‹ Le goût dans l'ameublementChapitre 39 sur 115 · PARTIE RETROSPECTIVE · texte numérisé non relu

PARTIE RETROSPECTIVE

veil du goût. Le contact des Européens avec les Arabes ouvrait à l'art des monuments des horizons

nouveaux. Les éditices se fleuronnèrent, se coiiTèrenl de clochetons; de fines colonneltes surgirent couronnées de chapiteaux élégants. Les coffres suivirent le branle. On ne les couvrit plus de peaux de bêtes, mais on les fouilla d'arabesques, on les tlanqua de colonneltes, on cisela leurs ferrures. Ils devinrent semblables aux châsses des églises.

Les Croisés rapportèrent aussi de l'Orient le goût des riches tentures tramées d'or, brodées de perles, qui détrônèrent bien vite les nattes de Pontoise alors plus célèbres en France que celles d'Egypte et d'Assyrie.

Les sièges volants dont peu à peu s'établit l'usage, étaient des pliants en forme d'X ou de petits coffres

Sk^ges divers; d'après Je

des XIV" et XV' Biècles.

surmontés d'un dossier et munis de roulettes, d'où leur nom de chaise (chière, chariot).

Puis au quinzième siècle, le couvercle du coffre s'aplatit pour devenir crédence et porter des aiguières d'or ou de cristal émaillé. Il se surmonta d'étagères et devint bahut. Ces bahuts s'ornèrent à l'infini sans autre règle que la fantaisie. On vit partout des ogives flamboyantes, des clochetons à fines aiguilles, des crosses à feuilles épanouies, des panneaux à basreliefs superbes creusés de niches; dans ces niches, des figures innombrables. Parfois aussi, sur les panneaux, des peintures, certes naïves, mais combien décoratives. On revenait à l'imitation des Anciens qui mettaient partout des couleurs. On peignit aussi d'or, d'azur et de vermillon les poutres et les solives des plafonds.

La mode des meubles peints, pour élégante qu'elle fût, dura peu. On se mit à colorier le bois en l'exposant à une flamme ardente. Que d'effets bizarres ainsi obtenus!

Enfin vient le seizième siècle et tout change : l'Italie nous livre ses trésors d'art antique. Nous nous souvenons que nous sommes Latins.

Le caractère particulier de l'ameublement à cette époque est, d'une part, la simplicité de la matière; de l'autre, la richesse de l'ornementation. La ma-

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(ière : du bois, rien de plus, chêne ou noyer, surtout du noyer. Et sur ce bois des théories de personnages, des fouîHis d'arabesques, des enchevêtrements de feuillages à l'imitalion des frises qui

rait pas un pépin d'orange entre les figures et les ornements d'un bahut du seizième siècle.

Bientôt cette riche ornementation elle-même parut insuffisante. Benoît de Majano et Jean de Bologne inventèrent la marqueterie et ressuscitèrent les brillantes incrustations des meubles phéniciens. Cette résurrection qui date de la fin du seizième siècle, amena une plus grande simplicité de formes et de lignes. Et comme de tout temps les artistes ont voulu trouver du nouveau, n'en fût-il plus au monde, ils imaginèrent, pour faire contraste avec les meubles d'ébène flambés et marquetés, les meubles aux formes sévères, aux lignes droites, ciselés et non sculptés de dessins harmonieusement fondus, sans plus rien qui accrochât le regard et forçât l'attention.

Ces meubles d'ébène étaient tristes, et quand ils s'ornèrent d'incrustations d'ivoire ou d'étain gravé, ils eurent quelque chose de l'aspect sinistre des objets funéraires.

Nous avons déjà remarqué que la mode, qui impose tel ou tel costume, par l'effet même de ce costume, influe sur l'ameublement. Ainsi, les fraises amples et goudronnées du temps de Henri II ne purent s'accommoder des sièges àdossier élevé. C'est donc à la mode, cette reine capricieuse qui crée

tantôt un escoffion et tantôt une collerette, que nous sommes redevables de ce style à lignes droites se coupant à angles droits, simplement allégées par demincescolonnettes àbalustresetqui, de nos jours, est en faveur parce qu'il tient peu de place dans nos appartements exigus.

Combien de logis de notre temps pourraient abriter les fauteuils à dais et les hautes caqueleuses d'Anne de Bretagne et de François 1"?

Les fraises disparurent remplacées par les collerettes plates en dentelles de Venise, et le dossier des sièges s'exhaussa. Point de perruque, point de carcans de cérémonie : on osait s'appuyer en s'asseyant.

Ces hauts dossiers, ainsi que les bahuts du règne de Louis XIII, plus élevés que ceux du règne précédent, demandaient une ornementation plus compliquée. On en revint aux griffons , aux tleurs et aux feuilla-

Jusqu'alors, la délicatesse de la décoration faisait toute la richesse du meuble.

Louis XIV5 ayant pris pour emblème le soleil, on mit partout l'astre resplendissant, et il fallut créer un entourage digne de lui. Le changement est frappant. Ce n'est plus la richesse de la décoration qui triomphe. La caractéristique du style Louis XIV est la richesse de la matière unie à la simplicité de la forme.

La matière c'est l'or, tout au moins le bois doré et incrusté par Boulle de si mirifique façon. Le cuivre doré vient égayer l'ébèneque l'acajou bientôt remplacera; en attendant, le rouge resplendit sur le noir, le métal sur le bois. Le travail étant simplifié, la monture des sièges est sans saillies ou légèremont ornée de quelques motifs très simples. Mais fautouils et chaises sont larges, profonds, le dossier Hss(»z bas à cause de la perruque. De superbes tapisseries les recouvrent. Peu de soie, encore moins de volours; los (Jobolins ont toute la vogue. Ici, comme partout, l'art doit fitro officiel.

(îos meubles portent l'empreinte du roi qui mit h la modo los grandes manières, la chevelure, d'apparat ii boucles innombrables, les canons de rubans oi (\o dontolles et les hauts talons. Il fallait des sièges irimportanco pour donner asile à tant de splendides

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