérieusement écrit, dans lequel Luiz Antonio Verney propose à son pays l'adoption d'un nouveau système d'études, pour se faire une idée du degré d'abaissement auquel était arrivé le Portugal, en matière de goût, lorsque Diniz commença une polémique, d'abord secrète, puis acerbe et victorieuse, contre ceux qui outrageaient la langue de Camoens, et qui transformaient ridiculement parfois les héros qu'il avait célébrés. Cette œuvre de rénovation littéraire dont l'Italie et la France devaient s'attribuer l'honneur se faisait lentement, mais elle s'accomplissait d'une façon irrésistible. Les âmes jeunes .et ardentes qui y prenaient part alors subissaient l'influence italienne surtout, comme S^ de Miranda et

sant de nombreuses coupures. Il fut adressé sous cette forme, en 176^, aux auteurs du Journal des Savants.

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Ferreira Pavaient subie au XVI« siècle, et tandis que l'Académie d'histoire, décrétée par Jean V, écrivait, dans une prose diffuse et boursouflée, ses volumineux mémoires , Diniz, secondé par deux de ses amis, fondait une Académie poétique à l'imitation de celle des Arcades de Rome. Ce fut alors un grand événement littéraire dans Lisbonne que l'érection de cette Société.

Une mode bizarre, prétentieuse, surtout à nos yeux, voulait que ces membres de l'Arcadie nouvelle prissent, comme ceux de l'Italie, des noms de bergers. Nous pourrions inscrire ici une liste étendue dont les noms feraient sourire maintenant le lecteur, comme ils le font sourire en Portugal. Chose étrange, le nom que choisit Antonio Diniz ne fut ni élégant ni harmonieux, surtout pour des oreilles françaises. Le chantre heureux de l'Hysope,

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qui se distingue toujours dans son style par le choix de l'exoression , s'appela Elpino Nonacriense '.

Les premiers membres de cette Académie, qui fut précédée à Lisbonne par celhsdosGenerosos^ das Conferencias discretas, dos Singulares, dos Insignes illustrados e occultos^ dos Anomos, jouissent encore d'une certaine célébrité. Parmi les premiers Arcades, outre Diniz, on comptait Esteves Negrâo, Theoiomio G ornes Carvalho, son ami; Francisco Jozé Freire, Domingos dos Reis Quita et l'illustre Garcâo, comme nous

I . Nonacris , fille d'Hélicaon , avait imposé son nom, comme on sait, à une ville d'Arcadie célèbre par le voisinage du Styx. Cette Société littéraire, qui exerça une si grande influence sur les lettres en Portugal, prit le titre d*Academia Ulyssiponense. Elle ouvrit sa première séance le 19. juillet 17 $7. Dès le mois de septembre de l'année précédente, elle avait établi des statuts en vingt chapitres. Le tome XVI du Journal de Coînibre les a reproduits récemment. Ils sont précédés d'une introduction.

Pavons dit. Nous ferons grâce au lecteur des surnoms qu'ils crurent devoir adopter.

Mais si les nonts étaient bizarres, les esprits étaient excellents, les cœurs étaient généreux , les âmes dominées par Tamour sincère du pays. De la fondation de cette Académie des Arcades date, en effet, une époque de rénovation littéraire. On était alors au début d'un règne où devaient s'accomplir de grandes catastrophes et aussi de grandes réformes ; les effets désastreux du tremblement de terre qui avait renversé Lisbonne n'étaient pas effacés, mais le génie vigoureux de Pombalse faisait pleinement sentir. L'ardeur, qui n'a jamais manqué aux cœurs portugais, était grande ; les travaux de la nouvelle Académie furent tout d'abord féconds. Garcâo, Quita, Figueiredo, Diniz, y apportèrent surtout leur concours. .

En peu de mois une rénovation très-réelle

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dans le style poétique avait eu lieu, et Técole bizarre qui avait pris pour emblème le Phénix périssait au lieu de renaître '.

Ces généreux efforts, multipliés, à la suite d'une catastrophe épouvantable, par quelques jeunes gens que soutenait uniquement leur amour pour les lettres, ne pouvaient se prolonger bien longtemps. La plupart des poètes dont se composait la Société des Arcades étaient au début de la vie, ils avaient ce qu'on appelle dans le monde une carrière à faire, des devoirs à remplir; mille circonstances imprévues alors devaient les disperser. Diniz eut bientôt un certain avancement dans la ma-

I. Toute la poésie portugaise, inspirée par le gongorisme le plus tourmenté, se trouvait alors dans un livre devenu rare et dont le titre lui-même indique suffisamment l'esprit. Il est intitulé : A Fenix renasciddy ou Obras poeticas dos melhores engenhos portuguezes^ publicadapor Jozé lopes Ferreîra . Lisb . , 1716-J728; 5 vol. in -8, réimprimés en 1746.

gistrature qui l'éloigna de Lisbonne, et qui l'empêcha de prendre part aux travaux litréraires de ses confrères, il fut appelé à Elvas en qualité d'auditeur du régiment de Mexia, qui tenait garnison dans cette ville. Il lui fallut s'occuper dès lors de la législation militaire de son pays, avec laquelle sans doute il n'était guère familier.

