LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
La liberté de la presse est le complément indispensable de la souveraineté du peuple. Il faut que le peuple soit averti de tout, pour qu'il puisse exprimer sa volonté en connaissance de cause.
Par elle, les abus sont dénoncés et les fonctionnaires mis sous l'œil du public. Voyez que de malversations, que de vénalité dans les seuls pays où elle n'existe pas, en Russie et en Turquie. Jamais le pouvoir ne sait le mal qui se commet, ni les vols dont il est la victime. Que peut faire le gouvernement? Inspecter les employés. Mais si ceux-ci achètent les inspecteurs, le public est plus rançonne et ie gouvernement plus volé encore, car il y a deux ou trois catégories de fonctionnaires à payer.
La liberté de la presse est le complément indispensable du régime parlementaire, le boulevard nécessaire des libertés publiques.
C'est le journal qui forme l'opinion, prépare les élections et ainsi décerne le gouvernement. C'est avec raison qu'on a nommé la presse le quatrième pouvoir. D'ailleurs que craint-on? Plus le journal est violent, moins il a d'autorité. Plus il y a de journaux, moins chacun d'eux a de puissance. Nulle part le journal n'exerce moins d'influence sur les opinions qu'aux États-Unis, sauf en faisant connaître les faits.
En France, tant que les journaux ont été des entreprises privilégiées et qu'ils étaient rares, leur puissance était énorme. Un article du Journal des Débats renversait un ministère»