CHU". LU. — LES REVENUS DE L'ÉGLISE IG.J
les revenus d'un grand Dombre de bénéfices étaient d'une médiocrité misérable, et la reine Anne concéda à des commissaires les prémices et les dîmes que le Pape avait perçues du clergé, niais qu'Henri VIII avait confisquées an profit de la Couronne. Le fonds constitué de cette façon, et qui s'appelle encore la « Bonté de la Reine Anne », sert à renforcer les petits bénéfices. Durant onze années, de 1809 à 1820, le Parlement y ajouta ï 100.000 par an, et l'on a beaucoup Fait pour améliorer le soi't des bénéficiaires pauvres. Seulement, ce l'omis ne devait pas servir pour la fondation de nouvelles églises, il n'y aurait d'ailleurs pas sufli, et en fait, toute cette institution ecclésiastique manquait singulièrement d'élasticité. Elle ne s'adoptait qu'à l'entretien du clergé dans une nation agricole et peu changeante. On s'en aperçut surtout lorsqu'apiès le milieu du xvui0 siècle l'établissement des fabriques, qui ne payaient pas la dime, vint déplacer la population. De grandes villes se développèrent là où l'Eglise d'Angleterre n'avait que tout juste assez de prêtres et de bâtiments pour une paroisse rurale et ne possédait pas les moyens d'en augmenter le nombre. Dans ces endroits, les sectes dissidentes, grâce à leur organisation moins rigide, tirent de grands progrès. Afin de remédier à cet état de choses, on créa en 1818 la Commission pour la construction d'églises, à laquelle le Parlement attribua un fonds d'un million de livres sterling et plus tard encore un autre, d'un demi-million.
Lu Commission ecclésiastique. — De nouvelles mesures furent prises à la suite des rapports d'une commission d'enquête, nommée en 1833, déclarant que les revenus des évêchés et ceux de certains bénéfices paroissiaux étaient absolument insuffisants, tandis que ceux des églises cathédrales et collégiales étaient excessifs. Une loi revisa les revenus des évèques, diminua ceux des églises cathédrales et collégiales et forma de l'excédent un fonds qui fut confié qui fut remis à un bureau de commissaires ecclésiastiques pour servir à renforcer les
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béaéGces médiocres et pour en créer de nouveaux (I). D'après le texte original de la loi de 1836, la majorité de ces commissaires devait se composer de laïcs; mais au bout de quelques années on leur adjoignit le corps épiscopal tout entier, de sorte que le fonds est administré en réalité par les évéques. On transféra ensuite à ce bureau les attributions de la commission pour la construction d'églises, et la prudence de son administration a eu pour résultat d'augmenter les revenus des domaines qu'il gère, lise fait donc qu'à l'inverse du système primitif, les évéques disposent maintenant de ressources très considérables qu'ils aflectent discrétionnairement au développement de l'œuvre paroissiale (2).
L'Eglise ne participe pas au produit des impôts. — Au commencement du xixe siècle, le Parlement accordait certains subsides pour arrondir les bénéfices pauvres et pour la construction de nouvelles églises ; cette pratique a complètement cessé aujourd'hui. Actuellement, les fonds qui servent à ces œuvres proviennent soit d'un meilleur emploi des propriétés ecclésiastiques, soit de souscriptions charitables. Les églises paroissiales non plus ne reçoivent plus rien des impôts locaux, car, ainsi que nous l'avons expliqué, les dîmes ne peuvent plus être considérées comme un impôt, et les contributions d'église (church rates) ont été transformées en dons volontaires. Jusqu'en I8f»8, le veslnj paroissial percevait un impôt pour l'entretien de l'église ; mais, cette môme année, l'on vota une loi qui, sans abolir formellement l'impôt, déclara qu'aucune poursuite ne pourrait s'exercer
(1) En vertu de lois postérieures, tous les domaines et toutes les dîmes des évêchés et dos cathédrales furent transférés aux commissaires, et ceux-ci ou bien en restituèrent ce qu'il fallait pour produire le chiffre de revenus fixé par la loi, ou bien s'engagèrent à payer ces revenus en espèces.
(2) En 1904, le revenu net des commissaires, outre les sommes qu'ils distribuèrent aux èvê>|ues et aux cailiédrales, s'élevait à peu près à un million et un tiers de livres sterlmg. Coin. Papers, 1905,- XXIII, 713, pp. 6-7.
