‹ Le gouvernement de l'AngleterreChapitre 164 sur 191 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les écrivains qui ont fait une étude approfondie du gouvernement britannique ont souvent été Trappes de ta délicate combinaison des forces par quoi s'y maintient l'équilibre, et d'ordinaire ils ont pensé que le moindre dérangement de ces forces détruirait l'harmonie sans qu'on put espérer de la rétablir. Aussi voit-on chez eux une tendance à se montrer conservateurs et à écarter toute réforme radicale. Ce fut tout spécialement le cas de Bagehot, observateur éminemment pénétrant, qui redoutait les conséquences de l'extension du suflrage en 1807. Mais les appréhensions de ces esprits ne se sont pas complètement vérifiées, car lorsque l'ancien équilibre a été détruit, un nouveau l'a remplacé qui n'était pas d'un caractère très différent. En essayant de décrire le jeu des forces telles, qu'elles existent à l'heure actuelle, nous ne nous sommes pas figuré le moins du monde qu'elles ne changeraient plus. La modification constante est la loi de la vie, pour les institutions comme pour les êtres vivants ; mais en Angleterre, le processus de celte opération n'est pas de toutes façons le même que dans certains autres pays.

Une constitution écrite permet une grande variété

lili!) HUITIÈME PARTIE. RKFLUXIONS

d'action sans modification durable dans la structure. Le Président des Etats-Unis exerce beaucoup plus de pouvoir à tel moment qu'à tel autre, sans que cela ait d'effet permanent sur les institutions du pays. A un certain moment, un écrivain brillant comme Woodrow Wilson peut mémo le représenter comme à peu près complètement soumis aux décisions du Congrès, et voici qu'une vingtaine d'années plus tard, son autorité peut aller jusqu'à éclipser celle du Congrès. Lorsque la constitution est écrite, il est naturel de recherclier la source du pouvoir dans ce document lui-même : il tend ainsi à préserver de la perte par désuétude les pouvoirs juridiques qui ne sont pas complètement illusoires, telles les attributions du collège des électeurs présidentiels dans la constitution américaine. Il y a, en fait, une tendance à revenir au type normal après qu'on s'est écarté de l'usage reçu. En Angleterre, par contre, où l'exercice du pouvoir dépend non pas de prescriptions législatives, mais, pour la plus grande partie, des conventions de la constitution, c'est la coutume qui forme la base de l'autorité. Par conséquent, les modifications de l'usage, observées d'un œil jaloux, se développent autrement, et il n'y a pas de tendance à revenir au type primitif. Cbaque changement qui s'accomplit a des cbances d'être définitif. Bref, aux Etat-Unis l'on peut faire une distinction nette entre la structure et les fonctions des organes de l'Etat. Mais dans la constitution anglaise, de même que dans le (iulf Strcam ou dans un cyclone, les fonctions et la structure sont une seule et même chose.

11 y aura donc encore des changements dans le gouvernement britannique, mais ils s'opéreront lentement, tandis que l'organisme ne cessera de s'adaptera son nouvel équilibre ; la seule prédiction certaine, c'est que chaque nouvelle harmonisation des forces sera probablement aussi compliquée, aussi délicatement combinée et aussi digne d'être étudiée que toutes celles qui l'ont précédée.

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