LE VOTE DOIT-IL ÊTRE PUBLIC OU SECRET
D'après Stuart Mill, le vote doit être public, car voter n'est pas tanl un droit, qu'un devoir; c'est une mission dont l'électeur doil rendre compte au public.
Le vote est donné à l'homme, en partie, comme moyen de détendre ses intérêts, mais surtout en vue du bien général. Son vote ne lui appartient donc pas : ce n'est pas une chose dont il peut disposera son gré, suivant ses convenances, ses caprices ou son intérêt personnel. Comme dans un jury, il est obligé de voter suivant son opinion et en conscience pour le candidat qui servira le mieux l'intérêt public. Si, en votant, au lieu d'obéir au patriotisme et d'avoir en vue l'avantage national, il poursuit son avantage particulier, il n'est pas digne d'émettre un suffrage. Cette notion du suffrage doit être gravée dans le cœur des citoyens, et elle ne peut l'être si le vote est secret.
Cette raison est forte; mais, d'autre part, l'expérience a démontré que partout où existe un partage très inégal des biens, le vote n'est libre que s'il est secret. Autrement l'influence du gouvernement sur les fonctionnaires, des fonctionnaires sur les administrés, du propriétaire sur le fermier, du chef d'industrie sur l'ouvrier, du prêtre sur le fidèle, du gros client sur le boutiquier est telle, que non seulement le vote n'est plus libre, mais que voter est une occasion de tribulations et de persécutions si pénibles que l'électeur ne demande qu'à s'y soustraire.
C'est parce que le vote n'est pas secret, que se maintiennent la corruption électorale et la pratique: aux vainqueurs les dépouilles.
Aussi le débat semble clos aujourd'hui. Presque en tout pays on vote au scrutin secret, et la principale occupation du législateur a été de rendre le scrutin aussi secret que possible, de façon à garantir complètement la liberté du vote.
Le système de votation en usage en Belgique, qui est un perfectionnement du système anglais, paraît être celui qui atteint le mieux ce but. (V. 1. IX, ch. n.)