CHAF. L.W1. — LES PARTIS ET LA LÉGISLATION
géant au Parlement et dans le cabinet soient obligés de suivre les désirs de la masse des électeurs et même de briguer les uns contre les autres l'appui du peuple, ils ne parviennent pas à se dégager complètement des idées qu'ils tiennent de leur éducation et de leur entouiage. Ils sont pour la plupart des hommes favorisés sous le rapport de la situalio.'i sociale et de la fortune, à qui il est impossible de mener une guerre de classe ou un assaut général contre la propriété ; aussi les organisations socialistesdu travail reprochent-elles amèrement aux deux grands partis d'être l'un et l'autre capitalistes dans lame. Les chefs parlementaires peuvent aller très loin dans la voie de la législation socialiste, mais ils ne savent pas avancer très rapidement et il y aune limite qu'il sont décidés à ne pas dépasser. Il y a de la sécurité et quelquefoi- de la sagesse à conlier à un homme imbu de la tradition conservatrice l'exécution d'un programme radical. Cette condition n'empêche pas la pression en faveur d'une législation démocratique déclasse de se faire sentir ni d'arriver à ses fins, mais elle agit comme une force modératrice.
Les centres de gratuité politique et sociale. — Cela peut s'exprimer d'une autre manière. Il n'y a pas de gouverment sans contrainte ; il repose donc, en dernière analyse, sur le pouvoir. Mais le pouvoir dans la société des hommes a plusieurs sources. Le nombre enestune, mais une seulement. La richesse, le talent d'organisation, l'intelligence en sont d'autres, et il serait facile d'en énumérer encore beaucoup sans épuiser la liste. En réunissant toutes les sources diverses du pouvoir et en attribuant à chacune sa valeur réelle, nous découvririons ce que l'on pourrait appeler le vrai centre de gravité d'une nation. Ce point ne serait pas le même dans tous les pays ni à toutes les époques. Il se déplacerait sous l'influence d'éléments tels que la distribution des richesses et la tendence dominante des convictions intellectuelles et morales, car les idées son un facteur essentiel dans ce problèmes. Le centre de gravité politique est tout autre
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chose. En apparence, ce point se déplace suivant la distribution du pouvoir politique ou, dans un gouvernement populaire, suivant l'extension du droit de sullrage. En pratique, il y a d'autres façons de le déterminer. Or ces deux centres de gravité ne peuvent pas demeurer longtemps fort éloignés l'un de l'autre. Ce que nous avons appelé le vrai centre du pouvoir se révélera dans l'ordre, si possible, et par la violence, s'il le faut. Un gouvernement qui se trouverait en désaccord sérieux avec ce centre de gravité provoquerait de la résistance ou devrait céder. Quand le nombre est insuffisamment représente, on s'expose à des éclats violents. Les autres forces agissent le plus ordinairement d'une manière lente, en silence et souvent sans qu'on s'en aperçoive. 11 en a été ainsi à tous les âges du monde, depuis quelques années, et certes pas moins qu'auparavant. ÎNous vivons à une époque de démocratie où le suffrage de chacun aie même poids, mais en dépit de la force énorme que l'organisation a mise entre les mains des masses, le nombre n'est pas l'unique source du pouvoir. L'éducation et la richesse sont encore puissantes et leur influence se manifeste tantôt par l'ascendant naturel que certains exercent sur les électeurs, tantôt, malheureusement, par des moyens corrompus. En Angleterre, il semble que l'équilibre entre )e nombre et les autres forces de l'Etat dépende en grande partie du fait que le corps électoral renferme presque toute la nation, tandis que la direction immédiate des affaires appartient encore principalement à une classe gouvernante plus restreinte.