L'ÉLECTION ET LA RÉÉLECTION DU PRÉSIDENT
ne pouvoir conserver un fonctionnaire, au moment où il vient de faire preuve de dévouement et de capacité. C'est surtout dans une république qu'il faut s'efforcer de maintenir l'esprit de suite, parce qu'il y fait ordinairement défaut. Tout changement de président agite le pays, et cette agitation périodique doit être évitée.
D'autre part, les inconvénients d'une réélection ont tellement frappé Tocqueville qu'il la combat. Le principal est que le président est disposé à employer tous les pouvoirs dont il dispose à se faire des partisans, et qu'ainsi il corrompt le corps électoral. En outre, il se fait lui-même le serviteur complaisant d'une démocratie parfois aveuglée.
En Europe, il y aurait à craindre aussi que le président, maintenu longtemps, ne parvienne à augmenter ses moyens d'action à ce point qu'il se fasse nommer à vie ou bien qu'il ne relève le trône par un coup d'État.
Ces inconvénients et ce danger disparaissent quand l'élection est confiée aux Chambres. Celles-ci, jalouses de leur pouvoir, seront rebelles aux influences mises en œuvre par le président, et d'autant plus que celui-ci en abusera davantage. Plus grandira son pouvoir, plus il s'approchera de la dictature, plus elles seront empressées de le faire descendre de son fauteuil. Les Chambres n'auraient jamais nommé Louis-Napoléon.
L'élection par les Chambres écartant les inconvénients d'une réélection, il n'en reste que les avantages.