‹ Le gouvernement dans la démocratie (volume 2)Chapitre 44 sur 147 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

k'ESPRST DE PARTI ET SES VÏCES

L'esprit de parti est le ressort nécessaire du régime représentatif et il en est en même temps le fléau, quand les institutions, au lieu d'en combattre les excès, le développent, en lui offrant des incitations et des récompenses.

L'esprit de parti ressemble à l'esprit de secte; il crée une conscience spéciale qui croit tout permis pour la bonne cause. On n'avoue jamais les torts de ses amis; on ne les aperçoit môme pas. On ne peut admettre la bonne foi de ses adversaires; on ne voit chez eux que fraudes, mensonges, injustices, menées perfides. On veut les comprimer ou les frapper sans pitié, parce qu'on défend les vrais intérêts du pays qu'eux conduiraient aux abîmes. Pour le républicain, tout monarchiste est un obscurantiste, un fauteur de despotisme, un ambitieux avide de faveurs, une âme basse aspirant à la servitude. Pour le monarchiste, tout républicain est un agent de désordre, un apôtre de la guillotine, un petit-fils de Marat. Les partis aux prises ne sont autre chose, sous des formes appropriées aux mœurs politiques de nos jours, que les anciennes hordes qui se disputaient la proie, au sein de la foret primitive, ou les factions qui se combattaient à main armée, dans les républiques italiennes du moyen âge.

L'esprit de parti est si intolérant et son credo si rigide, que quiconque ne le défend pas tout entier est un traître;. Toute indépendance d'idées disparaît; chacun devient l'esclave du programme officiel. L'homme d'État à l'esprit original, est un péril; c'est « un cheval qui rue dans les rangs » ; on l'assouplit au joug ou on l'expulse.

LE RÉGIME ÉLECTORAL

Le gouvcrneiïiônl de parti ne nomme aux places vacantes que ses partisans, sans égard pour le mérite et les litres. De leur côté, les fonctionnaires ainsi nommés n'agissent que pour augmenter l'influence de leurs amis et pourle^ maintenir au pouvoir, sans s'occuper du bien général.

En démocratie, pour entraîner les foules, il faut un mot d'ordre simple et frappant, une idée générale qui résume et l'ait saisir un ensemble de faits, par leur côté le } lus saillant. Ceux qui se mettent sans scrupule et sans réserve au service de ce mol d'ordre et qui savent habilement en appeler aux passions ef aux préjugés de la foule sont les meneurs désignés des partis.

On se déliera de ces esprits éminents qui considèrent les choses sous toutes leurs faces, qui veulent qu'on tienne compte des circonstances et qui, connaissant le passé, prévoient l'avenir.

Les partis en lutte doivent s'organiser comme des armées ennemies. Leurs partisans sont embrigadés dans les associations; à leur tête sont constitués des comités qui dirigent la campagne; à ces chefs, il faut obéir aveuglément; la discipline la plus stricte s'impose, sous peine d'échec. Deux ou trois grandes niasses marchent au scrutin, en colonnes serrées, sous Le même drapeau. Les plus nombreux l'emportent et gouvernent au nom de la souveraineté nationale.

Le souverain, ce n'est pas la raison, mais le nombre.

Comme le régime représentatif est la condition d'un gouvernement libre et que l'esprit de parti en est le ressort indispensable, il ne peut s'agir de le supprimer, mais il faut s'efforcer d'eu prévenir les abus. L'expérience indique les moyens d'y parvenir; ce sont les suivants :

Représentation des minorités;

Mode de votation assurant le secret et la sincérité du vote; Enlever au gouvernement, le plus possible, la disposition de places à donner à ses amis politiques.

Page 1