‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 25 sur 134 · DE L'ORIGINE OU DE LA FORMATION DES ÉTATS · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINE OU DE LA FORMATION DES ÉTATS

La plupart des écrivains du xvne et du xvnr9 siècle, surtout ceux qui revendiquaient la liberté pour les peuples, s'inspirent de la notion du covenant empruntée aux puritains et attribuent l'origine des sociétés à une convention faite entre les hommes vivant jusque-là isolés, à « l'état de nature ». Rousseau, dans le Contrat social, expose cette théorie de la façon que Ton sait. La réflexion et la connaissance de l'histoire l'ont fait abondonner à ce point qu'il est aujourd'hui superflu d'en montrer Terreur.

Aristote, en ce sujet comme en tant d'autres, avait vu juste. L'homme, dit-il, est un animal politique, avOpwTroç £wov 7ioXtTtxov, plus sociable même que les abeilles et les autres animaux qui vivent en commun. Cicéron dit très bien : Populi prima causa coeundi est non tam imbecillitas, quam naturalis quxdam hominum quasi congregalio.

L'association politique se développe donc spontanément, en raison de la nature même des hommes, du besoin qu'ils ont les uns des autres, de la faculté qu'ils ont de se communiquer leurs pensées par la parole, de la perception du bien et du mal c'est-à-dire du sentiment moral. « L'homme, dit Rossi, naît et vit dans la société comme le poisson dans l'eau. »

Fénelon dit aussi très bien : « Etre sociable, c'est un caractère

LA FORMATION DES ÉTATS

essentiel de L'humanité. L'homme, antérieurement à tout contrai libre, à toute forme de gouvernement, à tout consentement exprès ou tacite, naît membre d'une société dont il doit préférer le bien public à son bien particulier, et par conséquent il n'est ni son maître ni sa loi à lui-même. » [Essai sur le Gout\ civ.)

Des familles unies par une langue commune se sont groupées en hordes, en tribus, en clans, en villages, en villes, en fédérations. Puis les États se sont formés par la réunion de ces associations spontanées autour d'un noyau central et sous l'action d'une force « formative ». Cette force a été tantôt celle d'une cité douée d'un génie spécial et supérieur, comme Rome, conquérant le monde connu ; tantôt celle d'une dynastie, comme les Capet, formant la France, les Habsbourg, l'Autriche, les Hohenzollern, la Prusse ; tantôt l'identité de la race et de la religion, comme aux États-Unis ; tantôt la communauté des intérêts déterminant l'union, comme en Suisse.

Au début, on voit partout les hommes descendant d'un même ancêtre et parlant la même langue, s'associer en clans, se réunir pour la défense, en fédération, avec un lien très lâche, comme chez les Germains au temps de Tacite, et aujourd'hui encore chez les Indiens de l'Amérique ou chez les nègres de l'Afrique centrale : l'élément ethnique est alors la base de l'union. Plus tard, c'est le despotisme qui forme les États, principalement par des conquêtes, par des mariages ou par des achats à prix d'argent.

Maintenant, nous voyons à l'œuvre pour faire ou défaire les États deux forces : la conquête et le principe des nationalités. L'action de la première va diminuant, celle de la seconde grandissant.

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