PARTIE MODERNE
Par hygiène, je repousse les vieilles et précieuses tapisseries. Je me contente d'imiter en peinture les beaux points de Flandre, de Beauvais, des Gobelins. Que faut-il pour cela? De l'art à peine; le goût suffit.
Quelle charmante occupation durant les heures de loisir!
Autour des fenêtres, de simples bandeaux , comme au temps de Henri IL Le soleil est un souverain qui a partout droit d'entrée. En vassal obéissant, je me garderai bien de lui fermer mon logis par des écrans si riches qu'ils puissent être.
Quant aux meubles d'une telle maison, ils n'auront rien des styles royaux ou presque rien.
Nous sommes parvenus trop vite à la civilisation perfectionnée. Les Anciens y arrivaient lentement par efforts successifs, chacun de ces efforts marquant un progrès; chaque étape ouvrant une ère nouvelle. Il n'en fut pas ainsi pour nous, surtout en art. Des ténèbres du moyen-âge, nous nous élançons en pleine lumière de la Renaissance sans transition aucune. Combien peu de temps écoulé depuis lors ! Trois cents ans à peine, et nous sommes à bout de ressources artistiques! Le souffle créateur nous manque, nous vivons sur le fonds de nos pères, sans y trouver toujours ce qui nous conviendrait le mieux. C'est ainsi que nos meubles ne sont plus à la taille ni à la forme
de nos logis. C'est ainsi que nos bahuts anciens détonnent dans nos appartements mesquins, quoi qu'on fasse, et n'ont plus rien de commun avec les peintures des plafonds et les revêtements des parois. Et puis, la mesure nous manque; nous ne savons pas trouver le juste milieu entre le trop et le trop peu, entre l'exagération de la richesse et la raideur banale, et lorsque nous ne pouvons avoir l'une nous nous contentons bénévolement de l'autre.
Je voudrais — je ne prétends imposer mon goût à personne — me créer un mobilier comme je me suis fait une maison.
Mes meubles seraient en bois indigène : chêne ou noyer. J'adopterais les formes larges et commodes du temps de Louis XIV avec les lignes plus arrondies; point de meubles ventrus pourtant. Une ornementation très sobre. Sur le chêne et le noyer simplement ciré, des lignes plus foncées obtenues au feu. Distinguons ces lignes des flambés que j'admettrais seulement pour les tables volantes.
J'aimerais aussi sur un fond de bois clair une fleur h la façon japonaise, une branchette, un oiseau, un rien, mais ce rien gai à l'œil.
On peint de la sorte mille objets en érable, pourquoi ne peindrais-je pas mes meubles, si bon me semble? Ce serait simple et coquet aussi.