LES AVANTAGES DE LA DÉMOCRATIE
Quand la démocratie assure à un pays Tordre et la liberté, ses avantages sont si évidents qu'il est à peine nécessaire de les faire ressortir.
L'homme n'est vraiment libre dans l'acception politique du mot, que quand il prend part au gouvernement de son pays. C'est dans ce sens surtout que les anciens entendaient la liberté.
Celui qui est gouverné, non par des fonctionnaires qu'il a contribué à élire, mais par des autoritées constituées au-dessus de lui, est un sujet et non un citoyen.
Quand tous choisissent les magistrats de la République et font les lois directement ou par intermédiaires, le bien de tous sera le but poursuivi, ce qui doit être celui de tout gouvernement.
Ceux qui gouvernent peuvent être individuellement corrompus ou incapables; ils ne forment pas une caste séparée, en faveur de qui les lois seront faites et l'administration dirigée, comme sous un régime aristocratique.
Si tous interviennent dans la direction des affaires, la majorité peut abuser de son pouvoir, mais au moins ce sera dans l'intérêt du plus grand nombre et cette majorité est variable; elle peut être 'minorité demain, elle ne forme pas une classe fermée, poursuivant son intérêt particulier, avec perspicacité et persévérance.
Il n'y a pas eu d'aristocratie plus dévouée à la liberté, et plus digne de gouverner que celle de l'Angleterre. Cependant
E. DE LAVELKYE. — D1ÏMOCU ATIU. — I. 18
jusqu'aux réformes électorales récentes qui ont étendu largement le suffrage, il était facile de reconnaître que trop souvent la législation anglaise sacrifiait l'intérêt du peuple à celui des privilégiés, qui dominaient dans les deux Chambres.
La démocratie fortifie l'amour de la patrie parce que la République est leur chose propre, comme l'est leur commune ou leur maison; citoyens, il y sont les maîtres ; son intérêt se confond avec le leur. Le patriotisme est alors une forme de l'égoïsme.
Le peuple français n'a commencé a aimer la France qu'après la Révolution, et depuis lors il l'a adorée. Voyez les auteurs qui ont écrit sous l'ancien régime : au xvir3 siècle, on trouve le culte du roi et au xvnie, le culte de l'humanité ; l'amour de la patrie est absent. Lisez Voltaire, qui représente l'esprit de son temps : les défaites de son pays ne sont pour lui qu'un texte à bons mots et il est prêt d'en féliciter son ami Frédéric II.
Pensez au patriotisme, et vos souvenirs évoqueront Athènes et Rome, la Suisse et les États-Unis.
L'un des bons effets de la démocratie est l'action « éducative » qu'elle exerce sur les citoyens. « C'est, dit Tocqueville, en participant à la législation que l'Américain apprend à connaître les lois; c'est en gouvernant qu'il s'instruit des formes de gouvernement. » Comment le gouvernement direct et le référendum peuvent-ils fonctionner en Suisse sans dommage ? Parce que la démocratie pratiquée y a fait l'éducation politique du peuple tout entier. Le despotisme prépare mal les hommes à le remplacer par la liberté, et le malheur est que les nations longtemps opprimées sont ainsi engagées dans un cercle vicieux, dont elles ne peuvent sortir que par un violent effort et à la suite d'une série d'épreuves.
Quand la loi émane du peuple tout entier, elle a par ellemême plus de force qu'elle n'en peut avoir sous toute autre forme de gouvernement et son autorité est d'autant plus grande, qu'elle est approuvée directement par une majorité plus considérable. On en voit la raison : la loi est soumise au vote populaire ; les deux partis, l'un qui la veut, l'autre qui la repousse, se comptent; le premier l'emporte; comment le second songerait-il à s'insurger? Il n'a pour lui ni le droit ni la force.