LA RÉPUBLIQUE PEUT, MIEUX QUE LA ROYAUTÉ, RÉPRIMER LES INSURRECTIONS
Voyons maintenant les avantages réels que présente la république. On a dit que la république peut seule supporter le suffrage universel et la liberté absolue de la presse, dont il faut bien désormais s'accommoder.
Je crois que la monarchie constitutionnelle peut continuer à subsister même avec ces deux institutions, si le monarque se renferme strictement dans son rùle, car les paysans voteront généralement pour Tordre établi, et la presse n'aura à attaquer -que le chef de cabinet, qui seul agit; mais il est vrai cependant que le mécanisme de la monarchie constitutionnelle est -extrêmement délicat à manier au sein des démocraties modernes. De la part de la nation elle demande de la modération, du discernement, un jugement sain ; de la part du souverain, au moins dans les commencements, beaucoup de tact, d'abnégation, de déférence pour les vœux du pays et le renoncement à toute politique personnelle. Elle exige un roi très intelligent et disposé à faire usage de son intelligence, non pour diriger la machine, aux applaudissements du public, mais pour en graisser modestement les rouages, sans qu'on s'en aperçoive. L'échec de Louis-Philippe, qui avait tant d'expérience, tant de dévouement au pays, et l'esprit si fin, si prévoyant, montre bien la difficulté de la tâche. Or, dans la monarchie, si le roi échoue, il est renversé par La violence, et tout est en péril.
Dans la république, le peuple ne réélit pas le président
incapable, ou la chambre lui retire son pouvoir, et on fait ainsi l'économie d'une révolution.
Il demeure vrai, tout au inoins, que la republique supportera mieux que (ont autre régime une presse entièrement libre e1 le suffrage universel, — à condition toutefois que le pays soit républicain.
On craint tant aujourd'hui les bouleversements sociaux, que L'on considérerait volontiers comme la meilleure forme de gouvernement celle qui est la plus propre à combattre ce danger. Les nations épouvantées sont portées à croire que le despotisme a ce mérite, et elles se livrent à un maître. Leur erreur est grande.
Le despotisme, d'abord accueilli avec transport, ne tarde pas à soulever contre lui l'esprit de liberté, qu'on n'est pas encore parvenu à étouffer complètement dans notre Occident. La lutte s'engage ; les amis de la liberté, pour attaquer le pouvoir, cherchent partout des alliés, et ils en trouvent précisément dans ces mécontentements sourds et redoutables que provoque l'ordre social actuel. Ils accroissent ainsi démesurément la. force d'un mouvement qu'ils auraient combattu, s'ils n'avaient songé avant tout à renverser la tyrannie.
Au contraire, avec la république, il semble qu'il n'y ait plus de conquêtes à faire sur le terrain politique. L'attention peut donc se porter continuellement sur la défense de l'ordre social.
D'ailleurs, comme on l'a remarqué, la république, qui est la nation elle-même, peut déployer une vigueur de répression interdite à la monarchie, car celle-ci doit mesurer ses coups avec une extrême modération : on ne lui pardonne pas le sang versé pour sa défense. C'est au nom de quelques émeutiers, tués en février 1848, que l'on a renversé la monarchie de juillet.
La république de 1848 et celle de 1871 ont, chacune, vaincu des insurrections d'une puissance sans exemple, au prix de combats acharnés et d'exécutions inexorables, dont aucun souverain n'aurait osé prendre la responsabilité.
Aux États-Unis, le gouvernement fédéral a vaincu la Sécession, après une des plus formidables luttes dont l'histoire fasse mention.