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LES STYLES ROYAUX

Nous avons vu que les peuples de l'antiquité, aussi bien ceux qui ont disparu que ceux qui ont subsisté à travers les siècles, eurent pour premier professeur d'art, la nature; pour second, la religion. Il n'en fut pas toujours ainsi dans les âges qui suivirent.

Nos pères, par exemple, qui allaient devenir fils de Rome, neveux d'Athènes, alliés des nations phéniciennes, ne prirent d'abord aucune leçon de la nature ni de la religion et n'empruntèrent rien à la civilisation de leurs devanciers.

Parqués dansleursforêtsinextricables, les Germains dont nous descendons, et dont descendent les plus grands peuples de l'Europe, vivaient à la façon des fauves auxquels ils disputaient un asile précaire dans le creux des rochers ou des troncs évidés. Ils apprirent plus tard à construire pour leurs abeilles des ruches.

pour leurs familles des huttes; la même forme leur servit. A quoi bon des meubles? Ces hommes, uniquement occupés de guerre et de pillage, n'avaient point à proprement parler de foyer. En eussent-ils possédé un, que l'idée d'y placer leurs dieux, principe initial de l'ornementation, ne leur fût pas venue. Leur religion n'avait point de symbole. Quelles formes donner aux puissances qu'ils adoraient, le vent et le tonnerre?

La nature ne les conseilla pas davantage. Ils l'ignorèrent. A travers les branches enchevêtrées des arbres séculaires, ils apercevaient à peine un coin du ciel bleu. Point d'horizon vaste, point de ruisselets cristallins baignant des prés d'émeraude ; seulement des marais fangeux pleins d'ombre et de tristesse, au bord desquels pullulaient les serpents. L'art ne pouvait loger en si laide compagnie.

Dans la hutte gauloise, des bancs de terre formaient les sièges; un creux dans le sol, le foyer. Les torques (colliers), parures des jours de bataille, se cachaient au fond d'un coffre taillé dans un cœur de chêne, recouvert de la peau d'un auroch et bardé de fer.

L'élégance eût été un non-sens. Il ne fallait à ce meuble primitif, identique de forme par toute la terre, qu'une solidité à toute épreuve. Les luttes

journalières obligeaient à de perpétuels déménagements. Le coffre hissé sur un chariot à roues massives devait pouvoir impunément supporter les

chocs les plus rudes. Pendant longtemps, les rois eux-mêmes ne possédèrent pas d'autre meuble. Il est vrai que les parois de la chambre du bon Dagobert furent revêtues de lames d'argent et que, par les soins d'Éloi, habile orfèvre, il eut un trône qu'on eût dit façonné dans l'or pur; mais on continua à n'avoir

pour meubles et poursièges que les cofTres rustiques. Point de lit, bien entendu. On dort encore sur les peaux de bête, la paille, la terre battue, selon les castes. Ce qu'on appelle le bois de lit n'est nullement nécessaire au repos.

Aussi n'en vo3'ons - nous guère dans les logisd'autrefois. 11 apparaît seulement lorsque, Lii bourgeois; \Lv.i;:,[,-. avec la sécurité

d'une vie mieux assise, d'une société moins rudimentaire, le bienfitre d'abord, le luxe ensuite se développent.

Enfin, avec Charles V, au quatorzième siècle, le foyer familial s'étant embelli, la vie rude, adoucie, le roi qui a chassé les Anglais de France emplit le Louvre de meubles précieux. On se met à tendre les chambres d'étoffes de soie bordées de perles, et de tapisseries brodées en or fin de Chypre. Un grand lit encourtiné abrite le sommeil du monarque, et seigneurs et bourgeois en ont bientôt un semblable

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