PARTIE RETROSPECTIVE
broderies superbes où courent les chimères royales, vomissant la flamme et enroulant à de capricieux rinceaux leur queue annelée. Ces bandeaux portaient le joli nom de < bonnes grâces ».
Le lit est encore très large, moins qu'au quatorzième siècle, mais assez pour que François P' puisse y faire coucher Bassompierre et quelques amis. C'était la mode du temps. On causait entre intimes sous les courtines et, les gais propos finis, on dormait de compagnie.
Cet étrange usage passa. Le lit se fit plus petit; mais, à peu de chose près, il garda le même aspect jusqu'à M"® de Rambouillet qui, aimant ses aises autant que la grammaire, fit de son hôtel le temple du confort et imagina l'alcôve; non pas l'alcôve à la mode de notre siècle, espèce de placard sans porte dans lequel on étouffe en dormant. Non! L'alcôve du dix-septième siècle est formée par une balustrade ouvragée placée autour du lit et faite de motifs décoratifs empruntés à l'ornementation générale de la chambre à coucher. Le lit est comme un autel sacré dont une grille d'art défend l'approche aux profanes. Au-dessus, le dais habituel s'est empanaché. Des pommes de velours surmontées d'aigrettes de plumes se balancent au-dessus des colonnes, aux angles du lit.
LE GOUT DANS L-AilEUBLEMENT.
Puis le dais devient baldaquin, plus encore se drape et s'empanache. Les brocatelles de Venise et les dentelles sont relevées par des boules de plumes.
Ce fut bien autre chose au dix-huitième siècle. Les lits à Versailles, à Marly, à Louveciennes, à Trianon, étaient des édifices fort compliqués, aux tentures surprenantes. Naturellement, la bourgeoisie imitait la cour, à cela près que le gourgouranetlabourrette levantine remplaçaient les brocatelles dans les draperies.
Voilà qui est bien en ce qui concerne le lit, mais pour parler du mobilier en général, il faut convenir, qu'à tout considérer, l'ameublement proprement dit ne date que de la fin du moyen âge. Tant que des luttes âpres, quasi sauvages, désolèrent les campagnes et les cités, les aises de la vie furent lettre morte.
11 y eut pourtant, après les croisades, une sorte d'é-