LES FORMES DE GOUVERNEMENT
Aristote a tracé une classification des formes de gouvernement qui est encore aujourd'hui considérée comme la meilleure par les auteurs les plus aptes à bien juger en cette matière, par exemple MM. Luigi Palma et John Burgess (Polilical Science, Boston, 1890').
« Le gouvernement est l'administration suprême, et l'administrateur suprême est le souverain. Or, le souverain est ou un seul, ou quelques-uns, ou le grand nombre.
« Lorsqu'un seul, ou quelques-uns, ou le grand nombre exercent le pouvoir suprême pour l'avantage commun, le gouvernement est sage et bon. Lorsqu'un seul, ou quelques-uns, ou le grand nombre commandent pour leur intérêt personnel, le gouvernement est corrompu; car de deux choses l'une : ou les gouvernés ne sont pas citoyens, ou s'ils le sont, ils doivent participer à l'avantage commun.
« Le gouvernement d'un seul, basé sur l'avantage de tous, s'appelle royauté. Celui de plusieurs, quel qu'en soit le nombre,
(i) Voyez la critique que font ces auteurs des classifications proposées par différents écrivains modernes: Mohi, Bluntschli, ftello; Guizot, Balbo, Passy, etc.; Palma, Dirit. Cosi. I, c. vu; Burgess, Pol. Se, I, p. 172.
LES GOUVERNEMENTS
pourvu qu'il ne soit pas rédui t à un seul, s'appelle aristocratie, c'est-à-dire gouvernement des meilleurs, ou gouvernement qui a pour but le bien souverain de l'État et des citoyens. Celui du grand nombre, lorsqu'il est institué pour Futilité de tous, prend le nom générique des gouvernements, et s'appelle république.
« Trois gouvernements corrompus correspondent à ceux-ci : la tyrannie, l'oligarchie et la démocratie, qui sont la dégradation de la royauté, de l'aristocratie et de la république.
« En effet, la tyrannie est le pouvoir d'un seul qui rapporte tout à lui. L'oligarchie est la suprématie de quelques-uns à l'avantage des riches. La démocratie est l'autorité suprême de la multitude, au profit des pauvres. Or aucun de ces gouvernements ne s'occupe de l'intérêt général. » {Pol., L. III, ch. v.)
Les avantages des différentes formes de gouvernement sont déjà bien exposées dans la célèbre délibération rapportée par Hérodote. Après la mort du faux Smerdis, les sept conjurés qui avaient fait cette révolution discutent entre eux sur le gouvernement qu'il convient de donner à la Perse. Otanes vante le gouvernement démocratique où tout repose sur l'égalité et où le magistrat, qui dépend du peuple, ne peut l'opprimer. Magabvse préconise le régime oligarchique. La tyrannie du peuple est pire que celle d'un roi, car le monarque, s'il n'a pas le bien en vue, ne manque pas, du moins, de connaissances; mais le peuple est un monstre aveugle qui ne connaît ni la vertu, ni l'utilité. C'est donc aux « meilleurs » qu'il faut confier l'administration de l'État. Darius l'ait ressortir les vices et du régime démocratique et du régime aristocratique, tous deux exposés aux troubles et aux séditions. Ils aboutissent toujours à l'anarchie qui amène le despotisme. 11 vaut donc mieux dès l'abord confier le pouvoir à un homme de bien. L'unité dans le gouvernement assure le secret et la promptitude dans l'expédition des affaires.
Polybe suit Aristote ainsi que Cicéron, qui s'exprime ainsi : Quum 'pênes et unum est omnium summa rerum regem illum unum vocamus et regnum ejus reipublicx slatum. Quum autem pênes delectos, tum illa civitas optimatium arbitrio régi dicitur. llla autem est civitas popularis in qua in populo sunt omnia. Ex rege domimis, ex optimatibus factio, ex populo turba et confusion [De republlca, I, 26.)