‹ Le gouvernement dans la démocratie (volume 2)Chapitre 70 sur 147 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE POUVOIR EXÉCUTIF SERA SOUVENT EN DES MAINS PLUS HABILES DANS LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE QUE DANS UNE RÉPUBLIQUE

Toutes choses égales d'ailleurs1, les grandes affaires seront mieux conduites dans une monarchie constitutionnelle, que dans une république avec un président directement élu par le peuple, comme aux États-Unis. En voici les raisons.

Dans la monarchie constitutionnelle, celui qui conduit les affaires ce n'est pas le souverain, c'est le chef du cabinet. Or, ce premier ministre est ordinairement un homme éminent. Il émane d'une élection à deux degrés. Il est le plus capable d'une majorité de représentants qui sont eux-mêmes choisis par la majorité des électeurs. Le chef du cabinet sort, pour ainsi dire, d'une double sublimation politique. Il a dû conquérir sa place à force de talent, de prévoyance, d'esprit de conduite et d'éloquence. Il ne la garde que s'il réussit. Un échec sérieux le précipite du pouvoir. Il est donc obligé d'être à la fois sage dans ses conceptions et heureux dans ses entreprises.

(1) Cette formule devrait précéder toute affirmation en politique et en économie politique, car sans cette réserve, il n'est point de proposition qui soit rigoureusement exacte. Ainsi, je crois que les États-Unis ont déployé plus de sagesse dans leur conduite que l'Angleterre. Jusqu'à présent ils ont montré plus de respect pour le droit, plus d'horreur pour Ja guerre, plus t; modération dans leurs relations extérieures, beaucoup plus de 1-mièrse dans leur administration intérieure ; mais cela vient de ce que les fondadeurs de l'Union lui avaient donné des sentiments de moralité, de religion» d'égalité, de saine démocratie, que l'Angleterre ne possédait pas au même degré.

Page 1