COMMENT LE DESPOTISME PEUT DONNER A LA SOCÏÉTÉ LE REPOS, NON LE SALUT
J'ai essayé de montrer que la crise sociale, qui a livré les démocraties antiques aux mains du despotisme, reparaît dans nos démocraties modernes, avec certains traits particuliers qui la rendent encore plus redoutable : d'abord l'égalité de tous reconnue par les lois, par les constitutions et par la religion, en second lieu, les armées permanentes, enfin, l'organisation de l'industrie, du commerce et du crédit. Je ne crois pas pourtant que ceux qui veulent bouleverser Tordre actuel puissent l'emporter.
Les révolutions entreprises au nom de droits politiques ont triomphé : les révolutions entreprises au nom d'intérêts matériels ont toujours échoué. Les jacqueries, même quand elles ont eut lieu contre d'iniques privilèges, ont été étouffées dans le sang. C'est que ceux qui se lèvent, poussés par des souffrances physiques ou par des convoitises, n'ont pas et ne peuvent pas avoir le degré d'intelligence nécessaire pour arriver au succès. Au contraire, ceux qui invoquent un droit sont mus par des idées abstraites; ils peuvent par conséquent avoir cette trempe de caractère et cette force d'esprit qui donne la victoire et permet d'en organiser les résultats.
Néanmoins, quoique ceux qui veulent renverser l'ordre actuel par la force soient destinés à être vaincus, leurs tentatives seules et leurs menaces jetteraient probablement dans les classes aisées assez d'inquiétude pour les pousser dans les bras d'un maître. Il faut donc chercher le remède à une situation aussi grave.
On invoque de toutes parts une compression impitoyable, et l'on parle d'une sainte alliance de tous les États européens, d'une sorte de croisade dirigée contre les idées communistes. Est-on bien sûr de l'efficacité de ce moyen? En Angleterre, au