On prenait peu d'intérêt au' mouvement ascendant de la poésie dans cette place forte, et on y lisait peu, si même on y lisait. C'était avant tout une ville bruyante, célèbre en Portugal par ses fortifications, que Manesson-Mallet met sans hésitation au nombre des plus formidables de la Péninsule, et dont la garnison avait héroïquement résisté en 1644 aux efforts des Espagnols, lors des guerres de l'indépendance '.

I . Voy. les Travaux de Mars, 4 vol. in-8, avec de charmantes figures de Sébastien Lecierq. Notre

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Devenue tout à coup la résidence du poëte , la ville d'Elva^, moitié cléricale, moitié militaire, va bientôt lui offrir dans ses querelles intérieures le motif plaisant du poème qui assure la réputation d'Antonio Diniz; nous en dirons ici quelques mots. Bâtie sur une éminence, en forme d'amphithéâtre, elle offre un genre d'activité, un mouvement habituel qu'on trouve rarement dans les villes populeuses de l'Alem-Tejo. A trois lieues de ses fortifications s'élève l'antique cité de Badajoz , c'est dire qu'elle est bien rapprochée des frontières de l'Espagne ; mais la monotonie de la grande ville dont elle est si voisine ne sert qu'à mieux faire ressortir ce

compatriote, qui était devenu ingénieur des camps et armées du roi de Portugal, donne une jolie vue de la cité. On a une description complète d'Elvas dans le tome III du Panorama, Jornal literariOy rédigé, dans sa première série, parle célèbre Herculano, membre associé de Pinstitut de France.

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qu'il y a de vivant et de pittoresque dans la petite cité portugaise. Elvas est d'ailleurs environnée d'une verdure splendide qui offre un riant contraste avec Paspect mélancolique de ses magnifiques oliviers , célèbres dans la Péninsule. A part ses promenades un peu monotones en dehors des grands ouvrages militaires derrière lesquels peut s'abriter une population de vingt-huit mille âmes , Elvas n'offre rien de remarquable. L'archéologue lui-même, si bien dédommagé de ses peines à quelques lieues de là, ne trouve rien à glaner dans les environs ; car le bel aqueduc qui amène ses eaux limpides sur les hauteurs de la ville n'est qu'un ouvrage comparativement moderne. La cathédrale seule offre des vestiges d'une incontestable antiquité ; le style de l'architecture romane domine dans les portions qui n'ont pas été réparées, mais elle n'a pas toute l'é-

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légance de plusieurs édifices religieux.de la Péninsule. Le palais épiscopal, où se déroulent une partie des événements racontés dans le poëme, est pour ainsi dire joint à Téglise, mais son architecture est des plus modestes. Il ne faut pas oublier qu'Elvas, décoré du titre de cité en Pannée 151 J, sous le règne du roi Emmanuel, n'avait jusqu'à cette époque qu'une importance fort limitée; il n'acquit toute la renommée dont il jouit sur la frontière qu'au XVI1« siècle, alors qu'il servit de boulevard aux invasions des Espagnols.

On nous pardonnera, je l'espère, cette petite digression dans le domaine de la géographie : il fallait bien faire connaître, ne fût-ce qu'en quelques mots, la ville, à peu près ignorée chez nous, où vont s'écouler les plus belles années d'Antonio Diniz. Le poëte, accoutumé aux magnificences de Lisbonne ou de Mafra, telles

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que (es avait faîtes la fantaisie prodigue de Jean V, dut se trouver bien dépaysé en se voyant ainsi enfermé dans une place forte dont la société devait le dédommager si peu de celle qu'il rencontrait naguère dans les appartements qu'on avait baptisés du nom de Mont-Ménalque, qui valaient bien ceux des Arcades par la bizarrerie. Le fléau de Tennui ne pouvait pas heureusement l'atteindre. Le voisinage de la frontière lui permettait de se procurer quelques bons livres ; il portait d'ailleurs en lui un monde idéal riant ou sévère, au gré de . sa fantaisie ; il se sentait encore animé de ses jeunes souvenirs, et il colorait de son enthousiasme les gloires impérissables qui grandirent toujours son pays.

Les héros de l'Inde, oubliés alors, lui apparaissaient, et il les faisait revivre dans sa poésie. Ses premières odes, un peu empreintes d'enflure, comme le fait remar-

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