PARTIE RETROSPECTIVE
fenêtre insuffisamment close. Ce faux luxe eut fait hausser les épaules aux Anciens.
Les Égyptiens, eux, avaient pour tentures soit des nattes peintes, soit des tapisseries brodées que relevaient des cordons de lin. D'épais coussins étoiles couvraient les sièges.
Les Asiatiques poussèrent ce luxe plus loin encore. Ils rehaussèrent Téclat des couleurs par l'adjonction de fils et de paillettes d'or et par des semis de perles. Des cordons de pourpre attachés à des bras d'or et d'argent relevaient les portières prodiguées partout et les tapis précieux qui tombaient des combles jusqu'au sol.
Des coussins à longues franges de laine s'éparpillaient au gré d'une heureuse fantaisie.
Et quelles merveilles que les couvertures de lit de table tissées à Sardes et à Babylone! Quand, au hasard des conquêtes, les Romains se furent emparés de
ces trésors de l'industrie Lampadaire romain.
antique, ils osèrent à peine s'en servir. Les convives, craignant de salir ces broderies superbes, les relevaient avec précaution pour s'accouder sur le chevet du lit.
Convenez que nous voilà bien loin de nos rideaux faits d'une soie que nul bombyx n'a jamais su filer.
Et s'il vous plaît de compléter le mobilier de la maison romaine, mettez sur les consoles les riches verreries de couleurs dont les Tyriens longtemps gardèrent le secret, que depuis trouva Venise, les poteries artistement peintes, les cabarets curieusement ouvragés, les lampadaires à branches lumineuses, arbres d'où pendaient des fruits éclairants; les flambeaux cannelés, les lampes à huit, dix, douze becs, formant lustres, et les hauts luminaires de parquet qui, présentement, illuminent votre salon.
Quelle variété dans la forme de ces objets d'usage courant! Les Grecs les avaient empruntés aux Égyptiens, les Romains les prirent aux Grecs et chacun d'eux les varia au gré de son caprice. On les faisait en terre cuite, en argent et en or, d'un dessin aussi pur que gracieux. Tantôt une chauve-souris, symbole de la nuit, prêtait son corps au vase suspendu, tantôt le hibou, tantôt des figures humaines. Des enfants, des esclaves portaient une lampe qu'ils semblaient emplir d'huile.
J'ai dit un mot des poêles mobiles des Anciens. Ils étaient en bronze, montés sur des pieds élégants, ornés de tètes d'animaux, et contenaient des réservoirs d'eau chaude. Ils chauffaient les airiums. Pas besoin de tuyaux de dégagement pour les gaz délétères qui s'en allaient librement par les baies ouvertes. Foyers discrets, corrects, qui n'incommodaient Jamais personne.
Que vous semble de tout cela?
Je vous entends : « C'est, dites-vous, bel et bon ; mais vous qui parlez tant de l'ambiance, du cadre, vous conviendrez que ce qui fleurit sous le ciel des pays chauds ne croit pas aisément sous un climat tempéré; ce qui est pratique ici ne l'est pas ailleurs ».
— J'en conviens; mais je ne Lamjie rumoiiie.
veux pasque nous
dormions en plein air, que nous bâtissions comme
à Memphisou comme à Pompéi. Je dis : tel meuble
était ainsi et fort beau. Inspirons-nous de lui s'il est par quelque point adaptable et pratique.
— Soit, mais nous protestons quand même contre le procès que vous nous faites. Tous vos exemples de splendeur ne sont que des exceptions. Il en était de vos tentures et de vos sièges comme du lit. Vous nous parlez d'un mobilier riche. Il en existait d'autres. Les artisans n'achetaient point leurs tentures en Phrygie et ne couvraient pas le plancher de leur pauvre demeure de tapis de haute lice.
— Non, Madame, mais l'élégance n'y perdait rien. Les pauvres, en effet, ne se procuraient point pour orner leurs logis et se défendre contre les autans, de laides imitations où le clinquant tenait lieu d'or, et une bourre grossière de la laine fine du Leuconium teinte de pourpre. Les contrefaçons du beau étaient inconnues. L'antiquité n'établissait point de degrés dans la valeur des choses. Elles étaient belles ou n'étaient pas. Ceux qui ne pouvaient se les procurer s'en passaient et ne les remplaçaient point par des semblants. Les imitations sont un produit des décadences. Donc, pas de tentures criardes semées de perles fausses sur les murs des chaumières, mais au dehors le sourire des pourpiers et des rosiers grimpants ; au dedans, des nattes fines dont le ruisseau