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L'ÉLECTION ET LA RÉÉLECTION OU PRÉSIDENT

Le président d'une République doit être nommé par les Chambres réunies, non par le peuple tout entier; le raisonnement et l'expérience le démontrent.

Le choix fait par les Chambres aura tous les avantages d'une élection à deux degrés que j'expose plus loin (V. L. IX, chap. vi). Les élus de la nation, qui sera donc son élite, seront évidemment plus aptes à bien choisir, que la nation elle-même.

Les auteurs de la constitution des États-Unis ont voulu deux choses : d'abord, que le président fût désigné par le peuple, afin qu'il fût investi d'un pouvoir indépendant du Parlement et, par suite, capable de lui résister, et, en second lieu, qu'il fut nommé, au second degré, par une réunion de délégués des différents États faisant un choix libre et raisonné. Mais ceux-ci, recevant un mandat impératif, l'élection est faite, en réalité, directement par le peuple.

En confiant l'élection du président aux Chambres, on ne fait donc que réaliser ce qu'a voulu la constitution américaine. Et si on investit le chef de l'État de ces deux prérogatives nécessaires, le veto et la dissolution, il sera armé d'une autorité suffisante pour faire obstacle, s'il le faut, aux résolutions mal inspirées que pourrait voter le Parlement.

Mais ce qui doit faire repousser sans hésitation l'élection directe par le peuple, c'est qu'elle ouvre une voie facile à l'usurpation et au césarisme.

L'élu de la nation, appuyé sur une innombrable année, sera investi d'une force si grande, qu'il pourra, quand il lui plaira,

LE POUVOIR EXÉCUTIF

mettre à néant toute opposition du Parlement et se faire dictateur. On Ta yu en 1852 et on a failli le voir encore en 1889.

Ce danger est d'autant plus grand que le peuple, presque partout en Europe, se laisse éblouir par l'éclat de Tépaulette et entraîner par l'épée, surtout si elle a été portée à la guerre : celle-ci rend si populaire quiconque s'y distingue, qu'aux États-Unis il n'y en a pas eu une seule qui n'ait fait un président, et l'armée, si peu nombreuse et si peu en vue, a fourni sur vingt-quatre élections présidentielles, dix candidats élus et dix autres qui l'ont presque été.

Cette vénération de la force, qui nous vient des temps primitifs et d'une longue tradition monarchique, portera longtemps encore la foule à choisir un général, de préférence à qui ne porte qu'un habit noir.

Entre un président élu par la nation et un Parlement qui Test également, des conflits sont à craindre, et ce sera presque toujours au profit du premier qu'ils se termineront.

Plus le chef de l'État a de pouvoirs, plus il a de fonctionnaires à nommer, et plus il est dangereux de le faire élire directement par le peuple.

Son élection ou son remplacement éveillent tant d'ambitions, mettent en jeu tant d'intérêts, excitent tant d'alarmes, qu'ils peuvent devenir une occasion de dissensions ou de guerres civiles et que le pays, pour éviter un trouble, qui équivaut à une révolution, préférera le maintenir au pouvoir, vit-on même déjà apparaître en lui l'usurpateur.

Le président est nommé en Suisse pour une année, par les sept membres du Conseil fédéral, lequel est élu par les deux Chambres : la Chambre cantonale et la Chambre nationale; on France, il l'est par les deux Chambres réunies en Congrès, pour sept ans. Ce système convient à l'Europe et même à tout État démocratique bien mieux que celui qui est en vigueur aux États-Unis et que d'autres républiques ont imité, entre autres récemment celle du Brésil.

On a vu en France déjà trois fois combien l'élection du président parle Parlement se fait avec facilité et sans secousse, et combien elle est préférable au mode américain.

Le président doit-il être rééligible ? Oui; car sa réélection espérée le portera à bien remplir sa mission. Il est absurde de

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