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LES INFLUENCES ILLÉGITIMES DANS LES ÉLECTIONS

L'ingérence du gouvernement dans les élections est toujours fâcheuse, parfois détestable et périlleuse.

Les raisons que Ton peut invoquer pour la justifier, si elles ont quelque force, conduisent à condamner le régime représentatif. Ce régime implique que la volonté de la majorité de la nation et les vœux des différents partis soient sincèrement représentés. Si par la pression ou parles promesses du ministère, une majorité factice est obtenue, le gouvernement s'appuie sur une base trompeuse, qui tout à coup peut se dérober sous lai. C'est ainsi que sont tombés en France, et Louis- Philippe et Napoléon III. Rien de plus dangereux que les candidatures officielles.

Quand l'ingérence du gouvernement se produit par des menaces ou des promesses, elle abaisse ou corrompt le caractère national. En Angleterre, au xvme siècle, on achetait les votes des députés par des faveurs ou même argent comptant. Aujourd'hui on procède autrement : c'est le corps électoral que l'on achète, en lui promettant des travaux publics, un port, un quai, une route, un chemin de fer, des subsides pour les communes.

Chaque candidat à la députation promet aux électeurs que le gouvernement dépensera des millions pour leur arrondissement. Quand arrive Le budget des travaux publics, c'est un défilé interminable de demandes.

Le ministre répond à tous, concède tout ou partie et promet ce que l'on veut, afin de s'assurer les voix des députés et sur-

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tout celles des- électeurs. Chacun veut puiser dans les caisses publiques, comme si elles se remplissaient d'elles-mêmes. On ne comprend pas que chaque province supporte sa part clans les dépenses totales. L'Étal donne; mais qui paie? Toujours les contribuables. On a l'illusion que c'est un don gratuit, parce qu'il vient de la caisse générale. Souvent, pour accorder à chaque province une part égale du gâteau, on vote des travaux complètement inutiles, décrétés à la hâte.

L'exécution de ces travaux à charge des budgets régionaux OU provinciaux diminuerait le mal qu'on peut observer surtout en France, en Italie et en Belgique!

L'ingérence des ministres du culte dans les élections peut être aussi considérée parfois comme illégitime, surtout dans les pays catholiques, parce que le confessionnal arme le curé d'un moyen de pression presque irrésistible. Comment le croyant résistera-t-il à son confesseur, qui lui fait un cas de conscience de voter pour tel candidat, sous peine du refus de l'absolution et de la damnation éternelle1?

Cette ingérence est condamnable, car elle détruit la liberté des électeurs, fausse le résultat des élections et compromet la religion, qu'elle fait descendre dans l'arène troublée des luttes politiques. Aussi a-t-elle été invoquée en France pour invalider certaines élections; en Angleterre, pour entamer certaines poursuites contre des faits qualifiés par la loi de undue influences. Toutefois les prêtres peuvent répondre : Nos adversaires attaquent notre culte, qu'ils proscriront le jour où ils seront les maîtres et à qui ils enlèvent, à tout moment, sa liberté,

(1) Comme exemple que l'on pourrait multiplier sans peine, je citerai la circulaire suivante adressée aux curés du département de la Savoie :

« Chambéry, le 1er janvier 1872.

« Monsieur,

« Dimanche prochain, 7 de ce mois, on procédera da«s chaque commune à l'élection d'un député à l'Assemblée nationale. Le comité conservateur a proposé un membre qui réunit les conditions désirables.

« Réduisez ce jour-là l'office paroissial à une messe basse célébrée de bon matin. Recommandez à tous vos électeurs d'aller voter et d'élire un bon catholique ; dites-leur que c'est pour eux une obligation de conscience, sous peine de péché grave; faites en sorte qu'il n'y ait pas d'abstention dans votre paroisse. Nous avons eu jusqu'ici beaucoup de mauvaises élections, parce que nous avons eu beaucoup de votes irréfléchis et beaucoup d'abstentions.

« Votre très humble serviteur,

« f Alexis, « cardinal-archevêque. »

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