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DU RÉGICIDE

Les Grecs élevaient des statues à ceux qui avaient délivré un peuple libre d'un tyran.

À Rome, on louait le meurtre de Tarquin, et il nous est difficile de condamner Charlotte Corday, « Fange de l'assassinat », comme l'a appelée Lamartine.

Les moralistes du moyen âge amnistiaient le régicide, quand le souverain violait la loi divine. Un sait avec quel éclat certains écrivains de la Société de Jésus ont soutenu cette opinion.

Un livre de Suarez, contenant l'apologie du régicide, fut condamné en 1612 par le Parlement de Paris. Mais c'est le jésuite Mariana qui a écrit la plus forte apologie du régicide. Lessius, à Louvain, a traité la même question dans son De Justitia et de jwe, publié chez Plantin (avec frontispice de Rubens).

Il enseigne qu'on peut tuer le tyran lorsqu'il n'y a pas d'autre ressource contre lui ; et il donne pour exemple le Grand Turc et sa domination en Orient : « Chacun le peut tuer, non seulement parmi ses victimes, mais parmi les étrangers qui viennent au secours de celles-ci. » D'après cette doctrine, tuer un tyran usurpateur est permis aux quatre conditions suivantes : 1° que la qualité d'usurpateur soit incontestable; 2° qu'il n'y ait pas d'autre moyen de mettre la patrie à l'abri de l'usurpation; 3° que le meurtre de l'usurpateur n'ait pas de conséquences plus regrettables que L'état actuel; 4° que le tyrannicide ait l'assentiment tacite du peuple. Ainsi l'en-

LES LIBERTÉS

seignenl Suarez, saint Thomas, Lessius, Molina, Cajetanr Bodin. Ma ri a na, dans son livre De rege et régis inslitutione (1599), admel le tyrannicide, pourvu que le meurtre ait pour lui l'approbation du peuple et d'hommes instruits et vertueux.

Voici en deux mots le raisonnement : un tyran qui foule aux. pieds les lois divines et humaines n'est plus qu'une bête féroce, dont il faut se défaire à tout prix.

Il est plus coupable et il fait infiniment plus de. mal qu'un vulgaire assassin. Il a donc perdu tout droit à vivre. L'intérêt public ordonne de le mettre à mort.

Cette doctrine a été exposée et avec les arguments les plus spécieux pour justifier l'assassinat du Taciturne et de Henri IV, comme l'exécution de Charles Ier. Ce qu'on peut répondre, c'est qu'il n'appartient pas à un individu de se faire l'organe de la répression sociale, que nulle arme n'est plus dangereuse aux. mains des fanatiques de toute espèce et surtout que le régicide est inutile, parce qu'il ne change pas la situation générale d'un pays et souvent la rend pire. L'exécution de Charles Ier en Angleterre et de Louis XVI en France y ont perdu la république et préparé une restauration de la royauté.

Que les nihilistes fassent sauter par la dynamite dix tzars les uns à la suite des autres, ils n'auront pas fait que la Russie soit mûre pour le régime constitutionnel. Il s'établira d'une façon ou de l'autre, le jour où il sera voulu par la majorité de la nation.

Jamais le régicide n'a été moins justifié que de nos jours; car les souverains s'efforcent d'obtenir l'amour de leurs sujets et, en général, ils s'en rendent dignes, et pourtant jamais les attentats contre leur vie n'ont été plus fréquents. Il faut en chercher la cause dans les aspirations vers l'égalité qui soulèvent et troublent les esprits à notre époque. Ce qu'on veut frapper dans le roi, ce n'est pas l'homme, mais le représentant d'un ordre social absolument injuste et furieusement détesté.

Il n'est pas sans instruction de reproduire ici la liste desattentats dirigés contre les souverains ou des chefs d'États au xixe siècle.

24 décembre 1800. — Attentat d'Arena et de Cerachi (machine infernale), contre Napoléon Bonaparte.

1 1 mars 1801. — Étranglement de l'empereur Paul II de Russie.

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