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LE DESPOTISME PEUT DONNER LE REPOS, NON LE SALUT

contraire, on vient d'accorder de nouveaux droits aux associations de métiers, et on a eu raison. La compression n'aboutirait à rien, et elle créerait peut-être un double danger.

Elle n'aboutirait à rien, parce que les idées qu'on veut étouffer passent de bouche en bouche, d'atelier en atelier, de pays en pays, sans qu'on en puisse suivre la trace. Au moyen âge, à certains moments, elles se sont répandues dans toute l'Europe occidentale, malgré l'extrême difficulté des communications. Aujourd'hui ce n'est point par les meetings ou par les journaux que le socialisme a réuni ses nombreux adeptes. En le proscrivant, on le transformerait en une société secrète, dont le mystère augmenterait l'attrait et l'influence.

Quant aux dangers que créerait la compression, les voici.

Ce serait une déclaration de guerre aux ouvriers, qu'on traiterait en ennemis, en édictant contre eux des lois exceptionnelles. Sans doute, il faut réprimer toute conspiration qui a pour but l'emploi de la violence; mais peut-on interdire aux travailleurs de s'entendre pour régler le taux de leur salaire ou pour fonder des associations de secours mutuels ou des sociétés de consommation et de production?

Le second danger serait qu'en empêchant toute manifestation des idées qu'on redoute, on n'endormît la vigilance de ceux qui doivent les combattre, en leur inspirant une fausse sécurité. Un mal existe-t-il dans la société, il vaut mieux qu'il se révèle dans toute son intensité; car c'est de cette façon seulement qu'on fait ce qu'il faut pour y obvier.

Les Français et les Anglais ont suivi à cet égard deux méthodes différentes. Les premiers ont toujours comprimé la manifestation des idées anarchiques, afin d'en prévenir la contagion; les seconds leur ont laissé toute latitude, d'abord par respect pour la liberté, ensuite pour éveiller l'attention de ceux qui étaient menacés. Jusqu'à présent, la méthode anglaise de traiter ce genre de mal a mieux réussi que l'ancienne méthode française.

Ceux qui ont peur ne seront pas très éloignés non plus d'abdiquer tout droit aux mains de l'Église ou de l'État : mauvais calcul, également dicté par l'imprévoyance.

Sans doute, il ne faut rien négliger pour répandre dans toutes les classes le sentiment religieux, et pour faire qu'il

soil moral, raisonnable et surtout qu'il règle tous les actes de la vie; niais donner le pouvoir au clergé serait le sûr moyen d'ébranler ce sentiment déjà trop affaibli.

Aux États-Unis, le clergé n'a aucun privilège, aucun budget : il est respecté. Sous l'ancien régime et sous la Restauration, l'Eglise i lail une puissance : la religion était en butte aux attaques incessantes des amis de la liberté. .

C'est inutilement d'ailleurs qu'on demanderait au clergé d'étouffer les idées égalitaires; il n'y parviendrait pas. C'est la Bible à la main, que les paysans ont réclamé, au xvis siècle, l'égalité des biens. Les couvents donnent l'exemple du communisme. Enfin, entre le prêtre, qui promettra à l'ouvrier le bonheur dans l'autre monde et le démagogue qui le lui garantira dans celui-ci, le choix ne saurait être douteux. Ce n'est donc pas la théocratie qui sauvera la société actuelle.

Ce n'est pas davantage le despotisme. Le despotisme ne peut nous donner le repos, car ce n'est pas un gouvernement stable. Quoiqu'il se proclame héréditaire, en fait, il est presque toujours viager.

Dans l'empire romain, la transmission héréditaire du pouvoir est une exception. On a défini le régime en vigueur en Russie l'absolutisme tempéré parle régicide. Le dernier empire en France, avait proclamé à la fois l'hérédité de la couronne et la responsabilité du souverain. Mais ces deux principes s'excluent. Si celui qui exerce le pouvoir exécutif gouverne par ui-même et se rend ainsi responsable des actes du gouvernement, il faut qu'il soit soumis à l'élection comme un président de république, ou qu'il puisse être renvoyé par une manifestation légale de la représentation du pays, comme un ministre constitutionnel, sinon on aura des révolutions périodiques.

Un souverain a-t-il commis des fautes graves et subi des revers, dont on peut lui demander compte, parce qu'il en est l'auteur, ou bien il sera renversé du trône parle pays poussé à bout, ou bien son fils héritera de son impopularité avec la couronne, et la dynastie ne prendra point racine. Le despotisme n'offre donc plus de nos jours aucune chance de stabilité. Il n'en a guère, même dans les États asiatiques, où les révolulions de palais interrompent constamment la transmission du pouvoir.

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