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DES DROITS POLITIQUES DES FEMMES

instinct qui les dirige au milieu des difficultés. Là où elles sont à la tête des affaires, dans le commerce de détail par exemple, elles le font avec prudence et sagacité, et souvent la veuve rétablit la fortune compromise par le mari défunt. En bien des questions, elles ont une compétence spéciale. Partout où elles ont eu le suffrage, elles en ont fait bon usage.

En tout pays où elles ont été admises à suivre les cour^ universitaires — ce qui ne devrait jamais leur être refusé — on les a vues travailler avec assiduité et succès.

Il est juste qu'à toute catégorie de personnes qui a des droits spéciaux, il soit accordé le moyen de les défendre. Les lois concernant les droits de la femme ayant toujours été faites par les hommes, ont été trop souvent iniques. Il serait équitable que l'influence des femmes se fît sentir en cette matière.

Autre argument admirablement développé par Stuart Mill. Donner aux femmes les droits politiques, c'est les porter à s'occuper des intérêts généraux, du bien de la nation, et les arracher aux égoïsmes étroits de la famille et aux frivolités d'une vie oisive. Elles s'occuperont plus de la réforme des lois et moins des changements de la mode. Rien de plus nécessaire en démocratie que de donner aux femmes une forte trempe, un esprit solide et l'amour de la chose publique, car ce sont les mères qui forment le cœur des enfants. L'infériorité des sociétés musulmanes a pour cause non la polygamie en ellemême, mais l'une de ses conséquences : la claustration de la femme et son défaut de culture. Voyez quels sentiments héroïques la lecture de Rousseau et de Plutarque avait mis au cœur de certaines femmes, en Mmc Roland, par exemple.

L'homme et la femme, au lieu de vivre séparés, chacun dans une sphère de préoccupations différentes, se rencontreront sur un terrain commun, la poursuite du bien public.

On accuse les femmes de ne pas s'intéresser aux questions générales. Pourquoi le feraient-elles ? Elles n'y ont rien à dire. Accordez-leur le suffrage, et vous verrez avec quelle ardeur elles s'y porteront.

Voulez-vous faire réussir une œuvre philanthropique, remettez-la aux mains des femmes1.

(1) Pour ne citer qu'un exemple, rien de plus admirable que le puccôs obtenu par Mmc Joséphine Butler dens sa croisade contre le systùne du

LE RÉGIME ÉLECTORAL

Dans beaucoup de pays, on permet aux femmes de devenir chefs dé rÉtat et on Les juge incapables d'émettre un vote!

a dit, il est vrai, que si les reines ont été de meilleurs souverains que les rois, c'est parce que sous les reines ce sont les hommes qui gouvernent et les femmes, sous les rois. Le mot esl piquant, mais l'histoire n'en confirme pas la vérité.

Cependant deux objections peuvent faire hésiter.

En premier lieu, si le mari et la femme ont des opinions différents et s'apprêtent à voter l'un contre l'autre, n'est-ce pas augmenter les occasions de dissentiment au sein de la famille? L'harmonie dans l'union conjugale n'est-elle pas chose plus désirable que le suffrage accordé aux femmes? Il est vrai que celte divergence d'opinion n'existe déjà que trop souvent aujourd'hui.

En second lieu, soucieuse des intérêts de la famille, la femme a tics instincts conservateurs. Elle subit l'influence du clergé, même en pays protestant. En pays catholique, elle doit obéir à son directeur de conscience, sous peine d'être repoussée des s icrements; il s'ensuit que si les prêtres s'occupent d'élection, ils disposeront du vote de presque toutes les femmes électeurs; ce qui est à considérer.

Étrange aveuglement, c'est le parti radical qui réclame le

« vice légalisé » (V. mes écrits portant ce titre, publiés par la Société de moralité publique de Belgique).

L'Angleterre avait emprunté cette abominable institution à la France pour l'appliquer dans les villes de garnison. Mme Butler se leva pour protester au nom du droit, de la moralité, de la justice et de la pudeur de la femme. Elle eut le courage d'aborder un sujet dont la désignation seule alarme les oreilles chastes. Elle souleva l'opinion et provoqua un tel mouvement de révolte, grâce à vingt ans d'apostolat infatigable, que le Parlement se vit forcé d'abolir le système, et une campagne semblable se poursuit en Europe, où elle a déjà obtenu de sérieux succès. Voyez encore lady Dufferin. Voici ce que disait récemment son mari en quittant la vice royauté des Indes: « Il faudra peu de temps auxindigènes de l'Inde pour oublier mon passage parmi eux. Mais ce qui vivra longtemps en Orient ce sera le souvenir de ce qu'a fait lady Dufferin. C'est elle, qui, en appelant les jeunes filles dans les écoles, a essayé de dilî'érer les mariages trop précoces; c'est elle qui a amené les femmes médecins dans les Zenanas jusqu'ici privés de tout secours médical; c'est elle qui a adouci le sort des veuves et certes, dans ses efforts, il y a le germe d'une transformation sociale qui fera répéter son nom avec reconnaissance à tous les foyers. » N'est-ce pas le roman de Mmc; Beecher-Stowe, la Case de Voncle loin, qui a déterminé l'affranchissement des noirs aux Étals-Unis?

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