LA MINORITÉ DOIT SAVOIR. SE SOUMETTRE ET ATTENDRE
subsistera pas, puisqu'elle doit s'appuyer sur le concours spontané de tous.
Contre un tyran, l'insurrection est parfois un devoir; contre un gouvernement libre elle est toujours un crime.
Malheureusement la France ayant presque toujours eu à sa tête des pouvoirs soit usurpateurs, soit combattus par un parti puissant, éclairé et influent, l'hostilité contre le pouvoir était devenue un mal chronique.
Gomme jusque récemment aucun gouvernement n'a jamais admis la liberté complète, toutes les insurrections ont pu être considérées comme de glorieuses revendications d'un droit méconnu, et ainsi l'esprit de rébellion est entré dans le sang.
En Angleterre, on fomente pendant des années une « agitation » qui soulève le pays jusque dans ses fondements; des meetings surexcitent les passions populaires; des orateurs enflamment les foules dans les parcs; enfin des centaines de mille hommes roulent leurs flots menaçants jusqu'aux abords du parlement; mais il n'est point fait usage des armes, la légalité est respectée.
A Paris, on enterre le général Lamarque; on promène un drapeau en faveur de la Pologne; on veut avoir le droit de se réunir à des banquets ou d'élire un conseil municipal; aussitôt les coups de fusil partent, le sang coule : c'est une déplorable échaufïourée ou une « glorieuse journée », une émeute avortée ou une révolution triomphante. Ce n'est pas avec de semblables traditions qu'on fondera la république.