MATERIAUX
Nous avons goûté Teau, étudié le sol; les maçons vont arriver. La question qui slmpose est celle des matériaux. Lesquels conviennent le mieux? Avant de décider, il est prudent de se rendre un compte exact, non seulement des qualités présentes de chacun d'eux, mais encore du sort que l'avenir leur réserve. La stabilité est un mythe. Les bons peuvent devenir mauvais, et les mauvais pires. Les meilleurs matériaux sont généralement ceux du pays où Ton construit : ils ont au moins l'avantage de ne pas entraîner des frais considérables de transport. Il est pourtant des cas où Ton ne peut se servir des pierres trouvées sur place, par exemple quand elles sont perméables à Teau. Défiez- vous des pierres gélives. Elles jouent le rôle d'une éponge, s'imbibent aisément, et, le froid survenant, l'eau qu'elles ont absorbée se congèle; elles éclatent alors comme une capsule, ou mieux, comme une carafe que l'on aurait oublié de vider.
Un calcaire compacl, à cassure inégale, mat, d'aspect un peu terreux est excellent. Il ne peut, bien entendu, s'utiliser pour les cheminées, car il ne résiste pas au feu.
Le grès formera les seuils et les linteaux. 11 est joli avec ses paillettes micacées, mais son grain trop fin se lie mal au mortier. Le.s moellons bien secs sont préférables, et aussi la pierre de taille dure, un peu rugueuse. Rien ne vaut, par exemple, le granit du Limousin. C'est coûteux, il est vrai; en revanche, éternel et superbe.
La mode élève beaucoup de constructions mi-partie briques et pierres. L'effet en est assez agréable et le prix modeste. Il faut en pareil cas choisir une brique très également cuite, d'un beau rouge brun foncé. On fabrique aujourd'hui des briques creuses. C'est un avantage double. Elles sont plus que les autres légères et conservent mieux la chaleur. Vous réaliserez, en les choisissant, une économie de 15 à 30 % sur l'achat; et de 20 à 30 % sur la chaleur, sans préjudice des frais moindres de transport.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'une maison en briques n'est pas moins solide qu'une maison en pierre de taille.
Elle est moins massive, voilà tout; et celte légèreté n'implique pas l'instabilité. Du reste, en po-
sant une charpente mi-bois , mi-fer, ou tout en fer et acier, on n'a rien à craindre. Cette ossature légère, elle aussi, de construction facile, d'établissement économique, n'exige pas des murs lourds, épais, comme la charpente de chêne ou de pin.
Reste à couvrir le toit. Jean-Jacques préférait la tuile si gaie sous les arbres feuillus. J'aime l'ardoise ourlée de mousse. La mousse est un superflu. On peut, en attendant que la nature ait brodé les ardoises, se contenter d'un toit gris sombre, glacé de bleu d'argent.
CONSTRUCTION. — LXDICATIONS SOMMAIRES.
Voilà les matériaux choisis. Notre souci en construisant notre logis est maintenant de ménager les baies, portes et fenêtres de la façon la plus avantageuse tout en conservant une symétrie relative. J'insiste sur ce mot relative. Sans lui, la symétrie, personne autoritaire et rigide, est une empêcheuse de bien faire. Elle ordonne de placer la porte d'entrée au milieu de la façade , d'ouvrir de chaque côté le même nombre de fenêtres, de sorte que, si vous ne