Cil Al'. LU. — LES RBVBNUS DE I.'ki , r.ISIi 4G7
pour ca opérer le recouvrement. Cet impôt est donc devenu effectivement une offrande facultative. C'est pourquoi, abstraction faite de la question controversée des écoles libres, on peut dire qu'à l'heure actuelle, l'Eglise se soutient non pas au moyen de l'impôt, mais uniquement par les revenus de ses domaines propres et par les dons volontaires de ses fidèles.
La suppression du caractère officiel de l'Eglise el de ses /ondulions. — On pourrait croire que puisque l'Eglise ne participe en aucune manière au produit des impôts, elle ne perdrait rien à ce qu'on lui enlevât son caractère d'église d'Etat (dises/ablis/t /tient) ; mais il s'en faut de beaucoup que cela soit évident. Quand l'église d'Irlande fut « désétablie », l'excédent de ses revenus, au delà de ce qui était nécessaire à son entretien pour l'avenir et à l'indemnisation des personnes lésées par cette réforme, fut appliqué à des œuvres de bienfaisance. La même chose pourrait se faire en Angleterre. Les dîmes, étant devenues un droit acquis à une rente, ne pourraient pas être abolies ; mais les revenus des doyens et des clianoines et une partie de ceux des évèques pourraient être considérés comme non-indispensables pour une église libre, et l'on pourrait les appliquer à d'autres objets ; car, s'il est vrai qu'à présent les revenus de l'Eglise ne proviennent pas de l'impôt, on pourrait cependant les traiter, du moins, en partie comme une propriété nationale affectée jusqu'ici à une brandie des services publics, à savoir : l'entretien d'une Eglise d'Etat. Le cas de l'Irlande fournirait certes un précédent pour justilier cette manière de voir.
On trouve des partisans du « désétablissement <> dans deux camps opposés : de nombreux dissidents le réclament à grands cris, et certains ministres de la bauteéglise murmurent contre toute ingérence de l'Etat dans l'Eglise. Les dissidents protestent contre la présence des évèques au Parlement; ils estiment que la religion doit être une pure affaire de conscience ; et ils en veulent surtout au caractère officiel {establishment) d'une église
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qui ne représente plus une religion nationale, qui a cessé de renfermer une grande partie du peuple, peut-être bien la majorité, et entre autres, eux-mêmes. Pour ce qui regarde le Pays de Galles, ces arguments sont très forts, parce que les dissidents y sont beaucoup plus nombreux que les fidèles de l'Eglise d'Angleterre ; aussi le c désétablissement » de l'Eglise au Pays de Galles a-t-il toujours figuré au programme de la Fédération libérale nationale. Quant au reste du royaume, la question est moins pressante. Même les ecclésiastiques qui supportent avec impatience le joug du pouvoir civil redoutent la perte de leur prestige et la diminution possible de leurs ressources. Ils voudraient la liberté vis-à-vis de l'autorité civile, mais sans atteinte à leur privilège. Seulement si le « désétablissement » doit se faire au cours de la génération actuelle, c'est de l'autre côté qu'il viendra. 11 sera l'œuvre d'un Parlement radical, et probablement il n'ira pas sans quelque mesure de spoliation des fondations (disendowmeni).
L'Eglise comme force politique. — Etant donnée sa structure, il est clair que l'Eglise n'agit pas et ne saurait pas agir en politique à la manière d'un corps organisé. Certes, les évèques sunt une force à la Chambre des Lords, et il y a des organisations poliliques spontanées de ministres du culte; mais l'Eglise dans son ensemble n'a que fort peu d'aptitude à l'action collective. Elle est assurément un facteur puissant dans la vie publique, mais sa puissance est celle d'une grande profession dont les membres ont un vif sentiment de leurs intérêts communs. Sans doute, les libéraux ne manquent pas dans les rangs du clergé ; mais la grande masse des ecclésiastiques est convaincue que le bien de l'Eglise dépend du parti conservateur ; et à l'heure présente, le lien qui les unit a été resserré par la lutte sur la situation des écoles libres. Une église officielle qui ne renferme qu'une partie de la nation olfre certains désavantages ; mais ce serait un malheur que de la voir inféodée à un seul parti politique. Néanmoins, l'Eglise d'Angleterre a contribué