L'ÉGLISE AU SERVICE DE L'ÉTAT
et les déplacements. Tous les prêtres sont ainsi amenés à une sorte d'obéissance passive comme les soldats.au régiment. Au moindre signe d'indépendance, ils sont brisés et réduits à la mendicité. Le ministre des cultes a soin d'envoyer, en toute occasion, aux évêques, les canevas de leur mandement dont ils n'ont garde de s'écarter.
A ce tableau s'ajoute un dernier trait. Tout miracle était sévèrement interdit1. Les vierges de Lourdes et de la Salette auraient été enfermées dans une forteresse ou dans une maison de santé.
Ce système, poursuivi par un despote de génie armé d'une autorité sans limites, ayant finalement échoué, un gouvernement démocratique ne s'avisera pas de l'imiter.
(1) En 1811, la sœur d'un soldat du village de Haesdonck, tué à Wagram, avait reçu la visite du mort, qui lui avait remis un mouchoir ensanglanté pour prouver la réalité de l'apparition. Ce miracle attira un concours de monde extraordinaire. Le préfet de police l'apprit à Paris : il savait que Napoléon ne tolérait pas les miracles et il écrivit la lettre suivante au préfet du département de l'Escaut, le comte d'Houdetot :
« Paris, le 3 mars 1811.
« Je suis informé, Monsieur, que l'idée d'un prétendu miracle qui se serait opéré dans le village de Haesdonk, près de Termonde, a attiré dans ce lieu une afftuence si prodigieuse d'individus du diocèse de Gand, que ce n'est pas exagérer en l'évaluant à cent mille personnes. Je ne puis concevoir, Monsieur, que vous ayez souffert cette jonglerie faite pour entretenir parmi les peuples de vos contrées les idées de merveilleux et de superstition auxquelles ils se montrent déjà si enclins. Les ministres de Sa Majesté devraient-ils être obligés de tracer aux autorités éloignées la marche qu'elles ont à suivre dans des circonstances semblables ?
« Quand ils sont avertis du mal, il a produit son effet; il est bien temps alors de prendre des mesures pour y remédier! Je vous invite, Monsieur, à donner des ordres pour qu'on fasse disparaître sur-le-champ jusqu'à la dernière trace de ce prétendu miracle et à faire en sorte que des mystifications de cette espèce ne se renouvellent plus dans votre département.
a Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération.
« Le dcc de Rovigo. »
Le préfet fit saisir par les gendarmes le mouchoir du spectre, et le pèlerinage qui allait s'organiser ne put apporter au village et au curé d'Haesdonckles bénédictions et les profits que procurent aujourd'hui les miracles réussis. Je dois la communication de ce document très curieux à M. l'avocat du Bois, de Gand.