PARTIE MODERNE
Il est une chose que l'on oublie communément. C'est que les meubles ne sont que des témoins de notre vie et non des acteurs. Nous leur donnons la première place. Quel manque de mesure.
Dans un salon, au milieu des conversations aimables, le regard ne doit pas être attiré ni l'esprit retenu par les ors et les sculptures du mobilier. C'est un défaut de tact. Les meubles de bonne compagnie doivent être de bon ton, contribuer à l'ensemble harmonieux, aider à l'agrément des réceptions, mais ne pas setiire les personnages princi paux. On ne doit pas plus voir les détails d'un ameublement , dans le salon où l'on cause, que l'on ne doit pouvoir remarqueras élégances de la toilette d'une femme distinguée. Ce qu'il faut, c'est un fond uniformément ai-
mable, de bon goût, où rien n'accroche Tattention.
Point de dorures extravagantes autour de meubles en onyx tapageur, point de cadres immenses où se noie la figure souriante d'une vieille femme de Gérard Dow ou un intérieur flamand de Teniers. Point d'or sur le chêne ou le noyer; pas de soie cramoisie à fleurs d*or; point de formes prétentieuses. Mais ressuscitons la causeuse, l'aimable canapé en forme d'S, si hospitalier, où l'on babille de près, sans contorsions pénibles de la nuque pour voir le visage de l'ami assis à nos côtés .
Nous ne mettrons pas dans le salon de la maison rêvée la banne classique du dix-huitième siècle. Ce canapé circulaire, surmonté d'une plante verte en panache, d'une statuette ou d'une potiche quelconque, estrarement gracieux. Il est peu commode et se prête mal à la conversation. Il convient mieux aux salles d'exposition où il permet d'examiner sans fatigue les tableaux accrochés aux parois.
Le mobilier de la maison rêvée, uniformément simple de lignes et sobre d'ornementation, variera néanmoins dans chaque pièce.
Les sièges, tous amples etengageants, n'auront pas la même forme dans la salle à manger et les chambres à coucher. Je voudrais ceux du salon garnis de damas à grandes fleurs ton sur ton ou de tapisseries